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a atteint son complet développement et, par suite, au moment de sa plus grande complexité, il nous paraît presque impossible qu’une constitution si compliquée et si merveilleuse se soit formée sans un but déterminé.
L'ensemble d'organes si différents et pourtant convergeant par leurs fonctions multiples à un effet unique, la vie de l’organisme; cet équilibre merveilleux dans le fonctionnement de tant de parties nous rend presque impossible la conception de l'organisme sans l’idée d’une finalité, et notre esprit se laisse facilement entraîner par les principes peu scientifiques de la téléologie. Mais je crois que ces difficultés disparaissent, en grande partie du moins, si nous considérons le mode de développement de l'organisme.
J'ai démontré que, à cause du développement monodique et de la probiose des cellules, l’ensemble de l'organisme va se transformant sans cesse par la formation de nouvelles lignées cellulaires. Il s'ensuit que tout organisme, considéré dans deux moments successifs de sa vie, ne peut jamais être parfaitement égal à lui-même. Mais ce changement continu dans les parties constituantes entraine nécessairement, et nous l’avons vu, un changement dans le milieu interne, à cause des nouvelles substances chimiques que les cellules versent dans celui-ci. Le système symbiotique change donc à chaque instant; et si l'équilibre de ce système se maintient, si, par suite, l’organisme tout entier est vital, c’est que les relations entre les facteurs du système symbiotique sont toujours telles que ces facteurs l’exigent.
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On comprend donc facilement que le développement pro-
gressif de l’organisme n’est possible qu’en tant que ces conditions d'équilibre existent; mais si elles font défaut, l'équilibre est rompu, le développement s'arrête et l’organisme périt. Supposons, par exemple, que pour une cause quelconque le milieu interne ne soit pas parfaitement tel que, à un instant donné du développement, l'exige la prolifération de certaines cellules. Evidemment, celle-ci pourra subir ou bien de simples
perturbations ou bien encore l'arrêt même. Cela dépendra naturellement de l'intensité de la modification du milieu interne. Mais il est évident que l'organe dont la formation dépend de la prolifération susdite ou bien subira des déformations plus ou moins grandes, ou bien encore ne se formera pas du tout.
Cette perturbation dans le développement normal pourra par elle-même être suflisante pour rompre l'équilibre symbiotique et le rendre impossible. Le développement s'arrêtera donc dès ce moment et l’organisme périra. Mais si elle n’est pas trop forte, le système symbiotique, quoique altéré dans ses conditions, pourra néanmoins se maintenir et le développement progressera.
Il faut cependant remarquer que, dans ce cas, l’anomalie dans la formation de la lignée cellulaire susdite pourra amener une altération plus grande dans le milieu interne; car nous savons que la nature de celui-ci dépend de la nature des cellules constituant l’organisme. Il pourra donc arriver que les causes de perturbation de l’équilibre symbiotique, insuftisantes auparavant pour le rompre complètement, s’accroissent de plus en plus à mesure que le développement progresse, et acquièrent une intensité telle que la symbiose et, par suite, la vitalité de l’organisme ne soit plus possible. Le phénomène de la mort se produira alors quelque temps après la première altération du milieu interne, mais la cause primitive n’en sera pas moins à celle-ci.
Nous arrivons encore à des conclusions analogues, si, au lieu de supposer une altération dans l’un des facteurs du système symbiotique, dans le milieu interne, nous la supposons dans l’autre, dans la nature des cellules. Car, si l’on suppose, par exemple, que, pour une cause quelconque, l’évolution d’une lignée cellulaire ne se fasse pas normalement, ou bien cette lignée n’arrivera pas à donner lieu à une cellule qui puisse être le point de départ pour une autre lignée, et alors le développement s'arrêtera dans ce point et, peut-être, l'équilibre
étant rompu, la mort s'ensuivra immédiatement; ou bien encore la constitution de cette cellule ne sera pas parfaitement telle que les conditions du développement normal l’exigent, et alors le système symbiotique en subira des perturbations qui pourront le conduire plus ou moins tard à la mort.
