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l'organisme réside donc dans la constitution de l'oeuf, les agents extérieurs n'étant que les conditions accessoires favo-
rables à ce phénomène. Nous verrons d’ailleurs, dans une
autre partie de ce travail, comment cette constitution normale de l'oeuf peut être atteinte dans les organismes.
Dans les considérations que nous venons de faire, j'ai toujours distingué la période du développement ontogénétique des autres périodes de l'existence des organismes. Mais il est évident que c’est là une distinction tout-à-fait scolastique et que je ne l'ai suivie que pour plus de commodité. D'ailleurs, cette distinction n’a pas de raison d’être au point de vue scientifique ; car les phénomènes caractérisant l’ontogénèse ne sont pas, en dernière analyse, différents des autres phénomènes qui s’accomplissent pendant la vie de l'organisme jusqu’à sa mort; et d'autre part, une distinction nette entre les périodes de la vie des animaux n’est pas toujours possible, vu que les passages de l’une à l’autre s’accomplissent d’une manière graduelle et insensible.
L'assertion du savant Biologiste DRIESCH que « toutes les manifestions morphologiques qu’un organisme présente jusqu’à sa mort doivent être comprises dans le domaine du développement » est, selon moi, parfaitement exacte, d'autant plus si l’on comprend le mot « morphologique » dans sa plus large signification.
Je dis à dessein « dans sa plus large signification » parce
que les phénomènes que les organismes subissent pendant leur
vie ne se révèlent pas toujours par des changements de forme dans leurs parties, ou du moins, ces changements ne sont pas toujours apercevables par nos moyens d'observation.
Certes, la période dans laquelle s’accomplissent les transformations organiques les plus frappantes est, sans contredit, la période embryonnaire et la raison en est évidente. Dans celle-ci en effet, il y a une véritable formation d'organes, accompagnée d'une prolifération cellulaire très active qui accroît le nombre
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des cellules à mesure que le développement progresse. Ces phénomènes sont done bien visibles et les changements de
forme incontestables. Mais dès que les organes ont acquis le
développement que les conditions du système symbiotique de
l'organisme comportent, l'accroissement n’a plus lieu, et les
changements de forme qu'ils subissent ultérieurement peuvent
être tellement atténués qu'ils échappent presque complètement
à notre observation. Dès lors, faut-il admettre que les organes
ne subissent plus de changements? Faut-il conclure que les. éléments constituant les organes sont toujours les mêmes
pendant toute la vie ultérieure de l’organisme? Ce serait là une conclusion erronée.
Nous savons, par l'étude des épithéliums, des productions épithéliales, poils, ongles, etc., du sang, et de plusieurs autres tissus,
que les éléments qui les constituent se renouvellent sans cesse pendant toute la vie, et je suis parfaitement convaincu qu'un phénomène semblable de renouvellement incessant ne tardera pas à être constaté dans les éléments des autres organes.
Tout organisme donc, alors même qu'il nous parait immuable, est, au contraire, le siège de mutations continues: Mais, comme les éléments nouveaux occupent la place de ceux qui ont disparu, ce renouvellement peut avoir lieu sans entrainer des changements de forme bien évidents, précisément
comme le renouvellement des gouttes, dans une chute d’eau,
ne change pas la forme de celle-ci.
Mais, tout en admettant que ce renouvellement existe, une
autre question se présente à notre esprit. Sont-elles, ces cel-
lules qui succèdent aux autres préexistantes, parfaitement identiques à celles-ci? Possèdent-elles une constitution chimique bioplasmatique précisement égale à celle qu’avaient les cellules qu’elles substituent ?
Nos moyens d’investigations chimiques ne nous permettent pas de répondre à cette question par des preuves directes et positives; mais, faute de mieux, nous pouvons recourir à des indices indirects, qui, je le crois, ne sont pas moins sûrs,
J'ai déjà eu l’occasion de faire remarquer, au chapitre II, que les caractères d'ordre histologique ne sont pas suffisants
pour nous renseigner sur la véritable constitution bioplasmatique des cellules, vu que des éléments de la même nature histologique peuvent présenter des caractères d'ordre chimique bien différents. J'ai cité alors des exemples démontrant que, non seulement dans les animaux d'espèces différentes les éléments histologiques de même nature sont très probablement différents au point de vue chimique, mais que des différences chimiques peut-être existent aussi entre les éléments histologiquement égaux d’un même animal dans les diverses parties de son corps ou dans les phases différentes de sa vie.
Or, cette différence entre les éléments histologiquement égaux d’un organisme dans les différentes phases de sa vie est une preuve évidente en faveur de l'inégalité chimique des éléments qui se substituent.
