‹ Les problèmes de la vie. Essai d'une interprétation scientifique des phénomènes vitaux (volume 3)Chapitre 40 sur 97 · BB RS · texte numérisé non relu

BB RS

d'un certain nombre de cellules dans une des phases de l’évolution de l'oeuf, ainsi que je l’ai démontré, à la deuxième phase de l’ontogénèse, cette constitution sera plus complexe à cause de la formation de la deuxième lignée cellulaire, et la complication s’accroîtra avec la formation des autres lignées suivantes.

Il est vrai que, à mesure que de nouvelles lignées cellulaires se forment, les cellules de lignées précédentes dispa-

raissent peu à peu, en partie au moins, ou totalement, parce :

qu'elles arrivent graduellement à la phase qui est le point de

départ pour une nouvelle évolution; mais cette disparition,

qui tendrait à simplifier la constitution de l'organisme, ne sera

pas suflisante pour compenser la complication qui va toujours

croissant. Ainsi que nous l'avons vu, d’une seule lignée cellulaire peuvent dériver non seulement une, mais deux ou plusieurs autres lignées; par conséquent, la disparition d’une seule de celles-ci peut être suivie par la formation de deux ou plusieurs lignées.

Nous devons arriver à des conclusions analogues pour le milieu interne.

Le milieu interne de l'oeuf, formé par ses substances deutoplasmatiques, est relativement assez simple; mais le milieu interne de l’agrégat de segmentation, constitué par les produits de sécrétion des cellules aux différentes phases de l’évolution de l'oeuf, doit être inévitablement plus complexe. De même, le milieu interne de l’agrégat cellulaire, à la deuxième phase de l’ontogénèse, sera nécessairement encore plus compliqué: car il contiendra, en partie au moins, les produits de sécrétion des cellules de segmentation et des cellules de la deuxième lignée. De cette manière, le milieu interne de l'embryon, lorsque les lignées cellulaires qui le constituent seront nombreuses, atteindra une constitution d’une très grande complexité.

Il est vrai, ici encore, que la disparition de certaines sub stances chimiques absorbées par les cellules qui s'en nour-

rissent tendra à simplifier la constitution du milieu interne : mais, dans ce cas encore, ce phénomène ne pourra compenser la complication toujours croissante.

La faculté qu'ont les organismes d'arriver graduellement à une constitution très complexe en partant d’une constitution beaucoup plus simple, cette faculté, qui est une des manifestations merveilleuses de la vie, n’est pas due à une force spéciale du développement, mais tout simplement au mode même du développement. Chaque phase de l’ontogénèse est la cause de la phase suivante, c'est-à-dire qu’elle prépare toutes les conditions nécessaires pour l’accomplissement de l’autre phase.

Ce phénomène de préparation graduelle du milieu interne apte au développement des phases successives peut arriver, dans quelques cas, jusqu’à la préparation non seulement des substances chimiques nécessaires à la nutrition, mais aussi de certaines conditions physiques indispensables pour l’accomplissement des phénomènes chimiques de la vie. Nous en avons des exemples frappants et démonstratifs dans les animaux autothermes. |

Dans ces animaux, les réactions chimiques nécessaires à l'entretien de la vie exigent, comme nous le savons, un certain degré de température. Or, tant que l'organisme se trouve dans les phases de son développement embryonal, les réactions chimiques s’accomplissant dans son milieu interne, particulièrement lors des premiers moments de l’ontogénèse, ne sont pas suflisantes, soit par leur petit nombre, soit par leur nature, à développer la quantité de chaleur nécessaire à l’accomplissement des réactions successives. Cette quantité de chaleur doit donc être fournie par le milieu externe: dans les mammifères, par le corps de la mère. Mais, à mesure que le développement progresse, les réactions chimiques, devenant plus nombreuses et plus complexes à cause de l’hétérogénéité toujours croissante de l'organisme, peuvent être suflisantes à produire par elles-mêmes la quantité de chaleur nécessaire à l'entretien des phénomènes de la vie.

De he .< “ nd

On peut donc dire, en peu de mots, que l'organisme se perfectionne et se complique par lui-même, pendant son développement ontogénétique, en nous présentant, dans ce graduel autoperfectionnement, un exemple de cet automatisme qui nous frappe tant dans l’étude des phénomènes biologiques. Mais nous venons de voir dans ce cas que cet automatisme n’est pas la manifestation d’une force ou d’une propriété spéciale de la substance vivante, mais tout simplement une conséquence naturelle du mode d’accomplissement des phénomènes vitaux.

Revenons maintenant à l'examen de l'organisme cellulaire considéré comme un système symbiotique de cellules, et nous en tirerons des conséquences qui, je l’espère, ne seront pas sans intérêt dans l’étude des phénomènes vitaux.

