‹ Les problèmes de la vieChapitre 25 sur 93 · EL SM TR PF · texte numérisé non relu

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Nous avons vu, au chapitre III de la Le partie de ce travail, que la nature des produits de sécrétion peut dépendre en partie de la composition chimique des substances nutritives, mais qu'elle est surtout et plus particulièrement dépendante de la constitution du bioplasma qui les sécrète. Il est donc évident que la nature des substances caractérisant la différenciation histologique dépendra essentiellement de la constitution du bioplasma des cellules, et, par suite, que les différences entre ces substances nous révèlent une différence correspondante entre les bioplasmas des cellules qui les sécrétent. D'où l’on conclura qu’à une différenciation histologique déterminée correspond une constitution bioplasmatique bien déterminée, elle aussi.

C'est là une conclusion dont personne ne voudra contester l'exactitude. Cependant, je sens ici la nécessité de faire à ce propos quelques remarques, afin d'éviter ultérieurement toute équivoque possible.

Si l’on peut affirmer avec raison qu’une diversité dans les différenciations histologiques importe nécessairement une diversité dans la constitution chimique des bioplasmas, on ne peut toutefois en conclure réciproquement qu’une différence entre la constitution chimique des bioplasmas donne toujours origine à des différenciations histologiquement différentes. Du moins, cette conclusion ne serait exacte que si nos connaissances sur les substances caractérisant ces différenciations histologiques étaient appuyées sur leur véritable composition chimique.

Mais comme nos moyens d'observation ne sont pas encore suflisants pour ce but; comme, au contraire, nous devons nous borner dans nos recherches à juger de la nature des ces substances, non pas d’après leur composition chimique, mais seulement d’après leurs propriétés physiologiques, physiques ou même chimiques, il s'ensuit que leur connaissance est toujours imparfaite et qu’il faut bien se garder de tomber dans des conclusions erronées.

La ressemblance, et parfois l'égalité même des propriétés physiologiques, physiques et, dans une certaine mesure, des

propriétés chimiques aussi, n’est pas un indice suflisant de l'identité de composition chimique des substances. Deux corps peuvent fort bien nous apparaître égaux par ces propriétés, sans que leur constitution chimique soit pour cela parfaitement identique.

Il faut se rappeler toujours que les propriétés physiques, et certaines propriétés chimiques ne sont pas étroitement dépendantes de la véritable composition chimique des substances, mais plutôt du type de leur composition.

Tout composé organique est caracterisé par trois facteurs: le nombre, la qualité et la disposition des atomes dans la molécule. Or, ce dernier est, de beaucoup, le facteur le plus important pour donner au composé ses propriétés physiques et chimiques.

Nous en avons des exemples frappants dans les composés métamères. Quoique dans ceux-ci le nombre et la qualité des atomes de leur molécule soient les mêmes, leurs propriétés sont néanmoins très différentes, et cette différence, nous le savons, n’est due qu’au différent arrangement atomique.

Au contraire, la ressemblance et parfois l'égalité des propriétés physiques et chimiques des composés sont dues à l’arrangement des atomes, à la véritable structure moléculaire, indépendamment ou presque indépendamment du nombre et parfois de la qualité même des atomes qui les constituent.

Je crois qu’il n’est pas nécessaire d’en citer des exemples.

Nous n’avons qu’à consulter les traités de Chimie organique, et nous verrons que la classification et la formation des groupes des composés organiques, présentant entre eux des analogies dans leurs propriétés, ne sont pas basées sur le nombre et la qualité des atomes, mais sur le mode de liaison réciproque de ceux-ci dans la molécule.

Cela étant posé, nous pouvons admettre sans difficulté, que

des substances possédant des propriétés physiques, chimi-

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ques et physiologiques égales ou analogues n'aient pas parfaitement une composition chimique identique, mais seulement une analogie de structure moléculaire résultant du mode de liaison réciproque des atomes. Et si l’on considère encore que les molécules des substances caractérisant les differenciations histologiques doivent être d’une grande complexité et, par suite, constituées d’un grand nombre d’atomes, on comprendra facilement que ces substances, qui jouissent de propriétés égales ou presque égales, pourront être très nombreuses.