Je crois que des cas semblables à ceux que je viens de considérer à un point de vue théorique, ne sont pas rares dans la nature. Frappés de la perfection des organismes vivants, nous sommes portés à voir dans l’ontogénèse un phénomène merveilleux par sa régularité et par la précision de son arrivée au but final, et nous négligeons les cas, assez nombreux, dans lesquels ce but n’est pas atteint et où le développement est interrompu plus ou moins tard. Je fais allusion à ces cas d’avortement que nous pouvons constater chez tous les animaux, et dont la cause ne peut résider que dans un développement imparfait. Mon interprétation de l’ontogénèse et la conception de l’organisme comme symbiose, nous permettent d'expliquer ces cas d’une manière rationnelle et scientifique.
D'ailleurs, comme les facteurs du système symbiotique, le milieu interne et les cellules, sont, dans l’ontogénèse, reliés entre eux par des rapports très étroits et réciproques ; comme la constitution du milieu interne dépend de la nature des cellules qui l’ont produit, et que la nature de celles-ci dépend, en partie au moins, de la constitution du milieu interne au moment de leur formation, ainsi que nous l’avons vu, il s'ensuit que l’un de ces facteurs ne peut varier sans provoquer une variation dans l’autre ; mais il s'ensuit encore, en mème temps, que si l’un est normal, l’autre aura une très grande probabilité de l'être, lui aussi. Et comme l’origine primitive du milieu interne et des lignées cellulaires est l'oeuf, duquel, nous le savons, dérivent toutes les lignées de cellules constituant l'embryon, il est évident que, supposé normale la constitution de l’oeuf et favorables les conditions dans lesquelles celui-ci devra se développer, il n’y a pas de raisons pour admettre que le développement ne se poursuive pas normalement.
- La condition essentielle pour le développement normal de Forganisme réside done dans la constitution de l'oeuf, les agents extérieurs n'étant que les conditions accessoires favorables à ce phénomène. Nous verrons d’ailleurs, dans une autre partie de ce travail, comment cette constitution nor- male de l'oeuf peut être atteinte dans les organismes.
Dans les considérations que nous venons de faire, j'ai toujours distingué la période du développement ontogénétique des autres périodes de l'existence des organismes. Mais il est évident que c’est là une distinction tout-à-fait scolastique et que je ne l’ai suivie que pour plus de commodité. D'ailleurs, cette distinction n’a pas de raison d’être au point de vue scientifique; car les phénomènes caractérisant l’ontogénèse ne sont pas, en dernière analyse, différents des autres phénomènes qui s’accomplissent pendant la vie de l'organisme jusqu’à sa mort: et d'autre part, une distinction nette entre les périodes de la vie des animaux n’est pas toujours possible, vu que les passages de l’une à l’autre s’accomplissent d’une manière graduelle et insensible.
L'assertion du savant Biologiste DRIESCH que « toutes les manifestions morphologiques qu’un organisme présente jusqu’à sa mort doivent être comprises dans le domaine du développement » est, selon moi, parfaitement exacte, d'autant plus si l’on comprend le mot « morphologique » dans sa plus large signification.
Je dis à dessein « dans sa plus large signification » parce que les phénomènes que les organismes subissent pendant leur vie ne se révèlent pas toujours par des changements de forme dans leurs parties, ou du moins, ces changements ne sont pas toujours apercevables par nos moyens d'observation.
Certes, la période dans laquelle s’accomplissent les transformations organiques les plus frappantes est, sans contredit, la période embryonnaire et la raison en est évidente. Dans celle-ci en effet, il y a une véritable formation d'organes, accompagnée d’une prolifération cellulaire très active qui accroit le nombre
des cellules à mesure que le développement progresse. Ces phénomènes sont done bien visibles et les changements de forme incontestables. Mais dès que les organes ont acquis le développement que les conditions du système symbiotique de l'organisme comportent, l’accroissement n’a plus lieu, et les changements de forme qu'ils subissent ultérieurement peuvent être tellement atténuës qu'ils échappent presque complètement à notre observation. Dès lors, faut-il admettre que les organes ne subissent plus de changements ? Faut-il conclure que les éléments constituant les organes sont toujours les mêmes pendant toute la vie ultérieure de l’organisme? Ce serait là une conclusion erronée.
