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Je n’entends pas parler ici des Infusoires, dont le phénomène du rajeunissement sera le sujet d’un autre chapitre de cette partie même, mais des autres êtres unicellulaires végétaux ou animaux dont les exemples ne sont pas rares.
Or, dans ce cas, le phénomène de division sans conjugaison ou sans fécondation est généralement considéré par la plupart des Biologistes comme une véritable reproduction, de sorte que, d’après cette interprétation, si nous appelons & l'individu avant sa division, nous devons nécessairement appeler a, a les deux individus issus de sa division. Car il est évident qu'il ne peut exister de véritable reproduction que dans le cas où un organisme reproduit un autre, ou deux autres ou plusieurs autres individus égaux à lui-même au moment de sa naissance et capables de suivre, dans des conditions identiques, la même évolution.
Si donc l'organisme & par sa division a réellement reproduit soi-même, c’est-à-dire s’il a donné origine à deux autres individus a, a, chacun de ceux-ci, en suivant la même évolution que le premier, étant donné que les conditions de développement soient identiques, produira, à son tour, deux autres individus, et ainsi de suite. Par conséquent, après un nombre quelconque de divisions, les individus seront devenus plus nombreux ; mais si ces divisions sont de vraies reproductions, leur constitution sera inévitablement toujours identique à celle qu'avait l'individu primitif a. Et s’il en est ainsi, pourquoi ne peuvent-ils, ces organismes, se reproduire ultérieurement sans fécondation ?
En interprétant la division des êtres unicellulaires comme une véritable reproduction, nous arrivons donc nécessairement à une conclusion presque absurde, et la fécondation, indispensable pour la reproduction, devient alors un phénomène dont nous ne pouvons comprendre exactement la signification sans faire des hypothèses plus ou moins insoutenables et se heurtant en tout cas contre les principes de la science positive.
Dès lors, ne sommes-nous pas autorisés à douter sérieu-
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ement de l'exactitude - pars Pnroréta tion ? où trouvons-
nous les preuves que les individus naissant de la division d'un être unicellaire préexistant soient parfaitement identiques à celui-ci? Evidemment dans les caractères morpholo- giques, les seuls que nous pouvons connaître par nos moyens actuels d'investigation. Mais il est clair que ceux-ci sont bien loin de nous fournir des preuves de l'identité de constitution chimique de leur bioplasma, d'autant plus si la diflérence dans cette constitution n’est pas trop grande.
N'avons-nous pas d'ailleurs de nombreux exemples où la diversité incontestable de certaines cellules ne se révèle par aucun caractère morphologique ?
C'est en base à ces considérations que je ne crois pas que les divisions des êtres unicellulaires puissent être envisagées comme de vraies reproductions. De même qu’une cellule quelconque, en se divisant d’après le développement homogénétique ou hétérogénétique, peut donner lieu à deux autres cellules différentes de la première, de même aussi un être unicellulaire peut, en se divisant, donner origine à deux autres individus différents du premier.
La division d’une cellule n'implique pas toujours sa reproduction. Celle-ci n’a lieu, ainsi que nous l’avons vu dans la l° partie de ce travail (chap. IL), que dans le cas du développement autogénétique, où une cellule 4 se divise en deux cellules 4, a; mais dans les développements homogénétique (où la cellule 4 se divise en deux autres cellules », b) et hetérogénétique (où & se divise en #, c) la division a lieu sans
reproduction. Les divisions des êtres unicellulaires précédant :
la fécondation ou la conjugaison ne sont donc pas, d'après mon mode d'envisager le phénomène, de véritables reproductions, mais simplement des divisions homogénétiques ou hétérogénétiques.
