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GENÈSE DES ÉLÉMENTS

Je reviens à ce qu'il y a dans la vie de plus humble, de plus exigu, à Télément anatoniique. Où, comment prend-il naissance? La synthèse chimique ne sait point le produire, bien qu'elle s'essaye si heureusement à créer des principes immédiats. Mais l'élément anatomique est chose bien autrement complexe, il ne peut être représenté par une simple formule chimique, ayant une composition qui peut osciller, en quelque sorte, entre des limites parfois assez éloignées. C'est là ce qui le fait vivant, c'est cette faculté de s'assimiler de nouvelles parties, d'en rejeter d'autres, tout en conservant une façon d'individualité. Il n'est point identique avec lui-môme, à l'état morbide et à l'état sain, pendant Tenfance et l'âge adulte, ni môme pendant la veille et le sommeil ; il n'a point, comme le cristal, une figure inaltérable, enfermée entre des angles, des facettes parallèles; sa figure est plastique, elle varie

insensiblemenl mais perpétuellement. Son histoire, si je puis employer ce mot, depuis la naissance jusqu'à la mort, doit être représentée non par une ligne droite, mais par une courbe, et cette courbe varie pour chaque ordre d'éléments, pour chaque famille^ chaque genre, chaque espèce, chaque individu.

Les éléments anatomiques sont, ai-je dit, des combinaisons de principes immédiats: ils sont en euxmêmes de petits systèmes organiques, ayant vie et achevés. Le passage d'un simple mélange de principes immédiats à la structure anatomique peut se comparer au passage d'une nébuleuse cosmique à l'état de système solaire. Les transformations rapides d'un ovule au sortir des vésicules, qui en se rompant lui livrent passage et l'offrent à la fécondation, ne sont pas sans analogie avec ces lentes métamorphoses qui par des gyrations perpétuelles engendrent les corps planétaires, leurs satellites et leurs anneaux (1).

(1) C'est dans l'ovule qu'on assiste d'abord à la genèse des éléments anatomiques : l'ovule lui-même n'est autre chose qu'une cellule. On y voit un noyau et un corps de cellule, où d'abord on ne peut distinguer la paroi de son contenu. Le noyau grandit, devient la vésicule germinative, claire et limpide au sein du vitellus qui le baigne. Ce noyau, qui a servi originairement de centre à la cellule ovulaire, se fond et disparaît, quand l'ovule approche de la maturité. (On ignore si la vésicule germinative disparaît par le fait d'une rupture ou d'une atrophie par résorption rapide). En même temps, le vitellus se sépare nettement de son enveloppe. M. Coste a montré que de toutes les parties de l'ovule, le jaune ou le vitellus est le seul qui prenne part postérieurement à la formation des cellules embryonnaires. Ce vitellus.

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La génération des premiers éléments anatomiques est toute spontanée^ mais elle ne s'opère qu'au sein et

d'abord transparent, se parsème de granulations graisseuses, grisâtres et devient opaque. 11 se resserre et bientôt ne peut plus distendre la membrane vitelline, qui se plisse et se froisse en tous sens.

C'est entre les plis de la membrane vitelline et le vitellus que pénètrent les spermatozoïdes. La fécondation commence. Les éléments mâles pénètrent par des orifîces de la membrane vitelline, ils s'insinuent dans le liquide qui baigne cette membrane et le vitellus. Quand leur fonction mystique est accomplie, le vitellus, comme travaillé par une force nouvelle, se meut lentement, se déforme, se roule sur lui-même. A sa surface, on voit croître et se détacher par gemmation ^les globules polaires. Ce sont les premiers éléments anatomiques qui s'individualisent. Chez la plupart des êtres, leur formation se limite à un seul point du vitellus et est suivie de la segmentation du vitellus, c'est-à-dire de la production des cellules par simple voie de fractionnement : mais Robin a montré que chez certains animaux le vitellus ne se fractionne pas et que toutes les cellules de leur blastoderme naissent par voie de séparation ou gemmation. Dans le cas le plus ordinaire, les globules polaires hyalins demeurent sous la membrane vitelline et sont abandonnés avec elle lors de l'éclosion. Le vitellus se divise en deux, chaque partie se dédouble à son tour et ainsi de suite. Les dernières subdivisions auxquelles aboutit ce travail intestin de séparations et de rotations^ constituent les éléments anatomiques du nouvel être. Au sein des granulations du vitellus se forme le noyau vitellin dont l'apparition indique en quelque sorte le commencement de l'existence embryonnaire ; il se produit en général avant la segmentation. (11 n'y a point de noyau vitellin chez les insectes dont le vitellus ne se segmente pas et où les cellules du blastoderme naissent par voie de gemmation.) C'est ce noyau, formé spontanément au sein d'une masse granuleuse homogène^ qui fournit sans doute la matière 4e tous les noyaux successifs*des cellules embryonnaires..

