‹ Les problèmes de la vieChapitre 13 sur 16 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Si la science n'a jamais vu saillir un simple élément anatomique d'un mélange quelconque de principes immédiats, il ne faut point s'attendre à en voir surgir un individu complet, avec ses tissus variés et sa riche organisation. M. Pasteur (i) a montré, touché du doigt des germes, partout où les partisans de la génération spontanée croyaient voir des êtres prendre naissance au sein de liquides organiques.

Le mythe de la blonde Aphrodite sortie toute nue

(1) Voyez: Mémoires sur la fermentation alcoolique^ 1860.— Mémoires sur les corpuscules organisés qui existent dans fatmO' sphère. Examen de la doctrine des générations spontanées^ 1862. — Études sur les mycodermes, 1862. — Nouveau procédé industriel de fabrication du vinaigre ^ 1862. — Examen du rôle attribué au gaz oxygène atmosphérique dans la destruction des matières ani' maies et végétales après la mort, 1863. — Recherches sur la putréfaction, 1863.

GENllSR DES INDIVIDUS. Ql

de récume amère n'a rien de plus hardi que l'espé» rance de faire jaillir à volonté un être organisé, si humble qu'il soit d'ailleurs, du sein d'un mélange chimique sans vie propre, sans organes, sans attributions génériques ou spécifiques d'aucune sorte. L'imagination scientifique a partout embrassé avec complaisance la théorie de la génération spontanée^ tant il lui importe de saisir un lien entre le monde physique et le monde organisé, entre les corps qui servent de matériaux à la vie et le principe môme de l'existence. Au sein même de la matière, dans cet abîme sans nom d'où sortent toute forme et tout mouvement, on s'est complu à chercher une force secrète qui , endormie dans le cristal, s'éveillerait dans la plante et dans l'animal. Ainsi les anciens représentaient le dieu Terme avec une tête humaine et un torse sans jambes : vivant par le haut, rocher par le bas.

M. Pasteur a fait écrouler un à un tous les fondements de la séduisante théorie des générations spontanées. Sa critique fine, ingénieuse, précise , appuyée sur des expériences d'une délicatesse admirable, n'en a rien laissé debout. 11 a arrêté au passage, touché du doigt, manié, pesé, analysé les germes qui, sans cesse suspendus dans l'atmosphère, donnent naissance à tant d'ôlres dont la génération avait longtemps paru équivoque. Les résultats de ces curieuses recherches ont été consignés dans un Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans Vatmosphère,

La doctrine des générations spontanées, de notre temps instinctivement repoussée par la philosophie

n LES PROBLÊMES DE LÀ VIE.

spiritualiste, a été admise sans conteste par toute Tantiquité et par le moyen âge. La distinction entre le monde organique et le monde inorganique n*avait pas autrefois la précision qu'elle a acquise de notre temps. La science, en définissant rigoureusement les objets, soulève en réalité autant de problèmes qu'elle en résout. On a, il est vrai, toujours distingué la substance matérielle du principe de Tâme; mais l'antiquité n'avait pas creusé un gouffre entre la matière vivante et la matière inanimée.

La découverte du microscope rajeunit en quelque sorte la doctrine de la génération spontanée : elle ouvrit aux observateurs tout ce monde confus et agité des êtres qui se développent dans les infusions de substances animales ou végétales* Un prêtre catholique anglais, Needham, publia en 1 745 àLondres un ouvrage où, sans crainte apparemment de blesser l'Église, il appuya la théorie d'expériences directes et systématiques. Il observa le développement d'animaux microscopiques dans des solutions enfermées en vase clos ; il avait soin de soumettre préalablement ces solutions à l'action du feu, pour y détruire les germes que l'on pouvait croire attachés ou aux substances mêmes, ou aux parois, ou flottans dans l'air du vase.