Nous pouvons d’ailleurs en trouver d’autres exemples dans les manifestations les’ plus communes de la vie des organismes.
Les cellules de l'intestin des nouveau-nés ne sont pas, très probablement, identiques aux cellules intestinales de l'adulte: car si cette identité existait, on ne comprendrait pas l’impossibilité où sont les premières de digérer les substances que l'intestin de l'adulte digère très bien. Nous pouvons arriver à une conclusion analogue pour ce qui regarde les organes foie, pancréas, annexés à l'intestin.
On sait que les poils se renouvellent sans cesse; mais il est bien facile de constater que les poils qui se substituent graduellement aux autres qui tombent, ne sont pas parfaitement identiques à ces derniers. La différence entre eux est peutêtre tellement petite qu’elle échappe à nos moyens de recherche si nous examinons les poils dans deux phases successives de la vie; mais elle devient saisissable et manifeste, si l’on considère les poils de l’organisme dans des phases assez éloignées. A une conclusion analogue nous arrivons par l'examen du renouvellement de la couche cornée de l’épiderme.
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. Ces exemples, auxquels je pourrais encore en ajuuter plusieurs autres tirés aussi bien des animaux que des végétaux, nous
démontrent que, dans cet incessant renouvellement, l'organisme n’est jamais parfaitement égal à lui-même dans deux
différentes phases de sa vie. Mais je ne crois pas nécessaire
d'insister davantage sur ce fait, vu que les caractères mêmes
qui nous permettent de juger de l’âge des êtres sont préci-
sément basés sur les propriétés différentes que les parties de :
leur corps présentent dans le cours de leur existence. Tout organisme, ou, pour plus de précision, sa partie soma-
tique, parcourt, dans son existence, une courbe que lon peut … comparer à une parabole ayant une de ses extrémités au commencement de sa vie, à l'oeuf, et l’autre à la fin de sa vie, à la
mort. On voit que, d’après cette conception, la mort naturelle, ce phénomène si intéressant et si inexplicable, ne serait que le bout de la série des transformations caractérisant la vie des êtres; et comme cette série est déterminée par la nature de ses transformations et, en dernière analyse, par l'oeuf qui en
est le point de départ et la cause primitive, on comprend fa-
cilement comment le bout de cette série (et, par suite, la mort) est, lui aussi, déterminé par la constitution de l'oeuf, et comment, par conséquent, ce bout est divers dans les différentes espèces et constant, dans certaines limites bien entendu, pour chaque espèce.
L'interprétation des phénomènes ontogénétiques basée sur le développement monodique, tel que je l’ai exposé aux chapitres précédents, non seulement s'accorde parfaitement avec cette conception de la vie comme une série de transformations successives, mais nous amène directement et inévitablement à elle, en nous permettant en même temps d'en donner une explication rationnelle et scientifique.
Nous avons vu que, pendant la segmentation, l'oeuf progresse graduellement dans son évolution caractéristique en en atteignant peu à peu les phases les plus éloignées, tandis qu'il en
abandonne les plus primitives. Ce phénomène, nous l'avons
” vu, est une conséquence directe du mode de développement
: monodique, que j'ai posé comme base de l’ontogénèse. Les divers E. blastomères peuvent ètre représentés comme des individus : qui, tout en étant de constitutions différentes, se trouvent né- ; anmoins en marche dans la même direction. Or, un phénomène Ê. analogue s’accomplit et se poursuit dans toute l’évolution : ontogénétique.
4 De même que nous avons marqué les différentes phases de 1 l'évolution de l’oeuf par des lettres 4, b, c etc. représentant . la constitution bioplasmatique de chaque blastomère, nous | pouvons aussi, pour mieux concréter nos idées, marquer les diverses lignées cellulaires se produisant successivement dans À l'évolution ontogénétique, par des lettres À, 2, C, D etc, où Fe
ces lettres représentent l'ensemble de chaque lignée, caractérisé évidemment par la constitution bioplasmatique des cellules qui la forment.
Soit done À la première lignée cellulaire, la lignée des blastomères dérivant de la segmentation de l'oeuf. Il est évident qu'à mesure que la deuxième lignée cellulaire Z se formera, les blastomères de la lignée À abandonneront successivement les phases de cette lignée pour passer dans une des phases de la lignée B, et ce phénomène se poursuivra tant que les conditions le permettent.
De même, les cellules de la lignée B, en donnant lieu, comme je l'ai expliqué, à d’autres cellules de la lignée C, abandon- Ë neront successivemént les phases de la lignée BZ pour passer
à des phases de la lignée C: c'est-à-dire que les cellules de l la lignée ZB dispa aitront graduellement, à mesure que se 4 forment les cellules de la lignée C, de même que les blastoà ;