Tout système symbiotique est constitué, comme nous le savons, par trois facteurs: par le milieu ambiant, par la qualité des membres, ou unités constituantes, et, dans une certaine mesure, par le nombre de ces unités. Le fonctionnement du système symbiotique ne peut donc se faire qu’en tant que ces trois facteurs existent et que les rapports entre eux sont ceux que leur nature exige. C’est dire que si l’un de ces facteurs subit un changement, les autres aussi doivent se modifier corrélativement, sans quoi le système symbiotique ne peut plus fonctionner. :

Or, dans l'organisme, ces trois facteurs sont représentés par les liquides, sang, lymphe ou autre substance, dans lesquels baignent les cellules; par les cellules, dont le nombre est jusqu’à un certain point déterminé pour chaque phase du développement et dont l’ensemble constitue les organes ou les tissus. Que ces cellules puisent leur nourriture dans le milieu interne, nous n’en pouvons douter; qu’elles s’entr'aident réciproquement dans l’accomplissement de leurs phénomènes vitaux en sécrétant des substances pouvant servir d'alimentation aux autres, c'est ce que nous pouvons arguer indirectement de l'étude des phénomènes de corrélation et directement

nat ne.

de l’action physiologique de certains produits de l'organisme sur les autres organes.

La vie de l'organisme considéré dans son ensemble est donc le résultat de la vie des cellules qui le composent; et si celles-ci vivent, c’est que les conditions nécessaires au fonctionnement du système symbiotique se trouvent réalisées dans

l'organisme même. Tant que ces conditions existeront, l’orga-

nisme vivra; mais il périra inévitablement dès que celles-ci manqueront.

Or, le résultat de la vie des cellules constituant les organes est la vie de ces organes mêmes: c’est ce que nous appelons le fonctionnement de l'organe.

La sécrétion des différentes substances de la part des organes, par exemple, des sucs gastrique, entérique, pancréatique etc. par des cellules de l'estomac, de l'intestin, du pancréas etc. est une conséquence inévitable et directe de la vie de ces cellules, c’est-à-dire des réactions chimiques particulières caractérisant l’accomplissement de leurs phénomènes vitaux. L’absorption de certaines substances du sang par les cellules rénales et l'émission d’autres substances caractérisant l’urine ne sont que les manifestations des phénomènes chimiques d’où résulte la vie de ces cellules.

Dans ma conception, les fonctions des organes n’ont pas pour but la vie de l'organisme. Elles se font, au contraire, d’une manière absolument indépendante de ce but final; et si leur accomplissement aboutit à ce résultat merveilleux qui est la vie de l’être, cela n’est qu’une conséquence nécessaire de la nature même de ces fonctions et des relations existant entre elles; relations desquelles dépend le fonctionnement de tout le système symbiotique constituant l'être et, par conséquent, la vitalité de l'organisme. En peu de mots, l'existence et la fonction des organes n’ont pas un but, mais une cause; et la vie de l’organisme n’est pas leur but, mais tout simplement leur conséquence naturelle.

Certes, si l’on considère l'organisme pluricellulaire lorsqu'il

a atteint son complet développement et, par suite, au moment de sa plus grande complexité, il nous paraît presque impossible qu'une constitution si compliquée et si merveilleuse se soit formée sans un but déterminé. | L'ensemble d'organes si différents et pourtant convergeant par leurs fonctions multiples à un effet unique, la vie de l’organisme; cet équilibre merveilleux dans le fonctionnement de tant de parties nous rend presque impossible la conception de l'organisme sans l'idée d’une finalité, et notre esprit se laisse facilement entraîner par les principes peu scientifiques de la téléologie. Mais je crois que ces difficultés disparaissent, en grande partie du moins, si nous considérons le mode de. développement de l'organisme. 3 J'ai démontré que, à cause du développement PR ne. et de la probiose des cellules, l’ensemble de l’organisme va se transformant sans cesse par la formation de nouvelles lignées cellulaires. Il s'ensuit que tout organisme, considéré dans deux moments successifs de sa vie, ne peut jamais être parfaitement égal à lui-même. Mais ce changement continu dans les parties constituantes entraine nécessairement, et nous l’avons vu, un changement dans le milieu interne, à cause des nouvelles substances chimiques que les cellules versent dans celui-ci. Le système symbiotique change donc à chaque instant: et si l'équilibre de ce système se maintient, si, par suite, l’organisme tout entier est vital, c’est que les relations entre les facteurs du système symbiotique sont toujours telles que ces facteurs l’exigent. Ë On comprend donc facilement que le développement progressif de l'organisme n’est possible qu’en tant que ces conditions d'équilibre existent; mais si elles font défaut, l'équilibre est rompu, le développement s'arrête et l'organisme périt. Supposons, par exemple, que pour une cause quelconque le milieu interne ne soit pas parfaitement tel que, à un instant donné du développement, l'exige la prolifération de certaines cellules. Evidemment, celle-ci pourra subir ou bien de simples

perturbations ou bien encore l'arrêt même. Cela dépendra

re

ni Andes LD

le miles De. rh

CaËs W ;

Page 1