D'ailleurs, l'interprétation même de l'assimilation que j'ai proposée dans la 1° partie de ce travail ne saurait être acceptée si l’on n’admet implicitement une très grande variation dans la constitution chimique de la substance vivante pendant la période de l’assimilation, et cela, sans que ces changements chimiques nous apparaissent par quelques caractères qui puissent être décelés par nos moyens de technique microscopique.

Le groupe des substances albuminoïdes auxquelles appartiennent les molécules de la substance vivante peut comprendre plusieurs millions de composés différents ; et pourtant, ceux-ci nous apparaîtront à peu près égaux, vu l'insuffisance de nos moyens d'investigation chimique. La technique microscopique ne peut pas nous révéler les caractères chimiques des composés de la substance vivante. Nous ne devrons pas conclure, par exemple, que la chromatine des cellules animales et végétales a une constitution chimique identique, parce qu'elle se colore dans toutes ces cellules par les mêmes substances colorantes !

Du reste, bien que nos moyens de recherches dans cette sorte d’investigations chimiques soient encore insuflisants, et que des difficultés très graves s'opposent à la connaissance exacte des substances sécrétées par les cellules, on possède néanmoins des preuves que cette différence de composition chimique, dans des substances jouissant des propriétés analogues, est un fait réel.

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On sait, par exemple, aujourd'hui que l’hémoglobine des divers Vertébrés, quoiqu’elle possède dans tous les mêmes propriétés chimiques bien connues, et par suite, la même fonction physiologique, a cependant une composition chimique différente.

Je suis profondément convaincu qu’une pareille conclusion s’'étendra à toutes les autres substances de sécrétion au fur et à mesure que les connaissances chimiques de la biologie progresseront. Je crois même que les Biologistes seront forcément amenés à cette conclusion que cette diversité de composition chimique des substances jouissant des mêmes propriétés physiologiques n'existe pas seulement entre les espèces différentes des êtres, mais encore entre les différents individus de la même espèce, et, pour un même individu, entre les différentes époques de son existence, et entre les difrérentes parties de son corps.

On pourrait dire que c’est là une exagération. Cependant nous n'avons qu'à examiner les phénomènes les plus communs et banals, pour nous convaincre que cette conclusion est, très probablement, une vérité.

Je crois bon de citer quelques exemples, qui n'auront d'ailleurs d'autre but que de faire mieux comprendre la signification exacte de cette conclusion.

La substance contractile caractéristique des fibres musculaires striées jouit de la même propriété physiologique chez tous les Vertébrés. Cependant, personne ne pourra nier qu'il existe une différence chimique très grande entre les diverses espèces; différence qui échappera peut être aux moyens de recherche scientifique, mais qui se révèle à notre sens du goût par une différence de saveur très marquée. C'est d’ailleurs ce que nous pouvons constater aussi entre les individus différents d’une seule espèce.

La substance contractile ne nous manifeste pas de difrérences appréciables dans ses fonctions chez le même individu à des phases diverses de son existence; et pourtant, quelle

en

diversité de saveur, par exemple, entre les muscles d’un veau de lait et ceux d’un boeuf! Cette différence de saveur n’estelle pas due, presque sûrement, à une différence de constitution chimique?

Les recherches de la chimie biologique n’ont pas réussi jusqu'à ce jour à dévoiler les moindres différences chimiques entre les muscles des diverses parties du corps. Cependant on ne peut nier que celles-ci existent. Nous en avons une preuve, par exemple, dans la différence de saveur entre les muscles lombaires (filet de boeuf) et les muscles de la cuisse d’un même boeuf, ou bien entre les muscles des cuisses et ceux des ailes d’un même poulet.

Je pourrais citer encore d’autres exemples analogues parmi les végétaux, mais je m'en tiens à ceux que je viens de mentionner. Quoique vulgaires, ils n’en sont pas moins instructifs

etils suffisent à nous démontrer qu’il n’y a pas du tout d’exa-

gération dans ma conclusion ci-dessus énoncée.

Les considérations que je viens de faire ne devront jamais ètre oubliées, dans l’étude de l’ontogénèse. Sans cela, on tenterait inutilement de trouver une explication de certains phénomènes. C’est ainsi, par exemple, que, si nous voyons que les cellules d’une blastule ont toutes la même différenciation histologique, qu'elles possèdent toutes, par exemple, des cils vibratils, ou des flagellums, il ne faut pas en conclure que leurs bioplasmas ont tous une composition chimique identique. D'après ce que je viens de faire remarquer, une différence dans la constitution chimique bioplasmatique de ces cellules est parfaitement conciliable avec l'égalité de leur différenciation histologique.