Buffon adopta les vues de Needham, et sa grande autorité leur donna promptement la popularité. Pendant quelque temps, l'école de Bonnet, qui s'attachait à la doctrine de la préexistence des germes, n'eut rien à répondre au grand naturaliste. Un abbé italien; l'un des plus habiles physiologistes de l'époque,

OëNËSË b£S INDIVIDUS. 03

Spallaïizani, fournit bientôt à la cause qui semblait vaincue des arguments qui firent passer la victoire de son côté, et qui, presque jusqu'à nos jours, ont semblé décisifs. Il fallait cependant qu*il y eût un point faible, un défaut de la cuirasse, dans la méthode et dans Targumcntation de Spallanzani, pour que récemment on ait vu reparaître de nombreux et chauds partisans de la génération spontanée. M. Pasteur lui-même, pour rendre hommage à la vérité bien plus assurément que pour rehausser Téclat de ses propres travaux, confesse que Spallanzani ne s'était assuré que les apparences du triomphe, et que « Needham ne pouvait, en toute justice, abandonner sa doctrine en présence des travaux de son adversaire o .

H est inutile d'énumérer ici toutes les expériences contradictoires qui, depuis celles de Spallanzani, ont obscurci de plus en plus la question des générations spontanées. Tous ceux qui cherchaient à résoudre le problème ne faisaient qu'en rendre la solution plus difficile, et cette question, si longtemps et si inutilement controversée^ était, bien que TAcadémie des Sciences de Paris l'eût mise au nombre de ses sujets de prix, . tombée dans un tel discrédit que, peu de temps avant sa mort, M. Biot, voyant M. Pasteur s'engager dans ce dédale qu'il croyait sans issue, le suppliait de ne pas s'y égarer trop longtemps. M. Dumas lui-môme, bien plus porté par le tour de l'esprit que M. Biot aux nouveautés hardies, disait aussi à M. Pasteur : « Je ne conseillerai à personne de rester trop longtemps dans ce sujet. » Bien en a pris au savant et ingénieux profes-

U Les pkoblèMes de u vie.

seur de ne pas suivre ces prudents conseils et de n'écouter que la curiosité qui le poussait en avant. Il est bon quelquefois que des mains téméraires touchent aux arbres dont le fruit est défendu. Le haut patronage scientifique a accompli sa mission quand il a protégé les personnes, quand il leur a assuré les instruments de travail et quelques loisirs : il ne doit jamais chercher à asservir lii môme à guider Tesprit, cette force libre qui ne relève que d*elle-môme.

La méthode adoptée par M. Pasteur pour découvrir les germes tenus en suspension dans l'atmosphère est des plus simples : elle consiste à faire passer un courant d'air sur du coton-poudre, substance soluble dans un mélange d'alcool et d*éther. Les fibres ténues et enchevêtrées du coton arrêtent toutes les parlîcules solides ; elles filtrent l'air en quelque sorte. Toutes les poussières ténues se retrouvent dans la solution du coton-poudre et retombent lentement au fond de la liqueur. M. Pasteur les y recueille et peut à son gré les placer sous le porte-objet du microscope, pour les soumettre à l'étude. Qn s'assure, en opérant dé cette manière, que l'air charrie toujours, sauf quelquefois sur les plus hautes cimes des montagnes, des corpuscules qui ressemblent de tout point aux germes des organismes les plus inférieurs, et qui ont d'ailleurs des volumes et des structures très-variés.

Les germes ainsi recueillis sont féconds ; on peut les semer dans des infusions où l'on a, parTébullition, détruit tous les germes, et qui sont d'ailleurs conservées dans une atmosphère artificielle d'air qui, après avoir

Gënése des individus. d5

traversé un tube de platine chauffé au rouge^ ne peut plus contenir aucun organisme vivant. L'on y voit apparaître bientôt une abondance de végétaux cryptogaiiiiques ou de petits animalcules dits infusoires : ce sont des mucors oumycodermeSf qui couvrent le liquide d'une pellicule grasse et gélatineuse, des mucédinées^ moisissures formées de petits tubes accolés, des torulacées^ ou plantes non tubulées, qui s'attachent au fond des vases. Les animaux sont des infusoires, de petites mch nades, des bacterium^ des vibrions. Les bacterium^ surtout les Bacterium termo^ sont en immense abondance dans l'air. Cet être infime^ l'un des plus petits parmi les infusoires, se trouve dans toutes les substances en putréfaction. Les bacterium fourmillent dans le canal intestinal de l'homme, et se retrouvent obstinément jusque dans cette matière blanche qui s'amasse tous les jours entre les dents. On les voit dans le lait caillé en compagnie des vibrions. Ceux-ci sont les plus vivaces peut-être des infusoires ; leurs germes ne sont pas tués par une température de 100 degrés centigrades ; il faut pousser au delà pour les anéantir. Les spores des mucédinées sont encore plus réfractaires ; ils demeurent féconds jusque vers 120 degrés centigrades. Toutefois une courte exposition à 130 degrés enlève toute fécondité même aux plus impressionnables ; mais, dans la nature, ni spores, ni végétaux^ ni germes animaux ne sont jamais exposés à une chaleur qui puisse les rendre stériles.

