QU'EST-CE QUE LA VIET
d'un abdomen, le dualisme du squelette des vertébrés, qui tous montrent deux membres supérieurs attachés aux os de l'épaule, deux membres inférieurs attachés au bassin. La tête, oii vit l'individu, domine le train supérieur et fait pendant aux organes générateurs, où vit l'espèce, qui se trouvent liés au train inférieur.
La spirale et l'hélice jouent un grand rôle dans les détails de l'organisation: comment peut-il en être autrement? Ces sont les courbes les plus simples du développement. Les feuilles ne sont point disséminées au hasard sur les tiges. Si on les suit de bas en haut, en parlant de l'une d'elles, on verra qu'après avoir tourné un certain nombre de fois autour de la tige on rencontrera une nouvelle feuille qui semblera située exactement au-dessus de celle dont on est parti. La série qu'on aura ainsi suivie se nomme un cycle. On observe que les feuilles d'un même cycle sont séparées par la même distance angulaire. Bravais et Martins ont soutenu que cet angle est constant non-seulement dans les diverses parties de chaque plante, mais dans toutes les plantes phanérogames à feuilles alternes. M. C. de Candolle (1) est du môme avis: il a de plus cherché à démontrer que cet angle est irrationnel, c'est-à-dire, n'est point une fraction aliquote parfaite de la circonférence ; ce qui revient à dire qu'il n'y a jamais deux feuilles superposées mathématiquement sur la même génératrice du cylindre-tige. Sa théorie ingénieuse explique comment tous les angles de divergence qu'on
(1) Bibliothèque universelle et Revue suisse, f . XIIH, 1866*
a observés de fait sont la série des réduites de fractions continues. La constance des angles, caractéristique du Bègne minéral^ se retrouve dans le développement spi* rai des végétaux, dans les fleurs, les fruits, les cônes des sapins et des pins. Les piquants des oursins, les écailles des poissons et des serpents, montrent des spires régulières. L'hélice tire son nom même d'une coquille. La disposition en spirale se retrouve jusque dans les muscles des animaux, dans la structure du cœur, de Tœsophage, de la vessie.
Je m'arrête, car je m'égarerais dans cette géométrie de la vie, dans ces caprices oîi je n'aperçois aucune règle, aucune loi, aucune mesure. L'esthétique n'est pas encore, elle ne sera sans doute jamais une science; elle demeure en nous à l'état de sentiment vague, indéfinissable : telle une lampe à verre opaque jette une douce lueur sans qu'on puisse savoir comment la flamme y est produite.