I. Apfendick. Note 1>. Le Fétichisme
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dés qui agissent sur lui-même, savoir par des hommages et des offrandes. Plus tard, quand l'agricul' ture succédant à la chasse et à la récolte des fruits spontanés du sol, eût augmenté, dans d'énormes proportions, la productivité du travail de l'homme et rendu possible la constitution de sociétés nombreuses, généralement assujetties à une caste guerrière, commandée et hiérarchisée comme une armée, on vit apparaître la conception d'un gouvernement divin modelé sur le gouvernement humain. Les Divinités qui le constituent sont propriétaires du sol, et en concèdent la jouissance à leur peuple, moyennant un tribut. Une partie de ce tribut est payée sous forme de sacrifices et doffrandes à leurs ministres spirituels, une autre partie sous forme d'impôts et de redevances aux délégués de leur pouvoir temporel, quand le pouvoir spirituel et le temporel ont cessé d'être réunis dans les mêmes mains. Elles établissent, sous forme de coutumes ou de lois, des règles de conduite, dont elles sanctionnent l'observation par des pénalités et des récompenses. Ces règles ont pour objet d'assurer la conservation du peuple, sujet ou vassal des Divinités, et, par conséquent, celle des moyens de subsistance des Divinités elles-mêmes. En échange du tribut qui leur est fourni, les Divinités protègent leur peuple, le préservent des dangers qui le menacent et viennent à son aide dans ses entreprises. Elles rendent encore des services particuliers et accordent des faveurs spéciales aux individus qui
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les prient, à la condition toutefois que la prière soit appuyée par une olï'rande proportionnée à l'importance du service ou de la faveur. En revanche, elles poursuivent et punissent avec une rigueur impitoyal^le ceux'qui se dérobent à leur autorité et portent leur tribut d hommages et d'ofl'randes à des Divinités étrangères et concurrentes. Comme dans tout gouvernement, elles sont hiérarchisées et obéissent à un chef. Dans les vieux empires, où le gouvernement humain est ime monarchie absolue, le gouvernement divin est concentré entre les mains d'un chef, investi du pouvoir souverain, et auquel les autres Divinités obéissent d'une manière passive : elles sont de simples fonctionnaires. Dans les oligarchies grecques, au contraire, les Divinités supérieures jouissent d'une certaine indépendance. Jupiter est le maître des Dieux, mais Neptune, Pluton et les autres grands dieux, n'en sont pas moins souverains dans leurs domaines. Ces Divinités du paganisme ne se distinguent d'ailleurs de l'homme que par la supériorité de leur puissance. Elles ont toutes &es passions, tous ses appétits et tous ses vices. Le christianisme marque, au point de vue moral, un progrès sensible sur le paganisme, mais il n'en diffère pas au point de vue scientifique. Il se fonde sur une conception des phénomènes de la nature, de l'organisation des sociétés et des gouvernements, analogue à celle de toutes les religions de l'antiquité. Nous en acquerrons la preuve, en remontant à ses origines.
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Suivant le récit de la Genèse, il existait dans rimniensité des Gieux, une Divinité souveraine, toute puissante et omnisciente, ayant à son service des fonctionnaires militaires et civils, archanges, anges, séraphins, etc. C'était un monarque absolu, comme tout monarque oriental. Mais le pouvoir absolu n'est pas un préservatif de la révolte, et le souverain du ciel en avait fait l'expérience. Un des hauts fonctionnaires de son empire, le chef des archanges, avait ourdi une conspiration pour le détrôner, et entraîné dans sa rébellion la foule des mécontents. Cette rébellion, le souverain l'avait réprimée et il avait précipité les coupables dans les ténèbres extérieures, où ils subissaient à perpétuité le plus dur des châtiments, mais sans se repentir de leur tentative criminelle et en cherchant l'occasion de prendre leur revanche .