Au lieu d'arrêter les pariicules solides dé l'air sur des bourres de coton-poudre, on peut aussi les retenir

Oe LES t^nOBLËMES DE LA Si^.

sur des tampons d'amiante, et Ton reproduit, en opérant de cette façon, des phénomènes identiques. On a soin préalablement de chauffer Tamiante, pour y détruire tous les germes qui pourraient accidentellement y ôtre logés. En ne laissant arriver Tair à des infusions que privé de germes féconds par une forte chaleur, on réussit à conserver intacts les liquides les plus facilement altérables, les liquides organiques par exemple, pour peu qu'on les ait fait bouillir, afin de détruire tous les germes dans la liqueur elle-même. Le principe d'altérabilité ne se trouve donc pas dans les infusions organiques, et toutes les fois qu'on en écarte les germes atmosphériques, on les voit aussi stables que les liqueurs ordinaires de la chimie minérale. Il n'est au reste pas même nécessaire de conserver les infusions dans une atmosphère artificielle, calcinée dans son jpassage à travers un tube métallique porté au rouge** On peut les garder vierges dans l'atmosphère ordi-î» naire, si l'on a soin d'étirer le col du ballon de manière à lui donner des courbures diverses : cela suffit pour que les germes ne puissent être transportés jusqu'à la liqueur ; ils s'arrêtent dans les angles et les parties basses du col sinueux, et le liquide du ballon demeure indéfiniment sans altératiouè

Que répondre à une expérience aussi concluante î A celles que j'ai citées d'abord, on objectait qu'en présence d'une atmosphère factice et calcinée, la force • générative pouvait demeurer inerte et comme étouffée; \ mais ici rien d'anormal : la liqueur est plongée dans l'atmosphère ordinaire ; on se contente d'arrêter mé-

Câniqueftiiîni les corpuscules solides que l'âîr emporte dans ses courants. Les liquides d'ordinaire le plus fermentescibles ne montrent dès lors aucune disposition à se décomposer. Nul symptôme de vie ne s'y manifeste ^ nulle agitation intestine. Comment croire dès lors que le développement des êtres animés dans les infusions soit un phénomène tout spontané ? Gomment nier que, dans les circonstances ordinaires où la fermentation se produit, les germes des êtres vivants ne soient apportés par l'atmosphère ?

Partout où une matière s'altère, se décompose, se putréfie, la nature a semé des germes qui trouvent leur nourriture dans ces restes livrés à la destruction. La vie est le vrai phénix qui renaît de ses cendres : elle ne s'éteint jamais, elle ne fait que passer d'un organisme dans Tautre ; elle circule incessamment dans tous les canaux qui lui sont ouverts.

Que de fois les poètes ont parlé du ver du sépulcre ! Mais le ver n'est pas l'agent de destruction qui s'acharne le plus sur le cadavre : la nature a bien d'autres parasites à nourrir; elle jette ses animaux supérieurs en pâture à des légions invisibles que l'histoire naturelle connaît encore à peine., et qui pullulent avec une incroyable rapidité. Ces êtres microscopiques n'ont pas même besoin pour vivre des éléments complexes qu'ils trouvent dans les espèces animales et végétales : toute substance organique abandonnée à elle-même, capable de recevoir librement les germes charriés dans l'atmosphère, les féconde et se décompose à mesure qu'elle leur sert de nourriture.

d8 LES t»KOBLÊMËS D£ U Vl£.

