QU'EST-CE QUE U VIE
idée évolutive tellement complexe qu'elle renferme, outre les caractères spécifiques, les moindres accidents de l'individualité. Elle restera peut-être étouffée, si les conditions physico-chimiques du milieu environnant ne lui sont point propices ; mais pour peu qu'elle ne rencontre point une résistance trop vive, elle se déroulera, prendra son essor et se créera des organes.
Ce n'est donc pas assez de regarder la vie comme le jeu des forces enfermées dans l'être; cette notion toute dynamique a besoin d'être complétée par une notion esthétique, en ce sens que le mécanisme des forces vitales s'asservit à une idée directrice, à la conservation de formes ou de types organiques. La force créatrice y retourne et y tend comme à des pôles constants, à travers des métamorphoses plus ou moins rapides et par une série plus ou moins complexe de genèses enchaînées les imes aux autres. Une finalité obstinée se cache dans la nuit hideuse du monde embryonnaire, dans les larves, dans l'enveloppe des chrysalides, rideau derrière lequel l'insecte construit ses organes définitifs.
Le naturaliste peut résumer toute la nature animée en quelques traits ; il construit idéalement l'insecte, le mammifère, le poisson, une famille, un genre quelconque. Le botaniste aperçoit dans la feuille tout le règne végétal : les fleurs de toutes les latitudes en sortent avec toutes leurs magnificences. A contempler la nature vivante en ses linéaments fondamentaux, elle semble presque trop simple et trop nue. La paléontologie ne flatte plus assez la curiosité ni le goût du
merveilleux ; tous les ôtres qu'elle retrouve se rangent comme d'eux-mêmes en des casiers tout préparés sur les échelles de classification. On sent, on voit par* tout une certaine discipline; le goût de l'étrange ne trouve point à se satisfaire avec de vrais monstres^ de vraies chimères.
ïï y a> j'oserai le dire, une certaine pauvreté dans les styles de la nature. Que de simplicité dans le squelette des êtres les plus achevés! Toujours un axe vertébral, une tête, deux membres antérieurs, deux membres postérieurs. Jetez sur cette ossature les formes, les enveloppes, les tissus les plus divers, vous n'y pourrez effacer des traits qui ont je ne sais quoi de dégradé ; la répugnante proximité des organes de la génération avec l'appareil d'excrétion le plus grossier ; les mêmes canaux servant de véhicule aux sécrétions les plus viles et à celles où la vie semble avoir distillé ce qu'elle a de plus mystérieux et de plus fécond ; ce qu'on pourrait nommer le train supérieur représentant l'individu dans son indépendance et sa noblesse, mais le train postérieur demeurant comme un appendice purement spécifique et une lourde chaîne terrestre.
L'esprit humain est impuissant toutefois à rien concevoir qui dépasse l'idéal de la beauté humaine. Les mythologies grossières et difformes de l'Inde n'ont su que multiplier sur les images de leurs divinités des bras, des yeux, des mammelles, des jambes. L'Egypte a, dans ses sombres et sévères statues, marié les formes humaines aux formes purement animales, par un sen-