CHAPITRE XII
Le rajeunissement des Infusoires.
SOMMATRE : Interprétation de la constitution du corps des Infusoires — Parallèle entre celle-ci et celle du corps des Métazoaires — Le microcyte et les cellules sexuelles — Le macrocyte et les cellules somatiques — Le macrocytode et les différenciations somatiques — La division — La mortalité des Infusoires — La multiplication de ces êtres — Les périodes de préparation sexuelle — La longueur relative de ces périodes — Le développement monodique — La détermination du sexe — L'asynchronisme de division — La maturation des microcytes — L’addition biomoléculaire — L’échange des microcytes — La reconstitution du nouveau macrocyte — Résumé.
L’explication de l’intéressant phénomène du rajeunissement des Infusoires n’exige pas des hypothèses spéciales. C’est donc sur les simples principes fondamentaux de notre interprétation de la fécondation chez les êtres pluricellulaires que nous allons tenter, dans ce chapitre, d'en faire un exposé qui, je l'espère, sera d'autant plus exact et scientifique qu’il est simple et rationnel.
Mais avant d'aborder cette explication, il faut que nous modifiions quelque peu la conception que la plupart des Biologistes ont aujourd’hui encore sur la constitution du corps de ces Protozoaires. Sans cela, nous tenterions en vain d'arriver à une interprétation exacte des différents faits se rattachant à la vie de ces êtres.
Le corps des Infusoires est constitué des parties suivantes:
1°) du microcyte avec son noyau, le micronucléus; 2°) du macrocyte. avec son noyau, le macronucléus ; 3°) du macrocytode.
Le microcyte est l’ensemble du micronucléus et de cette substance hyaline appelée par Maupas hyatoplasma, qui en-
: » "2 Re”, «
A sé 4 .
re LA nf 4 CT LA bin ET À
nt À toure toujours le micronucléus, qui l'accompagne dans ses nsformations et qui concourt à la formation du fuseau chromatique pendant sa division, tout comme le cytoplasma le fait dans les autres cellules. Le microcyte doit done être - considéré comme une véritable cellule, dont le micronucléus est le noyau.
Le macrocyte est l'ensemble du macronucléus et de cette , substance hyaline, plus ou moins abondante et visible, qui entoure le macronucléus. Il doit donc être considéré comme con- - stitué d'une cellule au moins. Le macrocyte est donc une autre —…. Géllule contenue dans le corps de l'Infusoire. e Le macrocytode est l’ensemble de toutes les autres parties ee de l'Infusoire en dehors du microcyte et du macrocyte, à savoir | ja membrane, la bouche, les vésicules pulsatives, les vacuoles alimentaires, les cils vibratils etc.
… Voyons maintenant quels rapports existent entre ces dif- ” férentes parties.
Nous savons par les recherches de Burscazt, de MauPpas — et d'autres Biologistes que, après la conjugaison, l'ancien ma- …. cronucléus ayant disparu, un nouveau macronucléus se reforme aux dépens d'un ou de plusieurs microcytes dérivés de la division du microcyte conjugué. Nous pouvons donc dire . que le macrocyte dérive du microcyte, tout comme les cellules - somatiques des Métazoaires dérivent des cellules génétiques. : On sait d'autre part, bien qu'à ce sujet les expériences ne . soient pas absolument décisives, que lorsque un Infusoire est contraint de s’enkyster, le macrocytode, sans aucun doute, …. et très probablement le macrocyte aussi dégénèrent et dispa- . raissént. Il ne reste donc dans le kyste que le microcyte. Or, | celui-ci se présentant généralement sous la forme d’un très petit. corpuscule appelé spore, à cause de sa ressemblance … avec les spores des végétaux, est capable, si les conditions du milieu sont favorables, d'assimiler, de s'accroitre, et de donner è … lieu, peu à peu, à la formation d'un Infusoire nouveau avec toutes les parties caractéristiques de son corps.
Cette spore n'est-elle donc pas un germe parfaitement comparable à l’oeuf des Métazouires? N’est-elle pas la plus petite particule apte à produire l'organisme tout entier, absolument comme l'oeuf est la plus petite particule des Métazoaires, apte à produire le corps de ces animaux?
A ce point de vue encore, nous pouvons donc conclure que le microcyte est parfaitement analogue aux cellules sexuelles des êtres pluricellulaires. Cette analogie est d’ailleurs confirmée, comme nous le savons, par les phénomènes mêmes du rajeunissement dont ils sont le siège.
Il s'ensuit, comme conclusion réciproque, que le macrocyte, dérivant du microcyte, doit être considéré comme analogue aux cellules somatiques des Métazoaires.
Quant au macrocytode, son analogie peut être établie facilement, si nous le comparons aux cellules somatiques des êtres pluricellulaires et à leurs différenciations histologiques.