M. Pasteur a démontré que la décomposition des matières organiques, ou autrement dit la fermentation, est toujours liée à la présence d'êtres organisés. Dans son beau Mémoire sur la fermentation alcoolique, il fait voir que les cellules de la levure de bière se nourrissent réellement aux dépens de Tinfusion sucrée, et la transforment par une action physiologique et non par une simple action physique ou chimique. L'acte physiologique se lie, il est vrai^ de la manière la plus intime à des phénomènes chimiques très-complexes : le sucre, privé d'une partie de ses éléments, devenus la nourriture de la levure, se décompose et donne naissance, non-seulement comme on l'avait cru pendant fort longtemps, à de l'alcool et à de l'acide carbonique, mais encore à beaucoup d'autres produits.

L'alcool, on le sait, se transforme facilement par une seconde fermentation au acide acétique : personne n'ignore que le vin tourne en vinaigre. C'est encore un ferment animé qui est l'agent de cette transforma* tion. Dans le vin, on le nomme la fleur du vin ; dans les vinaigreries, la fleur du vinaigre, ou mère du vinaigre (mycoderma aceti).

La fermentation alcoolique n'est pas la seule que puisse éprouver le sucre : tout comme la levure de bière se forme quand l'infusion sucrée se dédouble en alcool et en acide carbonique, le ferment dit lactique prend naissance chaque fois que du sucre est changé en acide lactique (ou acide du lait). Ce ferment a une oi^ ganisation très-rapprochée de celle du ferment alcoolique. C'est une substance grise, visqueuse, formée de

petits globules ou d'articles courts^ isolés ou accolés, constituant des flocons irréguliers.

Le ferment qui sert à transformer le sucre ou Tacide lactique en acide butyrique n'est pas un végétal, c'est un petit infusoire qui mérite une mention toute spéciale : il se montre sous forme de petites baguettes cylindriques, arrondies aux extrémités, isolées ou réunies en chaînes de plusieurs articles. Ces baguettes avancent en glissant, pirouettent, ondulent, flottent en tout sens dans les infusions, et s'y reproduisent par fissiparité. Ces vibrions jouissent de la propriété de vivre et de se multiplier à l'inflni sans qu'il soit besoin de leur fournir un seul atome d'oxygène libre. Non-* seulement ils peuvent vivre sans air, mais l'air les tue.

Cette propriété singulière distingue essentiellement les mycodermes des vibrions : les premiers sont des êtres qui se nourrissent sans cesse d'oxygène, et qui l'empruntent à l'atmosphère quand ils ne le trouvent plus dans les solutions. Les fermentations nous font donc découvrir deux classes d'animaux inférieurs, les uns se nourrissant d'oxygène, les jautres vivant sans ce gaz ; tous sont propres à activer la décomposition des corps, et souvent leur action est concomitante. La fermentation tartrique en fournit un exemple : elle montre les deux espèces d'infusoires se développant en même temps, les uns au-dessous des autres, les uns dans l'oxygène, les autres hors de l'oxygène.

Plus on étudie les fermentations, mieux on s'assure que l'atmosphère ne joue directement qu'un rôle tout à fait secondaire dans les phénomènes qui déterminent

100 l£& PROBLÈMES DE Là VIE.

le retour des matières organiques à Té tat inorganique* Tant qu'il n'agit que comme réactif chimique, l'oxygène brûle avec une remarquable lenteur les matières que les ferments animés dissocient avec une si étonnante rapidité. Qu'on enferme des infusions organiques en vase clos et dans une atmosphère inféconde ou privée de germes, et l'on sera vraiment surpris de la lenteur avec laquelle cette atmosphère artificielle se dépouillera de son gaz oxygène.