Si nous appelons & un organisme unicellulaire quelconque et supposons que a représente sa constitution bioplasmatique à l'instant de sa naissance après la reproduction par conju-
gaison ou fécondation, et si nous admettons que cet organisme ne puisse se reproduire asexuellement, cela n'implique pas” qu’il ne puisse se diviser. Mais il est clair que pour arriver à se reproduire sexuellement, les biomolécules de son bioplasma devront subir des transformations chimiques les amenant, après une période plus ou moins longue, à une constitution telle que l’addition biomoléculaire puisse se faire et que la reproduction par fécondation soit possible, d’après ce que nous venons de démontrer dans les chapitres précédents.
Considéré à ce point de vue, l'organisme unicellulaire, au moment de sa naissance, peut être comparé parfaitement à l’oeuf fécondé, et les individus issus de ses divisions répétées, aux lignées des cellules génétiques des organismes pluricellulaires.
Et comme nous avons démontré au chapitre III que l’addition biomoléculaire ne peut avoir lieu dans l’oeuf même mais seulement dans les cellules dérivées de la segmentation de celui-ci, il s'ensuit encore que l'addition biomoléculaire ne peut se faire entre les individus primitifs, mais seulement entre les individus dérivés des divisions de ceux-ci.
De même que, chez les êtres pluricellulaires, les nombreuses divisions des cellules génétiques marquent les étapes par lesquelles ces cellules acquièrent peu à peu la constitution bioplasmatique nécessaire pour l'addition biomoléculaire et, par suite, pour la fécondation, de même aussi les divisions des organismes unicellulaires marquent les étapes par lesquelles leur constitution bioplasmatique arrive peu à peu à la phase d’addition biomoléculaire et de reproduction sexuelle. La différence dans les deux sortes d'organismes ne réside que dans un phénomène d'importance tout-à-fait secondaire: à savoir que, dans les organismes pluricellulaires, les nombreuses cellules issues des divisions de la cellule primitive restent unies entre elles en constituant l’ensemble des cellules génétiques c'est-à-dire la glande sexuelle, tandis que dans les êtres unicellulaires, les individus naissant de la division de l'individu primitif se séparent et vivent isolément.
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| Cette séparation est possible dans ces êtres, parce que leur organisation spéciale les rend aptes à vivre isolément dans le milieu ambiant externe, tandis que les cellules génétiques des êtres pluricellulaires doivent puiser leur nourriture dans
le milieu interne de l'organisme même auquel elles appartiennent.
Il s'ensuit donc que nous devons distinguer aussi dans les êtres unicellulaires une période de préparation et une période de maturation biomoléculaire. La période de préparation est constituée par la série des divisions qui ont lieu à partir de l'individu & jusqu’à la dernière division précédant la fécondation ou la conjugaison ; la période de maturation comprend le dernier développement biomoléculaire amenant l'organisme à une constitution telle que l'addition biomoléculaire soit possible.
La période de préparation est donc indispensable comme phénomène préparatoire de la reproduction sexuelle; car sans elle, les organismes ne pourraient arriver à la constitution nécessaire pour l’accomplissement de cette fonction. Aussi nous pouvons comprendre parfaitement et rationnellement pourquoi les êtres unicellulaires se reproduisant par fécondation ou conjugaison ne peuvent se reproduire par ce mode qu’en passant préalablement par une période de divisions (période de préparation) interprétées peu exactement, ainsi que nous venons de le démontrer, comme des véritables phénomènes de reproduction asexuelle.
D'ailleurs, la période de préparation n'est pas seulement une nécessité. Elle présente aussi des avantages très grands pour la conservation de l'espèce.
De même que, chez les êtres pluricellulaires, c'est pendant
toute la période de préparation que les cellules génétiques
accroissent leur nombre à mesure que les divisions se succèdent jusqu’à la phase de maturation, et que, par ce mode, a lieu la multiplication de ces cellules et, par suite, des organismes qui en peuvent naître, de même aussi, chez les êtres unicel-
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lulaires, c'est pendant la période de préparation que le nombre des individus issus de l'individu primitif s'accroît à chaque division (1) C'est donc pendant cette période que se fait la multiplication de ces êtres, indispensable pour la conservation de l’espèce.