Nous savons que les cellules du soma dérivent toutes de la cellule-oeuf primitive. Nous avons vu, dans la Il° Partie de ce travail, que les différenciations histologiques des cellules sont dues, en dernière analyse, à la sécrétion, de la part du bioplasma des cellules somatiques, de substances spéciales ayant des propriétés physiques, chimiques ou physiologiques caractérisant leur différenciation. Il s’ensuit que, dans le soma des Métazoaires, il faut distinguer, comme nous l’avons déjà fait remarquer au chapitre VIII, deux parties: les cellules somatiques et les caractères somatiques.
Ces derniers ne doivent donc pas être confondus avec les premières; car ils ne sont pas des transformations du bioplasma, mais ses productions. Les caractères somatiques et les substances qui les forment coexistent en effet avec le bioplasma des cellules qui les ont produits, ce qui ne serait pas possible s’il s'agissait d’une vraie transformation du bioplasma, celui-ci devant nécessairement disparaître à l’achèvement de toute différenciation histologique. Or, nous savons que les recherches histologiques les plus récentes ont démontré que cette dis-
4 | à paritio on n'a pas lieu, et que par conséquent, dans la différenon histologique, il ne s'agit pas d'une vraie transformation | bioplasma, mais seulement d'une sécrétion de la part de celui-ci.
… Chez les Infusoires, des rapports analogues d'origine existent “entre le macrocyte et ce que nous avons appelé le macrocytode.
—… La bouche, la membrane, les différentes parties de leur plasma, l'endoplasma, l'ectoplasma, les cils vibratils, etc. toutes les parties fonctionnantes en somme, qui constituent les ca- , ractères somatiques de ces animaux, ne sont pas formées, elles mêmes, de bioplasma, mais ne sont que des productions, des à sécrétions du bioplasma, formant le macrocyte. “hi Tous les Biologistes qui se sont occupés de l'étude de la d . conjugaison chez les Infusoires, ont pu constater plus ou moins . exactement que certaines parties du corps de ces animaux, - du macrocytude, dégénèrent et disparaissent pendant la conju- % gaison, pour se reformer à nouveau après la formation d'un — autre macrocyte. Il s'agit donc d’un phénomène de renouvel- 2 lement peut-être plus complet et plus général qu'on ne le croit aujourd’hui.
… Mais ce renouvellement ne se fait qu'après la production d'un nouveau macrocyte, ce qui démontre que celui-ci est la base de la formation des parties nouvelles, qu'il en est en somme le producteur.
% Le macrocytode est done par rapport au macrocyte ce que … les caractères somatiques sont par rapport aux cellules somatiques.
… Mais sil en est ainsi, il s'ensuit que les particules formant le macrocytode ne peuvent se diviser; car elles ne sont pas formées de bioplasma, et, par suite, capables d'assimiler. Com- - ment donc peut-on expliquer la division des Infusoires ? C'est sur ce phénomène aussi que je dois rappeler l'attention des Biologistes.
On dit généralement que les Infusoires se divisent. Cela
PO | va.
est exact pour le microcyte et le macrocyte; mais peut-on
en aflirmer autant pour le macrocytode? Est-ce que la bouche,
les vésicules pulsatiles, les cils vibratils, les vacuoles ali=
mentaires etc. se divisent, eux aussi, lors de la division du macrocyte et du microcyte ?
Il suflit d'examiner les phénomènes qui se passent pendant cette prétendue division, pour se convaincre qu’il n’en est pas ainsi. Les différentes parties du macrocytode ne se divisent pas du tout. Il se forme, au contraire, une autre bouche, d’autres vésicules, d’autres cils, d’autres vacuoles, etc. Il ne s’agit pas, en somme, d’une division du macrocytode primitif, mais de la formation graduelle d’un autre macrocytode, ce qui est bien différent, et parfaitement explicable par notre interprétation.
Envisagée à ce point de vue, la structure du corps des Infusoires devient exactement comparable à celle du corps des Métazoaires, et les rapports physiologiques des différentes parties offrent une analogie parfaite.
Le microcyte représente les cellules sexuelles et, tout comme
celles-ci, il est renfermé dans le soma, qui constitue le milieu interne organique, d’où il puise les substances nécessaires pour son évolution caractéristique.
Le macrocyte représente les cellules somatiques; et, de même que celles-ci, en produisant des substances spéciales avec des propriétés physiques, chimiques où physiologiques caractérisant leur différenciation histologique, forment l’organisme et tirent des substances mêmes qu’elles ont produites et de leurs fonctions les moyens indispensables à la vie de l'être, de même le macrocyte, après avoir produit le macro-
cytode, jouit des fonctions des organites de celui-ci pour en- -
tretenir la vie de l’Infusoire.
Il s'établit, en somme, dans le corps de ces Protozoaires un système symbiotique parfaitement analogue à celui même qui régit la vie des Métazoaires, et qui constitue le caractère saillant de tout être organisé.