I. Appendice. Noie A. Le Daiwinisme
LE PllOBLEME RELIGIEUX II
ces inventions, il en est de bien supérieures à celles de l'homme, mais il en est aussi d'inférieures et comme inachevées ou manquées. En outre, quand on examine la série des espèces qui se sont succédé dans le cours des âges, on est frappé de l'imperfection relative des premières. Elles apparaissent comme des ébauches grossières, sorties des mains d'artistes encore inexpérimentés. Elles deviennent ensuite de phis en plus parfaites. Toutes n'ont pas acquis cependant le degré de perfection dont elles sont susceptibles. lien est que la puissance créatrice semble avoir laissé à l'homme le soin de modifier et de parachever. Nous ne nous rendons pas toujours compte de l'utilité que peuvent avoir ces produits parfois si étranges, pas plus que le sauvage ignorant n'aperçoit celle d'une foule d'inventions qui répondent aux besoins des peuples civilisés ; mais n'est-ce pas descendre au niveau du sauvage, que d'affirmer que cette utilité n'existe pas parce que nous ne l'apercevons pas? Il reste seulement à savoir si elle se rapporte ou non à l'homme.
Que la puissance créatrice ait façonné la terre et y ait répandu la vie à l'intention de l'homme, telle est la croyance que nous inspire le sentiment religieux. Sous l'influence du môme sentiment, nous assignons pour luit à notre existence terrestre et aux cpi- u\ es qu'eUe nous con l,mni« à subii*. lélévation à une existence supérieure par un ih'v. l:»j)pement successif de notre être moral. Ce but, connnent pouvons-nous l'atteindre? La science, à son tour,
nous apprend que c'est parlexercice de nos facultés, par le travail.
La puissance créatrice a mis à la disposition de riioinine un domaine renfermant tous les matériaux nécessaires à l'entretien et au développement de sa vitalité, mais en lui imposant l'obligation de défricher ce domaine qu'elle lui livrait à Tétat brut, et d'aplanir les obstacles de toute sorte qu'elle avait semés sur sa route. S'il n'aA'ait pas rencontré ces obstacles, s'il n'avait eu aucun eftort à faire, aucune lutte à soutenir pour protéger sa vie et pourvoir à sa subsistance, si la terre avait été un vaste Eden, aurait-il pu réaliser les progrès qui l'ont élevé audessus de l'animalité ? Si l'humanité avait commencé par l'âge d'or célébré par les poètes, ne serait-elle pas restée dans son état primitif d'ignorance et d'infériorité ?
Dans une longue enfance, il l'aurait fait vieillir.
Et le Tentateur, en induisant le premier homme à la désobéissance aux ordres du Seigneur et en le faisant expulser du paradis terrestre, loin de nuire à sa descendance, ne lui a-t-il pas rendu le plus signalé des services? La biologie et l'économie politique ne sont-elles pas ici en pleine opposition avec la légende de la Genèse? C'est parce que la terre, telle qu'elle était sortie des mains de la puissance créatrice, ne livrait ses trésors qu'au prix des plus rudes efïorts, c'est parce qu'il fallait l'aménager et 1 assainir, endiguer ses fleuves, dessécher ses mare-
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cages, franchir ses abîmes, détruire les espèces hostiles, asservir les autres, que l'homme a pu développer toutes les facultés dont il avait le germe. D'où l'on peut conclure que la puissance créatrice a façonné la terre à Fintention de Thomme, mais en lui imposant la tâche de perfectionner son œuvre, et, en accomplissant cette tâche, de se perfectionner lui-même.
De tous temps, et chez tous les peuples, on trouve la conception d'êtres supérieurs à l'homme, autrement dit d'un « monde divin». Cette conception est toujours en harmonie avec l'état de la mentalité commune et ne la devance point. Ce qui le prouverait, au besoin, c'est que les inventeurs ou les révélateurs religieux, ne connaissaient de l'homme et du milieu ambiant, que ce qui était connu de leur temps, dans leur tribu ou leur nation. La conception initiale et qui paraît commune à tous les peuples dans l'enfance de l'humanité, est celle d'un monde d'esprits incarnes dans les êtres et les choses. Ces esprits, que l'homme modèle sur le sien, il les considère comme bons ou mauvais,, selon que les êtres ou les choses, dans lesquels ils gîtent, lui sont utiles ou nuisibles ^ Il s'efforce d'attirer leur bienveillance ou de conjurer leur malveillance par les mêmes procé-