Nous savons, par l'étude des épithéliums, des productions épithéliales, poils, ongles, etc., du sang, et de plusieurs autres tissus, que les éléments qui les constituent se renouvellent sans cesse pendant toute la vie, et je suis parfaitement convaincu qu'un phénomène semblable de renouvellement incessant ne tardera pas à étre constaté dans les éléments des autres organes.
Tout organisme donc, alors même qu'il nous parait immuable, est, au contraire, le siège de mutations continues. Mais, comme les éléments nouveaux occupent la place de ceux qui ont disparu, ce renouvellement peut avoir lieu sans entrainer des changements de forme bien évidents, précisément comme le renouvellement des gouttes, dans une chute d’eau, ne change pas la forme de celle-ci.
Mais, tout en admettant que ce renouvellement existe, une autre question se présente à notre esprit. Sont-elles, ces cellules qui succèdent aux autres préexistantes, parfaitement identiques à celles-ci? Possèdent-elles une constitution chimique bioplasmatique précisement égale à celle qu’avaient les cellules qu’elles substituent ?
Nos moyens d’investigations chimiques ne nous permettent pas de répondre à cette question par des preuves directes et positives; mais, faute de mieux, nous pouvons recourir à des indices indirects, qui, je le crois, ne sont pas moins sûrs.
J'ai déjà eu l’occasion de faire remarquer, au chapitre II, que les caractères d'ordre histologique ne sont pas suffisants pour nous renseigner sur la véritable constitution bioplasmatique des cellules, vu que des éléments de la même nature histologique peuvent présenter des caractères d'ordre chimique bien différents. J'ai cité alors des exemples démontrant que, non seulement dans les animaux d'espèces différentes les éléments histologiques de même nature sont très probablement différents au point de vue chimique, mais que des différences chimiques peut-être existent aussi entre les éléments histologiquement égaux d’un même animal dans les diverses parties de son corps ou dans les phases différentes de sa vie.
Or, cette différence entre les éléments histologiquement égaux d’un organisme dans les différentes phases de sa vie est une preuve évidente en faveur de l’inégalité chimique des éléments qui se substituent.
Nous pouvons d’ailleurs en trouver d’autres exemples dans les manifestations les plus communes de Ia vie des organismes.
Les cellules de l'intestin des nouveau-nés ne sont pas, très probablement, identiques aux cellules intestinales de l'adulte: car si cette identité existait, on ne comprendrait pas l’impossibilité où sont les premières de digérer les substances que l'intestin de l’adulte digère très bien. Nous pouvons arriver à une conclusion analogue pour ce qui regarde les. organes foie, pancréas, annexés à l'intestin.
On sait que les poils se renouvellent sans cesse; mais 1l est bien facile de constater que les poils qui se substituent graduellement aux autres qui tombent, ne sont pas parfaitement identiques à ces derniers. La différence entre eux est peutêtre tellement petite qu'elle échappe à nos moyens de recherche si nous examinons les poils dans deux phases successives de la vie; mais elle devient saisissable et manifeste, si lon considère les poils de l'organisme dans des phases assez éloignées. A une conclusion analogue nous arrivons par l'examen du renouvellement de la couche cornée de l’épiderme.
Ces exemples, auxquels je pourrais encore en ajouter plusieurs autres tirés aussi bien des animaux que des végétaux, nous démontrent que, dans cet incessant renouvellement, l’organisme n’est jamais parfaitement égal à lui-même dans deux différentes phases de sa vie. Mais je ne crois pas nécessaire d'insister davantage sur ce fait, vu que les caractères mêmes qui nous permettent de juger de l’âge des êtres sont précisément basés sur les propriétés différentes que les parties de leur corps présentent dans le cours de leur existence.