M. Pasteur a fait à cet égard les expériences les plus concluantes. De l'eau sucrée mêlée de levure de bière et conservée dans une atmosphère formée d'air ordinaire, mais où accidentellement il ne s'est point trouvé de germes féconds, est demeurée intacte pendant trois ans, et l'air du ballon fermé où pendant ce temps la liqueur avait été conservée n'avait perdu que les trois centièmes environ de son gaz oxygène. Dans des circonstances semblables, M. Pasteur a retrouvé del'urine à peu près pure et fraîche après trois ans d'attente ; du lait avait également conservé la saveur du lait ordinaire et n'était point caillé. Dans ces expériences, les infusions avaient été portées à l'ébullition au début, afin de détruire les germes qui auraient pu se trouver à l'intérieur ; mais M. Pasteur, pour couper court à toutes les objections, ne s'est pas contenté d'étudier des liqueurs privées de germes par l'ébullition : il a réussi à enfermer du sang naturel, tel qu'il sort des artères, et de l'urine fraîche, dans des, vases clos renfermant de l'air pur et privé de tous germes. Dans ces circonstances encore, il a pu constater la stabilité des matières or-

ganiques en présence de Toxygène : ces substances ne se sont point putréfiées, et l'atmosphère des vases clos n'a perdu quelques parties de son oxygène qu'avec une excessive lenteur.

Combien au contraire le travail de la décomposition organique avance avec promptitude quand les infusions peuvent librement recevoir les germes, se couvrir de mucédinées, de bactéries, de nomades, se remplir de vibrions remuants ! Ces petits êtres ont pour mission de ramener à l'atmosphère et au règne minéral tout ce qui a cessé de vivre. A la suite de ces expériences, d'un intérêt si saisissant, M. Pasteur n'avait-il pas le droit de dire : « Les principes immédiats des corps vivants seraient en quelque sorte indestructibles, si l'on supprimait de l'ensemble des êtres que Dieu à créés les plus petits, les plus inutiles en apparence? »

Partout où l'on regarde, on voit la vie sortir de la vie, ou directement ou indirectement; la zoologie a trouvé un fil conducteur dans les étranges phénomènes de la parthénogenèse et des générations alternantes, qui pendant quelque temps avaient semblé fournir des arguments aux nouveaux partisans des générations spontanées.

Il est certain que des femelles peuvent pondre, tout en restant vierges, et donner naissance à des êtres nouveaux, sans aucune intervention de l'élément mâle. Mais la vie en ce cas ne sort-elle pas encore de l'ovuio ou pseudovum de la mère? Dans les cas ordinaires, l'œuf a besoin de la fécondation pour achever toutes ses métamorphoses; dans le cas delà génération vierge,

il est capable, en se transformant, de produire un être complet (abeilles, vers à soie, etc.)*

Le cycle des générations vierges se reforme toutefois toujours par une génération sexuelle; l'élément anaiomique mâle doit, de distance en distance, apporter quelque chose qui est nécessaire à la perpétuité de Tespèce.

Dans les générations alternantes, le phénomène est plus simple encore: les espèces qu'on avait crues d'abord agames ne sont que les phases diverses du développement d'espèces sexuées (1). Qu'on suive un être quelconque en ses métamorphoses et de proche en proche, en remontant assez haut, on retrouvera toujours un phénomène de génération sexuelle* L'élément mâle semble avoir pour rôle de ramener le protée

(1) Voyes, sur ces meryeilleux phénomènes : Métamorphose de l'homme et des animaux, par Quatreiages. — Yoyes : les travaux de Dujardin de Rennes, de Siebold, de Kttchenmeister, de van Beneden, de Baillet, de Leuckart, etc.

On sait aujourd'hui que les entozoaires (ténias, filaires, douves du foie ou du cerveau, hydaiides, trichines) doivent la vie à des larves d*insectes ou à des animaux de même espèce, auxquels il a suffi d'un milieu différent pour prendre des formes nouvelles. Ainsi les cysticerques, ces vers vésiculaires qui produisent la ladrerie du cochon et que l'on retrouve dans les intestins du lapin, rejetés au dehors sous forme d'œufs et repris par les herbivores, produisent le ténia ehes Fhomme et chez les animaux qui se nourrissent de ces derniers. Les œufs innombrables du ténia reproduisent à leur tour ranimai primitif. ! Les animalcules enkystés dans le cerveau des moutons morts du tournis ne sont point nés sur place : ils ont été transportés par le

GENtSE DES INDIVIDUS. iOS

vitale qui s*épuise en créations ambiguës, excentriques, équivoques, à certaines formes primordiales et constantes.