La période de préparation sexuelle est donc un phénomène nécessaire et en même temps d’une très grande utilité pour ces organismes.
Quant au mode de développement biomoléculaire homogénétique et hétérogénétique suivi par l'organisme pendant cette période, nous ne pouvons le connaître, faute de moyens de recherche. D'ailleurs tous les deux sont possibles, et les déductions que nous venons de tirer ne changent nullement dans l’un et dans l’autre. Il faut seulement remarquer que si le développement suivi par l'organisme est homogénétique, nous verrons les individus issus des divisions de l'individu primitif arriver tous en même temps à la phase de maturation et, par suite, de fécondation ou de conjugaison, tandis que si le développement a été hétérogénétique, cette phase ne sera atteinte par les individus issus des divisions que successivement en supposant, bien entendu, que le développement ait été monodique (2).
En partant de ces considérations et d'après la manière
(1) Il faut remarquer que ces divisions peuvent être parfois virtuelles, c'est-à-dire que le corps de l’organisme ne se divise pas, ce qui n'exclut pas que la préparation se fasse également. L'absence de division du corps ne veut pas dire que les biomolécules et les biomores qui les forment ne se soient pas divisés. Ceux-ci peuvent par leurs divisions former des systèmes symbiotiques toujours plus complexes, ainsi que je l’ai démontré dans la 1° Partie de ce travail, et dans ce cas, la masse du corps s’accrottra progressivement sans se diviser. Mais la préparation et la multiplication ne s’en feront pas moins; car, à la fin de la période de préparation, nous verrons naître d’une seule masse autant d'individus qu’ils s’en seraient formés si les divisions du corps avaient eu lieu réellement. C’est ce que nous voyons dans certaines espèces de Coccidies et d’Algues.
(2) Voir les considérations sur la nature et sur les résultats du développement monodique dans la II° Partie.
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D : Vs . dont nous venons d'interpréter les phénomènes, voyons done quelles seront les conséquences réelles que nous pourrons constater sur les organismes unicellulaires où l'addition biomoléculaire est externe.
Supposons donc un organisme unicellulaire À à l'instant où il vient de naître après la conjugaison ou la fécondation. Cet organisme sera nécessairement constitué de biomores provenant des deux organismes dont la conjugaison a produit . la reproduction et, par suite, la naissance de A. Les biomo- lécules de ces biomores possèderont une constitution chimique déterminée qui subira des transformations, à la suite de l’assimilation, produisant, à chaque division biomoléculaire, suivie de la division biomorique et puis du corps de l'organisme, des individus dont la constitution biomoléculaire sera différente de ce qu’elle était auparavant. De cette manière, par une série plus ou moins longue de divisions constituant la période de préparation pendant laquelle se fait la multiplication des in- - dividus, les biomolécules arriveront peu à peu à leur der-
nière phase de transformation, c’est-à-dire à cette phase où nous supposons qu'elles soient additionnables.
Mais comme, dans le cas que nous considérons, nous supposons que l'addition biomoléculaire soit externe, nous admettons implicitement que l'addition entre les biomolécules d'origine différente contenues dans le corps d’un seul individu n'est pas possible. L'addition biomoléculaire ne pourra donc avoir lieu que si les biomolécules de cet individu peuvent s’additionner à des biomolécules d'un autre individu où les
- biomolécules soient arrivées, elles aussi, à une constitution spéciale qui les rend additionnables.
Il s'ensuit donc que la reproduction ne pourra absolument avoir lieu sans l'union préalable de deux individus.
Or, la constitution des biomolécules de ces deux individus ne peut être évidemment la même, ainsi que nous l'avons démontré au chapitre précédent. Elle doit être différente; mais cette différence chimique peut bien ne pas se manifester par
la forme du corps. Et comme la distinction entre la nature des organismes est basée, dans l’état actuel de la science, | sur les caractères morphologiques, il s'ensuit nécessairement que lorsque une différence dans ceux-ci n’existe pas ou n’est pas appréciable par nos moyens de recherche, nous en concluons que les organismes sont égaux.