Tout organisme, ou, pour plus de précision, sa partie somatique, parcourt, dans son existence, une courbe que l’on peut comparer à une parabole ayant une de ses extrémités au commencement de sa vie, à l’oeuf, et l’autre à la fin de sa vie, à la mort. On voit que, d’après cette conception, la mort naturelle, ce phénomène si intéressant et si inexplicable, ne serait que le bout de la série des transformations caractérisant la vie des êtres; et comme cette série est déterminée par la nature de ses transformations et, en dernière analyse, par l’oeuf qui en est le point de départ et la cause primitive, on comprend facilement comment le bout de cette série (et, par suite, la mort) est, lui aussi, déterminé par la constitution de l'oeuf, et comment, par conséquent, ce bout est divers dans les difrérentes espèces et constant, dans certaines limites bien entendu, pour chaque espèce.
L'interprétation des phénomènes ontogénétiques basée sur le développement monodique, tel que je l’ai exposé aux chapitres précédents, non seulement s'accorde parfaitement avec cette conception de la vie comme une série de transformations successives, mais nous amène directement et inévitablement à elle, en nous permettant en même temps d'en donner une explication rationnelle et scientifique.
Nous avons vu que, pendant la segmentation, l'oeuf progresse graduellement dans son évolution caractéristique en en atteignant peu à peu les phases les plus éloignées, tandis qu’il en abandonne les plus primitives. Ce phénomène, nous l’avons
vu, est une conséquence directe du mode de développement monodique, que j'ai posé comme base de l’ontogénèse. Les divers blastomères peuvent ètre représentés comme des individus qui, tout en étant de constitutions différentes, se trouvent néanmoins en marche dans la même direction. Or, un phénomène analogue s’accomplit et se poursuit dans toute l’évolution ontogénétique.
De même que nous avons marqué les différentes phases de l’évolution de l’oeuf par des lettres &, b, c etc. représentant la constitution bioplasmatique de chaque blastomère, nous pouvons aussi, pour mieux concrêter nos idées, marquer les diverses lignées cellulaires se produisant successivement dans l’évolution ontogénétique, par des lettres 4, Z, C, D etc. où ces lettres représentent l’ensemble de chaque lignée, caractérisé évidemment par la constitution bioplasmatique des cellules qui la forment.
Soit donc À la première lignée cellulaire, la lignée des blastomères dérivant de la segmentation de l’oeuf. Il est évident qu’à mesure que la deuxième lignée cellulaire Z se formera, les blastomères de la lignée À abandonneront successivement les phases de cette lignée pour passer dans une des phases de la lignée B, et ce phénomène se poursuivra tant que les conditions le permettent.
De même, les cellules de la lignée B, en donnant lieu, comme je l'ai expliqué, à d’autres cellules de la lignée C, abandonneront successivement les phases de la lignée Z pour passer à des phases de la lignée C: c’est-à-dire que les cellules de la lignée B disparaîtront graduellement, à mesure que se forment les cellules de la lignée C, de même que les blastomères de la lignée À auront disparu partiellement ou totalement par la formation des cellules de la lignée B. Le même phénomène se produira dans les cellules C lors de la formation de la lignée D, et pourra se continuer d'une manière analogue, quel que soit le nombre des lignées que nous supposons constituer l’évolution ontogénétique.
Or, ilest évident que cette succession de lignées cellulaires ne peut se faire à l'infini. La prolifération cellulaire, comme nous le savons, est subordonnée à l'assimilation, et celle-ci exige deux conditions essentielles: une constitution bioplasmatique apte à l’accomplissement des phénomènes chimiques de l'assimilation, et un milieu contenant les substances nourrissantes nécessaires à ces phénomènes. Tant que ces deux conditions existent, l'assimilation est possible et la prolifération cellulaire aussi; mais dès que l’une d’elles manque, l'assimilation et, par suite, la prolifération ne pourront plus avoir lieu.
Les limites dans la formation des lignées cellulaires caractérisant l’évolution ontogénétique d’un organisme quelconque sont donc déterminées par la nature du milieu interne et par la constitution des cellules mêmes constituant les lignées. Certes, ces limites, nous ne pouvons les connaître, vu que nos moyens d'observation sont absolument insuflisants pour ce but; mais nous pouvons arguer qu'elles doivent exister assurément, et qu’elles doivent être différentes non seulement pour les diverses espèces d'organismes, mais aussi pour les divers individus d’une même espèce.