L'espèce necomprend plus seulement dans ses cadres de simples individus, elle peut embrasser des séries d'individus à la fois unis et séparés^ tout et parties. 11 faut donc élargir la notion de l'espèce; toute forme végétale et animale n'est pas le^ produit d'un hymen : mais si loin qu'on pénètre dans le monde mystérieux de la métamorphose, on ne découvre jamais un être vivant issu directement du monde inorganique. C'est en ce sens qu'on peut affirmer qu'aucune observation concluante^ irréfutable, placée à l'abri de toute chance d'erreur, n'a encore été faite à l'appui delà théorie de la génération spontanée (1).

torrent circulatoire ; ils ont percé à travers la substance cérébrale des sillons comblés ensuite par la cicatrisation.

Les infasoires, M. Balbiani Ta démontré, ont des organes de gênératiin. Chez les hydres, les polypes, les méduses, on trouve des œufs, contrairement à ce que pensait Lamarck.

Si bas qu'on aille, on trouve toujours la reproduction des êtres assurés par des éléments anatomiques antérieurs déjà formés.

(i) Je laisse de côté, dans les travaux de M. Pouchet, ce qui n'est qu'argumentation, raisonnement, critique, pour arriver aux faits, ttie ne laisserai aucune prise à la critique, dit M. Poucbet, si je parviens à déterminer la génération de quelques êtres organisés en substiutant un air artificiel à celui de l'atmosphère : » Voici corn* ment il s'y prend pour cela : « Un flacon d'un litre de capacité fut rempli d'eau bouillante, et, ayant été -bouché hermétiquement avec la plus grande précaution, imoiédiatement on le renversa sur une

lOA LES PROBLÈMES DE LA VIE.

En revanche, l'œuvre de ceux qui combattent la génération spontanée est purement négative. Partout où naissent des êtres nouveaux, on fait voir des germes antérieurs, mais cette observation ne démontre pas l'impossibilité absolue de la génération spontanée. L'homme ne peut faire la synthèse de la vie ; il n'en résulte point ^que la vie ne soit pas une synthèse. La nature actuelle fait passer ses créations par le moule et la prison des germes; mais rien ne prouve qu'elle soit virtuellement impuissante à créer d'autre façon.

Il faut se détourner à regret de tant de problèmes à peine effleurés encore par la science : comment la matière est-elle sortie de l'immobilité, de l'inertie inorga-

cuve à mercure ; lorsque l'eau fut entièrement refroidie, on le déboucha sous le métal et Ton y introduisit un dt>mi-litre de gaz oxygène pur. Aussitôt après on y mit, sous le mercure, une petite botte de foin pesant 10 grammes, renfermée dans un flacon bouché à l'émeri et sortant d'un étuve chauffée à 100 degrés^ où elle était restée 30 minutes. » Quel fut le résultat de cette expérience ? Au bout de huit jours, il s'était développé dans l'infusion une moisissure. N'est-ce point là une génération spontanée? Où peut-il y avoir des germes vivants? dans l'eau ? non, car elle est bouillante en entrant dans le vase et l'ébullition tue les germes. Dans l'oxygène ? non, car il sort directement d'une combinaison chimique. Du foin? non, car il sort d'une étuve chauffé à 100 degrés, à 200, 300 degrés, si Ton veut. M. Pasteur a montré pourtant par où des germes pouvaient entrer : c'est par la cuve à mercure. La pellicule qui recouvre ceUe cuve est sans cesse saupoudrée de poussière et l'on ne peut faire une manipulation sur la cuve, sans y faire entrer les particules qui sont à la surface. L'expérience reste donc illusoire.

GENÈSE DES INDIVIDUS. i05

niques, et a-l-elle pris avec une structure nouvelle la mobilité, la vie, la faculté de la reproduction? Gomment d'une autre part Têtre vivant, esclave du temps, condamné à ne pouvoir retenir que pour quelques instants ses facultés précieuses, retombe-t-il, après avoir traversé les phases éphémères de son développement, dans le gouffre toujours béant de la mort? Il faut poser ces questions en môme temps, car, la vie et la mort sont deux phénomènes connexes ; ni l'être vivant, ni les matériaux qui entrent dans la composition de ses organes, ne peuvent être détruits sans répandre autour d'eux la fécondité parmi ces multitudes de germes qui ne demandent qu'à éclore.