En conclusion, ce qu’il nous importe surtout d'établir c’est: que les substances caractérisant les différenciations histologiques sont des produits de sécrétion du bioplasma des cellules; que les différences chimiques entre ces substances sont dues aux différences dans la constitution chimique des bioplasmas; qu'enfin, ces différences chimiques ne se révèlent

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14 pas toujours par des différences corrélatives dans la nature

histologique des cellules, différences qui puissent être aperçues 3 par nos moyens d'observation et, que par suite, l'égalité des | caractères histologiques n'est pas toujours un indice suffisant de l'égalité de composition chimique des bioplasmas.

On voit donc que la différenciation histologique se réduit, en dernière analyse, à la différenciation chimique des bioplasmas des diverses cellules résultant de la segmentation de l'oeuf, et que, par conséquent, l'interprétation de ce très important phénomène de l’ontogénèse n’est que la démonstration du mode par lequel cette différenciation chimique peut s'effectuer.

L'analyse de l’origine de la différenciation morphologique

nous conduit à une conclusion analogue.

Nous avons vu au chapitre précédent que la différenciation morphologique consiste surtout dans la formation de plissements, d’'évaginations et d'invaginations des feuillets germinatifs. Or, ces feuillets sont bien des lames, mais des lames organiques, c'est-à-dire constituées de cellules, ainsi que PANDER l'avait déjà remarqué. Bien que ces phénomènes de plissements soient donc un fait incontestable, on ne peut néanmoins les comparer aux plissements des lames inorganiques inégalement tendues.

Toute observation embryologique, même la plus simple, nous

démontre que ces plissements, quoiqu'ils soient des phénomènes purement et simplement mécaniques, ont cependant leur cause première dans un phénomène exclusivement biologique, c'està-dire dans la prolifération cellulaire.

On sait, en effet, que les évaginations ou les invaginations es feuillets, sont toujours des conséquences directes ou indi- . rectes de l’accroissement du nombre des cellules, soit qu’elles - se manifestent dans l’endroit même où l'accroissement a lieu (conséquence directe), soit qu’elles s’accomplissent dans une région de l'embryon éloignée du point de prolifération cellu- aire, mais toujours par l’action mécanique de celle-ci (conséquence indirecte).

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Chercher la cause de la différenciation morphologique, c’est done la même chose que chercher la cause de la prolifération cellulaire. c ù

Or, celle-ci ne peut se faire sans assimilation préalable, condition indispensable pour le dédoublement biomoléculaire, pour le dédoublement biomorique et, par conséquent, pour la cytodiérèse.

Si donc nous voyons que des plissements se produisent dans l'embryon, cela veut dire que la prolifération cellulaire est plus active; et si celle-ci est plus active, cela signifie que l’assimilation est, elle aussi, plus active, c'est-à-dire que les conditions physico-chimiques nécessaires pour les phénomènes assimilatoires (conditions de vie) sont meilleures.

Mais nous avons vu, au chapitre I de la I° partie de ce travail, que les conditions de vie sont de deux sortes: condition de vie intrinsèque et conditions de vie extrinsèques. La première est la résultante de la constitution chimique de la substance vivante; les secondes sont données par l’ensemble des conditions physico-chimiques du milieu. Il est donc évident que, si la prolifération cellulaire est plus active, cela ne dépendra pas seulement des conditions extrinsèques, mais de la condition intrinsèque aussi, c’est-à-dire de la constitution chimique particulière du bioplasma des cellules où l’on vient de constater une prolifération plus active.

La différenciation morphologique étant une conséquence de la prolifération cellulaire dérive donc, elle aussi, de la constitution chimique du bioplasma et son explication, tout comme celle de la différenciation histologique, se résout, en dernière analyse, à démontrer de quelle manière certaines cellules de l'embryon, issues par segmentation de la cellule-oeuf primitive, ont acquis une constitution chimique de leur bioplasma, capable d’une activité assimilatrice plus grande.

La différenciation morphologique se réduit, en somme, elle aussi, à une différenciation chimique du bioplasma des cel-

lules.

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