En effet, comme la constitution de chaque lignée cellulaire
est dépendante de la constitution de la lignée précédente, il
en suit évidemment que les constitutions de toutes les lignées
dépendent de la nature de la première; et comme celle-ci dépend
de la constitution de l’oeuf, toute la série des lignées dépend par conséquent de la constitution de l'oeuf. Or, j'espère démontrer, dans une autre partie de ce travail, que la constitution chimique de l'oeuf ne peut être identique dans les divers individus d’une même espèce et, à plus forte raison, qu’elle est différente dans les oeufs d'espèces diverses. Mais dès ce moment, il nous est facile de comprendre que l’interprétation de l’ontogénèse basée sur le développement monodique peut nous expliquer parfaitement et scientifiquement comment la mort est un phénomène inévitable et fatal, et
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comment l'existence des organismes a des limites, qui lui sont imposées par la constitution même du corps et par la nature des phénomènes biologiques.
Il nous reste à voir maintenant si notre interprétation est suffisante pour l'explication des phénomènes fondamentaux de l’ontogénèse, tels que je les ai énoncés dans le chapitre I de cette partie, à savoir: la prolifération cellulaire, les différenciations histologiques et morphologiques et la localisation des différenciations.
Je pourrais passer sous silence la prolifération cellulaire, parce qu’on comprend facilement qu’elle n’est tout simplement que l'effet direct de l’assimilation, de la part des cellules, des substances du milieu interne. Mais ce qui nous frappe plus vivement dans l'observation du développement ontogénétique, c’est que la prolifération cellulaire est d’une très grande irrégularité. La division des cellules ne se fait pas d’une manière régulière dans tout l'embryon et pendant toute la période de développement; mais elle subit au contraire des oscillations. On constate, en effet, que les cellules en division sont plus fréquentes et plus abondantes dans certains points de l'embryon et à des phases déterminées de l’ontogénèse.
Or, par mon interprétation de l’ontogénèse, non seulement cet intéressant phénomène recoit une explication scientifique, mais il en devient même une conséquence tout-à-fait naturelle. Puisque toute prolifération cellulaire exige deux conditions: la présence d’une cellule d’une constitution bioplasmatique apte à se nourrir aux dépens des substances spéciales du milieu interne, et la présence de ces substances dans le milieu interne même, quoi de plus naturel que la prolifération ne puisse avoir lieu qu’en des endroits déterminés de l'embryon où ces cellules apparaissent, et à des phases de la période de développement où les substances spéciales se trouvent dans le milieu interne?
Mais c’est dans l'explication des différenciations histologiques et morphologiques et de leur localisation qu’on peut
apprécier toute l'importance de mon interprétation, parce qu’elle nous permet d'expliquer d’une manière très claire et facile ces phénomènes, qui sont, peut être, les plus intéressants, les plus importants et, en même temps, les plus abstrus de l’ontogénèse.
Il faut toujours se rappeler, ne cette étude, que les différenciations histologiques et morphologiques s’accomplissent dans des endroits déterminés de l'organisme et à des époques fixes du développement. Par conséquent, quelle. que soit l'interprétation que l’on veuille donner de l’ontogénèse, elle ne pourra être satisfaisante qu’à la condition de nous présenter une explication de ces phénomènes et en même temps de leur concomitance.
J'ai démontré, dans les premiers chapitres de ce livre, qu’une différenciation histologique, quelle qu’elle soit, se réduit, en dernière analyse, à une différenciation chimique de la cellule: c’est-à-dire que celle-ci acquiert une constitution bioplasmatique bien déterminée, par laquelle elle sécrète des substances spéciales caractérisant précisément sa différenciation histologique.
Or, cette constitution chimique spéciale du bioplasma des cellules ne peut être acquise tout d’un coup. Le bioplasma des cellules ne peut y arriver que peu à peu en passant p3 des phases intermédiaires.