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à la faveur d'éléments anatomiques préexistants : d'un simple mélange de principes immédiats, on n'a pas encore vu sortir une cellule. L'œuf et le spermatozoïde ont en eux tout ce qui doit déterminer l'embryon. Remarquez qu'il ne s'agit point ici d'im simple phénomène chimique; Tembryon n'est point l'ovule plus le spermatozoïde, comme le sel est l'acide plus la base. L'élément anatomique est, en effet, un édifice anato* mique bien autrement complexe qu'un cristal de molécule de chaux ou de sucre. Sa structure^ sa constitution intime importent autant au moins que sa composition^ prise en bloc*

Supposons que, dans le développement d'un monde solaire, une masse cosmique se détache pour former un corps planétaire. Nouj savons que dans cette masse se reproduisent tous les phénomènes à la suite desquels des planètes se sont successivement formées à des distances variables du soleil central. Le monde de Jupiter, le monde de Saturne, le monde terrestre luimôme sont comme des miniatures du système solaire ; mais ce n'est point à une parenté chimique entre les diverses parties de ce système qu'on s'avise d'attribuer ces analogies, c'est à l'action de la gravité.

Ce serait avoir une vue bien fausse du phénomène delafécondation que de la considérer comme une simple réaction chimique. L'analyse serait impuissante à discerner des différences appréciables entre des vitellus d'où devront sortir des êtres bien dissemblables. L'ovule est comme un lieu oîi les premiers éléments anatomiques de l'être nouveau reçoivent une trempe»

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une empreinte, qui des premiers se communiquera à tous les suivants. Chose effrayante I une émotion, une souffrance fugitive, un trouble quelconque ont leur effet immédiat sur ces éléments anatomiques qui ont le privilège de servir à la formation d'un ôtre nouveau et par là même peuvent laisser leur trace sur Thistoire entière de cet ôtre. Dans son laboratoire secret et profond, la force créatrice, occupée à construire des germes, n'en peut créer les matériaux et est obligée de les emprunter au torrent général de la circulation. D n'y a pas deux graines identiques. Le spermatozoïde du vieillard n'est point celui de l'adulte. La rupture des vésicules de Graaf et Téclosion des ovules ne se font pas deux fois dans la vie d'une femme en des circonstances tout à fait identiaues.

Dans le monde môme des cristaux, la forme obéit à des caprices qui sont tout à fait indépendants de la composition. La chaux carbonatée offre des centaines de modifications. Pourquoi, dans un filon, trouvé-je tel rhomboïde, et dans un autre un rhomboïde différent? La chaleur, la pression, le milieu ambiant ont sur ces variations une influence qui ne peut être niée, bien qu'elle échappe à l'analyse. Dans le monde animé, que d'influences sont enjeu, qui de déviation en déviation, par l'action répétée de forces infiniment petites mais indéfiniment actives, réagissent sans cesse sur des formes si tendres, si assouplies, si plastiques ! La petitesse des germes fait qu'on s'étonne qu'ils suffisent à déterminer Tôtre entier? Mais la forme de la première molécule solide^ invisible encore au sein d'une eau?

mère, ne détermine-t-elle pas celle du cristal qui bientôt y grossira indéfiaiment? Deux spirales partent du même point; je suppose que la différence de leurs coefficients angulaires d'accroissement soit à peine sensible. Elles se toucheront presque au départ, autour de l'ombilic : cela empêche-t-il que dans peu de temps elles se dérouleront à d'énormes distances?

On n'a jamais vu un élément anatomique, une cellule ou un tissu naitre ailleurs que dans Tôtre achevé ou en germe. Le germe lui-même doit être considéré comme un élément anatomique, servant de lien aux existences successives, et transmettant des unes aux autres les caractères spécifiques. Il ne s'y passe rien, en somme, de plus extraordinaire que dans l'être achevé. Chez l'un comme chez l'autre, dans la vie embryonnaire comme dans la vie adulte, nous voyons des matériaux plastiques, principes immédiats ou tissus nutritifs, s'incorporer en quelque sorte à un petit monde organique en voie de développement, comme feraient de nouveaux matériaux cosmiques, précipités dans un tourbillon planétaire.

La forme et la nature des éléments déjà existants déterminent celles des matériaux neufs que les forces de la vie construisent sans relâche : le remplacement insensible des molécules organisées les unes par les autres, leur accroissement plus ou moins rapide, leurs métamorphoses invisibles qui se trahissent seulement sur la figure des êtres, dans les défaillances ou les éphémères ardeurs de leurs organes, tout cela est l'œuvre des forces que j'ai cherché à ana-

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