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CHAPITRE III

LE YITALISMË.

Le spiritualisme de Descartes déchire tout lien ontologique entre l'esprit et la matière et les laisse face à face, dans un état d'opposition perpétuelle. Pour que cette opposition devienne harmonie, Leibnitz est contraint de faire intervenir incessamment une volonté suprême. Dieu tient dans ses mains les fils qui meuvent les corps et ceux qui meuvent les âmes : dès l'origine des choses les mouvements ont été réglés de façon à se correspondre. L'harmonie préétablie exige que tel muscle de mon corps se contracte au moment précis où j'aurai telle volonté : système ingénieux, mais arbitraire, artificiel et presque enfantin, que l'instinct repousse invinciblement, sans le secours du raisonnement.

Gomment rejoindre pourtant les deux parts de l'être, l'esprit et les corps ? On peut rapporter au vita-lisme tout système qui en explique l'action réciproque à l'aide d'un principe intermédiaire. Une telle tentative ressemble trop à un expédient, pour ne point mettre une critique sévère sur ses gardes. Pour rattacher l'esprit et la matière, on vient loger entre eux un

LACGEL. — PRODL. DE LA VIE. 2

principe mixte, un entremetteur, qui ira de Tun à l'autre et leur apprendra à vivre en bon accord.

Mais le problème est-il résolu, quand le dualisme devient trinité, quand à deux substances, l'une spirituelle, l'autre corporelle, se surajoute une troisième substance ambiguë, bâtarde et mal définie? Si le mariage peut s'opérer directement entre le corps et l'àme, à quoi sert ce nouveau principe ? et si rien ne leur est commun, comment agira-t-il ? Il n'aura point prise sur l'âme, ç'U est matériel, ni sur }e corps, 3'il est spirituel. Saurait-il ôtre h lai fpis l'un et l'autre? Non, puisque npus supposons impossible la fusion, la pénétration réciproque.

Différera-t-il en essence et de Vvm et de l'autre? Mais pouvons-noiis imaginer quelque chpse qui ne soit 1)1 corporej ni spirituel? qui puisse évoquer la pensée, sans être 1^ pensée, remuer la matière, sans être la mijitière? J)onner à l'énigme" une formule nouvelle, est-ce découvrir l'énigme?

Dijn^ Je systèn^p des trois principes, pensée, palière, vie, le dernier est une façon d'interprète qui connaît la langfjp ^p .deuîc interlocuteurs incapables de se comprendre. Le rôle souverain dans le plan de la nature reviendrait alors, non plus à l'âme, mais à la vie. ïja preipière serait un rpi fainéant, la seconde son ministre.

Il y a dans l'esprit humain un tel goût pour les transactipns, pour les pQnapromis, et ce qu'on pourrait nommer les demi-jours, que la théorie des trois principes est revenue dans l'histoire de la philpsophip squ;» u|ie foule de forn^es jdiverses.

LE VITALISMË. 27

Je suis obligé de distinguer entre Ife vitaUsrtife proprement dit, ou la doctrine des trois substances, et Ife vitalisWe qui ne considère point la Vie dbnime un principe, une entité, mais simplement fcommc une force. Ge dernifer doit plutôt se rattacher au dynamisme. L'embarras consiste à classer beaucoup de doct^ines qui flottent perpétuellement dû vitalismfe au dynamisme. Bartbèz lui-même ne consent jamais à définir la tic ; il èti parle tantôt comme d*unfe substance, tantôt comme d'une cause ou force; c'est parfois unfe abstraction, {ïarfbls un principe que modifient Tàge, le climat, la maladie. Il ignore si le principe vital est t( une substance ou seulement un mode du corps hdthain vivant ». « Je personnifie, dit-il encore, le principe vital pour pouvoir en parler d'une manière plus commode.» Ailleurs il écrit : a La chose qui se trouve dans les êtres vivants et ne se trouve pas dans les niorts, nous l'appellerons âme, archée, principe vital, ar, yi^ z, comtne les quantités inconnues des géomètres. » ( Éléments die la science de l'homme.) Dans une classification {Philosophique, le système de Barthéz mérite d'autant mieux d'être rangé dans le dynamisme, quô les attributions de son principal vital sont toutes dynamiques. Il gouverne en eitet : 1<* les forces musculaires et motrices ; 2*» les forces sensitives ; 3° la chaleur vitale (mais la chaleur n'est qu'un mouvement); 4° les sympathies (qui ne sont que des transmissions sourdes de mouvements dans la matière organisée).

Les successeurs de BartheÈ n'ont pas toujours été aussi prudents que leur maître : ils ont fait du principe

vital une âme de seconde majesté ; ils Tont regardé comme une essence différente et de Tàme et du corps. Une physiologie qui considère la vie comme une substance ,.se range au niveau de Tancienne physique qui expliquait l'électricité par un fluide électrique, la lumière par un fluide lumineux. C'est déjà trop d'user de mots semblables pour la commodité du langage, comme dit Barthez. Qui croit aujourd'hui au fluide électrique? La vie n'est point une substance qui passe dans les germes, qui s'infuse dans les liquides de l'organisme, qui soude les particules du corps et les met en mouvement: ce n'est point Varchée de Paracelse et de van Helmont^ logée dans les organes comme un voyageur dans une hôtellerie, qui commande au corps et qui obéit à l'âme (1).

(i) On trouvera dans la Vie et ses cUlributs^ par E. Bouchut, une tentative pour établir, outre l'existence de l'âme, celle de la vie, considérée comme distincte de l'organisation et douée d'attributs propres. Voyez aussi Étude sur le vUalismey par M. Bouclmt. L'auteur n'y considère point la vie comme une seconde âme immatérielle, mais comme une substance matérielle qui, par son mélange avec la matière organisable, lui prête les formes et les propriétés de l'organisation. Il y aurait suivant lui une sorte de ferment physiologique propre à chaque individu, à chaque espèce, et capable de mouvoir la matière dans un certain ordre déterminé. Ce ferment ne serait autre que l'agent séminal. Mais si le principe vil al n'est autre que l'agent matériel qui s'incorpore à la matière des germes pour la mettre en mouvement, on ne voit point qu'il y ait dans les germes en développement autre chose en jeu que les forces capables de naître au contact des substances matérielles. C'est à l'étude de ces forces que la science se trouve donc toujours ramenée.

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