Il est vrai que l'observation superficielle des phénomènes nous démontre, au contraire, que la différenciation histologique se fait presque d’un seul coup et lorsque la différenciation morphologique est accomplie, tandis que celle-ci se fait graduellement ; mais c’est là évidemment une simple apparence trompeuse, dont la cause en est à nos moyens d'investigation.
Si nous voyons que la différenciation morphologique d’un organe s’accomplit peu à peu, c’est que la formation graduelle de cet organe se manifeste par un phénomène, l’agglomération de cellules, que nous pouvons constater facilement par nos moyens de recherhe. Si nous constatons, au contraire, que la
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différenciation histologique d’une cellule se fait tout d’un coup, c'est simplement parce que les transformations successives que le bioplasma de cette cellule a subies dans toute la série des cellules, ses ancêtres, a échappé, complètement ou presque complètement, à nos observations.
Considérons, par exemple, l’histogénèse d’une fibre musculaire.
Comme cette fibre dérive, ainsi que tous les éléments de l'organisme, de la cellule oeuf, elle aura eu, elle aussi, une série plus ou moins longue de cellules, ses ancêtres, constituant son arbre généalogique. Mais puisque la production de la substance contractile caractérisant la différenciation histologique de cette fibre ne peut avoir lieu que lorsque le bioplasma acquiert une constitution chimique voulue, il est évident que les cellules, ancêtres de la fibre, ne pouvaient sécréter cette substance, faute de la condition indispensable pour sa production, c'est-à-dire de la constitution bioplasmatique.
Ce que nous appelons la vraie différenciation histologique de la fibre musculaire, caractérisée par la production de la substance contractile, se fait donc ‘dans cette fibre; mais cela n'exclut pas que les transformations nécessaires pour arriver à la constitution bioplasmatique voulue se soient accomplies graduellement dans toute la série des celiules dont la fibre est issue. Il est même plus concevable et plus vraisemblable que ces transformations aient lieu et que la production de la substance contractile ne représente que la dernière phase de toute une période de préparation bioplasmatique aboutissant à la formation de la fibre musculaire.
La différenciation histologique ne serait done que le résultat final d’une série plus ou moins longue de transformations chimiques du bioplasma cellulaire, et les divisions des cellules marqueraient les étapes de cette évolution vers un point déterminé. Mais comme la direction de cette évolution est déterminée par la constitution des cellules et par la nature des substances chimiques du milieu interne, il s’ensuit que,
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d'après cette interprétation, le stimulus qui agit sur les cellules pendant leur évolution et qui les dirige et les porte à leur différenciation caractéristique, est un stimulus de nature chimique. |
Avec cela, je ne veux pas refuser absolument toute importance aux stimulus de nature physique; mais je crois qu'on doit les resserrer dans des limites plus restreintes que celles que plusieurs Biologistes leur accordent généralement.
Bien que je sois parfaitement disposé à admettre que les agents physiques puissent exercer une action sur la détermination de la différenciation histologique, je crois néanmoins que le résultat de cette action est toujours subordonné à la constitution chimique de la cellule qui la subit.
Considérons, par exemple, l’action de la lumière.
Nous savons que la lumière, en agissant sur des cellules, peut provoquer la formation de pigments. Par conséquent, on dit d'habitude que cet agent physique produit des pigments. Mais c’est là, évidemment, une expression inexacte: car un examen plus attentif nous démontre que cette production est l'effet de phénomènes chimiques provoqués dans la cellule par la lumière, et que la cause réelle et efliciente en est à la constitution chimique spéciale du bioplasma des cellules que nous avons considérées. Cela est si vrai que l’action de la lumière ne donne pas les mêmes résultats dans toute sorte de cellules. La lumière n’est, dans ce cas, qu'une condition physique nécessaire ou bien utile pour l’accomplissement d’un phénomène chimique, de même que la chaleur l’est dans la plupart des réactions chimiques ; mais le substratum vrai de ce phénomène réside, sans aucun doute, dans la constitution chimique des substances qui sont le siége des réactions.