C’est ce qu’on fait généralement dans l'étude des phénomènes de la reproduction où la distinction entre la conjugaison et la fécondation est basée exclusivement sur des caractères morphologiques. On dit, en effet, qu’il y a conjugaison et non fécondation, lorsque les individus qui s'unissent sont semblables. Mais cette distinction, en réalité, n’est pas soutenable ou du moins elle ne le serait que si l’on pouvait démontrer qu'à une différence dans la constitution chimique correspond toujours une différence morphologique. Ce qui est très loin d’être démontré.
Nous pouvons au contraire retenir que les individus se conjuguant, bien que morphologiquement semblables, sont différents dans leur constitution bioplasmatique, d'autant plus si nous considérons, que dans les êtres pluricellulaires, on peut trouver une foule d'exemples où des cellules qui, sans aucun doute, présentent une diversité dans leur constitution chimique, ne laissent pas apercevoir dans leurs caractères morphologiques des différences appréciables.
D'ailleurs, si même on voulait sdmettre que les individus qui se conjuguent sont parfaitement identiques entre eux dans leur constitution chimique, comment pourrait-on alors interpréter leur conjugaison? Que résulterait-il de leur union, sinon une simple duplication de l’étre? Les deux individus ne resteraient-ils pas égaux à ce qu’ils étaient auparavant ? Dès lors, pourquoi se conjugueraient-ils ?
C'est d’après ces considérations que je ne crois pas que la vraie conjugaison puisse exister. Je pense au contraire que, alors même que les deux êtres se conjuguant sont morphologiquement identiques, ils ne le sont qu’en apparence; car
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ans leur const utior ‘chimique aus ils sont bien différeuts Par conséquent, la conjugaison n'est qu'apparente, elle
aussi; mais en réalité il s'agit toujours d'une véritable fé-
çcondation (1).
Qu'ils soient morphologiquement semblables ou qu'ils ne le soient pas, les deux individus, arrivés à la phase où leurs biomolécules sont additionnables, doivent donc se fusionner
afin que l'addition biomoléculaire puisse avoir lieu. Alors évi-
… dermment, les biomolécules mâles de l'un s'additionneront avec
les biomolécules femelles de l’autre et réciproquement. Le résultat en sera, ainsi que nous l'avons vu, la formation de quatre biomolécules mâles et de quatre biomolécules femelles
égales à celles que l'individu A possédait à l'instant de sa
. naissance. Et comme l’ensemble des biomolécules de cet indi-
4 vidu forme un système symbiotique, il y aura nécessairement, - dans la masse bioplasmatique résultant de l'union des deux individus qui se sont fusionnés, quatre systèmes symbiotiques | .. égaux à celui de l'individu A: d'où la nécessité de la division de cette masse en 4 autres masses égales à celle de l'individu primitif.
” Ainsi a eu lieu la vraie reproduction et l'organisme a fermé son cycle vital: car, étant parti d'une phase primitive A, il est arrivé, après une série plus ou moins longue de transformations, à la même phase qui a été son point de départ. Portons maintenant notre attention sur les phénomènes in- L | times qui doivent s'accomplir pendant l'addition biomolécu- | Jlaire; et afin de pouvoir mieux contrôler nos résultats théo- riques avec les réels, choisissons, pour l'analyse des manifestations que nous devons étudier, les parties de l'organisme . qui, par nos moyens actuels de recherche, sont accessibles à 24 notre observation. Je veux dire les noyaux et la chromatine.
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(1) A la suite de ces explications, le mot conjngaison n'a évidemment plus raison d'exister d'après mon interprétation, Aussi, je l'abandonnerai E dorénavant pour y substituer le seul mot de fécondation.