La vie, non plus que la mort, n'est quelque chose de simple, d'uni, d'indivisible, comme on le croit volontiers. Les anciens se figuraient que le phénomène de la mort s'accomplissait tout entier dans l'instant où la Parque tranchait de ses ciseaux le fil d'une existence ; mais la vie ne sort pas de l'organisme avec une telle promptitude, pas plus qu'elle n'y entre tout achevée et complète. Dans la vie comme dans la mort, il y a en quelque sorte des degrés, des nuances: le rotifère desséché, qui n'accomplit plus aucune fonction vitale, n'est pas mort cependant, puisqu'il suffit de le plonger dans l'eau pour qu'il reprenne sa mobilité et exécute ses étranges mouvements rotatoires. Les germes atmosphériques sont-ils morts? sont-ils vivants? Dans le vaste ovaire terrestre où le vent les fait tourbillonner en tout sens, ils vont partout cherchant la vie, sans pouvoir toujours la trouver. La nahirc prodigue en condamne

iOtf LES PROBLKMES DE U VIE.

un nombre incalculable à la stérilité ; mais que quelques-uns rencontrent n'importe où des substances qui puissent les nourrir, ils se mettent à vivre et à se multiplier.

Pourquoi la force créatrice s'userait*elle dans des générations spontanées , lorsque tant de germes pro^ près à la vie sont chaque jour détruits? U n'y a guère lieu d'espérer que ce prodige s'accomplisse pour le seul amusement de l'homme ; mais, si la na* ture ne féconde aujourd'hui que des germes sans tirer directement des organismes de la matière inerte, il faut bien qu'elle possède virtuellement cette puissance et qu'elle l'ait exercée autrefois, car la vie a eu un commencement sur notre planète.

La géologie affirme que notre demeure actuelle a été longtemps sans habitants ; tout être actuel, sort d'un germe, mais d'où le premier germe est-il sorti ? La science ne répond pas à cette question : se contentant d'étudier les rapports des choses, elle n'en recherche ni le commencement ni la fin dernière. Elle vit dans le présent, et ne plonge pas plus volontiers les regards dans les abîmes du passé que dans les ténèbres de Tavenir. Et pourtant une logique impérieuse oblige l'esprit humain à remonter à toutes les origines. Nous ne saurions circonscrire l'horizon de la pensée comme nous pouvons circonscrire le cercle de nos obseovations. Les sciences d'ailleurs, en suivant des voies indépendantes, se rencontrent quelquefois, et se posent alors des problèmes imprévus.

La zoologie se contente d'étudier les êtres actuels.

GENÈSE DES INDlVlDtS. 107

leur fonction, leur embryogénie, leur développement : elle ne remonte pas aux jours lointains de la création ; mais la paléontologie lui montre des multitudes d'êtres aujourd'hui éteints, qui ont peuplé le globe aux divers âges géologiques: elle oblige l'histoire naturelle à é largir ses cadres, à ouvrir une place à tous ces Représentants du passé, elle la force à remonter à l'origine même de tous les organismes animés.

Elle nous ramène forcément au temps où les premiers et les plus infimes organismes ont paru à la surface de notre planète, encore échauffée par les effluves du feu intérieur, dans les mers produites par la condensation des vapeurs qui troublaient l'atmosphère.

Les fermentations montrent que la vie n'abandonne certaines substances que pour en animer de nouvelles, mais on y voit aussi que les germes féconds n'ont pas besoin de prendre leur substance dans des êtres animés : ils la trouvent également dans les principes immédiats, qui ne peuvent pas être con-* sidérés comme doués de vie véritable, bien qu'ils entrent dans la composition de tout ce qui est vivant. En descendant l'échelle organique, on arrive à des principes immédiats si simples qu'on ne saurait trop dire s'ils appartiennent ou non au règne minéral. La synthèse chimique a réussi à les reproduire par la seule action réciproque des corps simples, H y a eu un temps, quand l'atmosphère terrestre était encore surchargée de carbone, où des principes immédiats se sont formés spontanément et en dehors de tout être

!0(l Lfô 1>R0B11m£s bË U VIE.

vivant. Or, quand on voit de telles substances, sorties non du sein de la nature^ mais des cornues du laboratoire, capables de féconder les germes aujourd'hui existants, n'est-il pas permis de croire qu'au moment où la vie a apparu sur le globe, elle a pu surgir du mélange des éléments primitifs ?