Tout en admettant donc que les agents physiques puissent jouer un rôle important dans la détermination des différenciations histologiques, je crois néanmoins qu’ils ne représentent, dans ce phénomène, que les conditions nécessaires ou utiles pour son accomplissement, et que la cause fondamentale
réside dans la constitution bioplasmatique des cellules et, par conséquent, dans les substances nourrissantes qui, en agissant comme stimulus chimique, ont porté le bioplasma des cellules à une constitution déterminée.
Cette manière d'envisager le rôle des actions physiques dans la détermination des différenciations me parait non seulement plus scientifique, mais plus exacte, et nous permet en même temps, en diminuant l'importance de ce rôle, de résoudre certaines questions qui ne pourraient recevoir autrement une explication satisfaisante. Car, en subordonnant le rôle des actions physiques à la constitution chimique du bioplasma, nous donnons à celle-ci une importance capitale dans les phénomènes des différenciations histologiques; et, par conséquent, nous comprenons comment, dans certains Cas, ces phénomènes peuvent se passer de la réalisation des conditions physiques.
Il faut toujours se rappeler que, dans l’accomplissement des réactions chimiques, la cause efliciente réside dans la nature des substances réagissantes, et que les actions physiques ne sont pas toujours des conditions indispensables, mais, parfois, seulement favorables à cet accomplissement. Très souvent encore, les actions physiques peuvent se substituer l’une à l’autre et produire également le même résultat.
On sait que certaines réactions chimiques se font très rapidement à la lumière du soleil, mais qu’elles ne s’accomplissent pas moins, quoique plus lentement, à la lumière diffuse. Pour d’autres réactions, il existe un degré optimum de température; mais entre certaines limites, c’est-à-dire au dessus d’un degré minimum et au dessous d’un degré maximum, ces réactions s’accomplissent également. On sait encore que, dans d’autres cas, à l’éléctricité, comme agent physique déterminant certains phénomènes chimiques, peut se substituer la lumière ou la chaleur.
Evidemment, la possibilité de l’accomplissement des réactions chimiques dans l’une ou dans l’autre de ces difré-
rentes conditions physiques est dépendante de la nature des substances réagissantes; mais ces exemples, empruntés à la matière brute, nous démontrent que des relations analogues doivent exister entre les réactions de la substance vivante et les actions physiques agissant sur elle.
Ainsi, pour s’en tenir à l'exemple cité ci-dessus, tout en admettant que la lumière peut provoquer dans certaines cellules la formation de pigments, nous pouvons néanmoins comprendre comment la production de cette substance est possible dans certains cas, à défaut même de cet agent physique.
Or, si l’on admet que la différenciation histologique se fait peu à peu, par une préparation lente et graduelle, pendant laquelle les substances chimiques du milieu interne de l'organisme jouent le rôle le plus important dans la détermination de la différenciation, on peut démontrer très facilement, d’après mon interprétation, comment la différenciation histologique s’accomplit dans un endroit déterminé de l'organisme et à des phases fixes du développement.
Considérons, par exemple, une cellule, et supposons qu’une de ses descendantes, après être passée par les phases des lignées À, B, C....,N arrive à une phase p” de cette dernière lignée cellulaire, et qu’à cette phase, elle ait atteint une constitution bioplasmatique telle que sa différenciation histologique l’exige. Cette cellule, dès ces moment, acquerra les caractères propres de cette différenciation.
Mais commes les cellules de la lignée N dérivent de cellules des lignées précédentes ..….. C, et que les cellules de cette lignée C dérivent de cellules de la lignée B, ainsi que celles de la lignée 2, de cellules de la lignée 4, il s’ensuivra naturellement que la position de la cellule p” dans l’agrégat cellulaire sera dépendante de la position des cellules de la lignée N, à laquelle elle appartient; que la position de celle-ci dépendra de la position des lignées qui l’ont précédée, et ainsi de suite jusqu’à la lignée 4, point de départ des autres lignées. On voit donc clairement que la cellule p* devra nécessairement occuper