La géologie même ne saurait remonter aux humbles débuts de l'existence organique sur la terre. Sa faune la plus ancienne^ celle du terrain silurien, n'est pas la première faune terrestre. Avant ce terrain, il y en a eu bien d'autres, oii le métamorphisme a fait disparaître toute trace des premiers organismes. Qu'on se figure, s'il est possible, la planète avant que la vie y pût faire do^nicile; une mer sans habitants, des terres désolées sans végétation, une atmosphère étouffante, chargée de chaudes vapeurs. Dans quelles solitudes sont nés les premiers principes immédiats ou susceptibles d'organisation? Sur quelles plages ou dans quelles profondeurs ont été célébrés les obscurs mariages, d'où sont issus les humbles prototypes de la fauiie et de la flore terrestres ? Les secrets de ces tristes âges de notre planète sont à jamais perdus ; toutes les origines nous échappent comme toutes les causes premières. Le temps nous humilie autant que la raison.

La question des générations spontanées, pour être aperçue dans toute sa généralité, ne doit pas être limitée à l'époque présente. Pour être bien comprise, j'ajouterai qu'elle ne doit pas non plus être séparée de l'étude même de ce que nous appelons les germes.

et, sur ce point, il faut bien l'avouer, la science est encore réduite à la plus grande ignorance. Y a-t-il dans ces corpuscules d'où nous voyons sortir des êtres si variés une fixité de caractères telle^ qu'ils puissent devenir l'objet d'une classification rationnelle? L'espèce, avec toutes ses propriétés distinctives, est-elle déjà, à tous les degrés d'animalité, virtuellement contenue dans le germe avant qu'il ait reçu l'action fécon« dante? Peut-on même dire rigoureusement qu'il y ait des espèces parmi un grand nombre de ces organismes microscopiques, dont la définition se réduit à un si petit nombre de caractères? Il peut convenir aux savants de se servir, en étudiant ces petits êtres, des mêmes catégories que lorsqu'il s'agit des grands ani« maux : leur objet est de jeter quelque ordre et quelque méthode dans leurs investigations; mais si les Caractères de l'espèce sont si fuyants, si incertains déjà dans certaines classes assez élevées de la hiérarchie zoologique, quelle valeur est-il permis d'attacher à de semblables tentatives? Tout semble indiquer, quand on descend dans les rangs les plus humbles de la création, qu'elle a créé seulement quelques types, autour desquels elle s'écarte librement et en tout sens. Les travaux les plus récents sur une classe d'animaux inférieurs qu'on nomme les foraminifères, montrent que la notion ordinaire de l'espèce leur est inapplicable. On n'a trouvé d'autres moyens de ranger cette vaste agrégation de formes si diverses que suivant leur degré de divergence, eu égard à certaines formes prises pour termes de comparaison, et Ton est allé jusqu'à se de-

LAUGEI».— PROBL. DE LA VI£. 7

It(^ LB8 1>RÔ1ILËNE8 DC LA VIE.

mander si ces types distincts ne dérivaient pas tous d'un prototype unique. M. Pasteur s'est demandé lui* même si les infusoires qui vivent sans oxygène libre ne pourraient pas être simplement un état particulier des infusoires qui se nourrissent de ce gaz. S'il apa se poser une telle question et croire possibles de telles métamorphoses, que ne doit-on penser des germes en général? Il faut bien qu'il y ait une certaine plasticité dans ces corpuscules, puisque nous voyons les variée tés végétales se féconder mutuellement. Des germes semblables peuvent être appelés à la vie sous des influences diverses, et donner naissance à des produits qui ne sont pas identiques. C'est ainsi qu'on peut ima-giner qu'au début de la création, un très^petit nombre de prototypes, doués d'une plasticité remarquable^ aient en peu de temps pu donner à la matière orga« nisée les formes les plus nombreuses et les plus dififérentes.

'i ' ■■mi -^^^^^u^^

Page 1