Cette occasion ne devait pas tarder à se présenter. Comme tous les autres souverains encore, le maître des cieux éprouve le besoin d'agrandir son domaine et d'augmenter le nombre de ses sujets. Que fait-il? 11 descend de sa demeure céleste, rassemble et organise les matériaux qui gisent épars et confus au dehors, fait déverser sur cette annexe de son domaine la clialeur et la lumière des astres du firmament, la garnit de végétaux et d'animaux, pour l'approprier à Ihcdjitation et à la subsistance d'une créa"
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ture qu'il façonne à son image. Mais cette créature qui est destinée, clans sa pensée, à devenir la souche d'un peuple sur lecpiel s'étendra sa domination, il veut s'assurer de son obéissance. Il la soumet, dans ce but, à une épreuve : il lui défend de toucher aux fruits d'un arbre du merveilleux jardin dont il lui a donné la jouissance. Cependant, le chef des anges rebelles, Satan, s'est évadé des ténèbres et il est à l'affût dans le paradis terrestre. Il prend la forme d'un serpent, séduit la compagne imprudente et curieuse que le Seigneur a donnée à Adam, et lui fait croire qu'en mangeant du fruit défendu, l'homme s'élèvera de sa condition de sujet à celle du Seigneur lui-même, dont il deviendra l'égal. Elle fait partager à son mari cette ambition factieuse. Il désobéit donc au Seigneur à l'instigation de l'ange révolté, et commet ainsi un acte de félonie, c'est-à-dire, de tous les crimes, le moins pardonnable aux yeux du maître d'un État. Or, dans les vieux Empires du monde oriental, la punition d'un crime ne frappe pas seulement le coupable, elle s'étend encore à sa descendance. Le premier homme est chassé du paradis terrestre où il vivait oisif comme un seigneur; il est o})ligé de travailler de ses mains comme un esclave, et ses descendants seront réduits à la môme condition misérable, jusqu'à ce qu'il plaise au Seigneur de pardonner à cette race félonne. Mais une offense ne peut être efl'acée que par une réparation équivalente. Le sacrifice d'un inférievir ne suffit pas au rachat d'une offense commise envers un supérieur. Il faut
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au Seigneur une victime d'un rang égal au sien. Cette victime sera son propre fils, qui s'oiïrira volontairement, dans sa miséricorde infinie, pour racheter le péché d'Adam. Mais, en attendant la venue de ce sauveur, les hommes, loin de se repentir du crime de leur premier père, s'abandonnent à toutes les suggestions du Tentateur; ils cessent de remplira l'égard du Seigneur leurs obligations de sujets; ils portent leurs hommages et leurs tributs à des Divinités concurrentes. Alors le Seigneur se, résout à détruire cette race ingrate, il fait déborder les fleuves et soulever le niveau des mers pour Tengloutir. Un seul homme^ Noé, trouve grâce devant lui. et, dans la descendance de Noé, un seul peuple, le peuple juif. Il dicte à ce peuple élu. du haut du Sinaï, un code de lois, dont l'observation assurera sa prépondérance sur toutes les nations de la terre. Il l'assiste, du reste, dans les combats, et va même jusqu'à arrê-. ter le soleil jîour permettre à Josué d'achever le massacre des Amalécites, car c'est un seigneur impitoyable, comme tous les souverains de cette période de l'histoire.
Enfin, un moment arrive où le fils du Seigneur, jugeant suffisantes les épreuves que le peuple élu a subies, s incarne pour le sauver. C'est le Messie; comme il Tavait prévu, sa mission est méconnue par les prêtres de la loi; il est condamné au supplice des esclaves et du commun des malfaiteurs. Il meurt sur la croix et devient le fondateur d'une religion nouvelle: toutefois, sans lavoir voulu et même
contre son intention formelle, car il n'était pas venu, disait-il, pour apporter une nouvelle loi, mais pour accomplir l'ancienne.
Que cette religion se soit constituée et propagée, en se séparant et se différenciant du culle d'Israël, malgré la volonté du Messie, cela s'explique par l'état religieux, moral et politique du monde civilisé à l'époque de la prédication du Christ et des apôtres. L'avènement d'un nouveau Dieu apportant une nouvelle loi, loi de paix et de fraternité, répondait alors à un besoin de la multitude des peuples que Rome avait pacifiés et unis par des intérêts communs en les soumettant à sa domi^iation. Les Divinités de r Olympe païen s'étaient discréditées par leurs vices, la corruption et l'avidité de leurs ministres; les croyances fabuleuses des peuples enfants des premiers âges, avaient cessé d'avoir prise sur les esprits auxquels les enseignements des philosophes apportaient des clartés nouvelles sur le monde et sur l'homme. Le scepticisme et l'indifférence en matière de religion avaient gagné l'élite intelligente de la société romaine. La multitude ignorante seule avait conservé intacte sa foi dans les Divinités du paganisme; mais ces divinités faisaient acheter trop cher leur protection et leurs faveurs. Les sacrifices et les offrandes en nature ou en argent qu'exigeaient leurs ministres dépassaient les ressources du grand nombre. Il fallait que les gens dn peuple et les esclaves se contentassent d'adresser leurs prières à des divinités inférieures, moins [puissantes que les
grands Dieux ; ceux-ci étaient trop chers. Le nouveau culte propagé parles apôtres du Messie n'avait point, comme celui auquel il venait faire concurrence, à entretenir des édifices somptueux et des prêtres accoutumés à une existence luxueuse. Il ne demandait point des hécatombes de bétail, il lui suffisait de Tobole du pauvre. C'était un culte à bon marché. Aussi se propagea- t-il d'abord dans les couches inférieures de la population, sans éveiller l'attention et exciter la jalousie du culte établi auquel il n'enlevait que la portion la moins lucrative de sa clientèle. Les communications rendues plus faciles, grâce à la sécurité qu'avait généralisée la paix romaine, permirent aux apôtres de la nouvelle foi de la répandre jusque dans les régions les plus reculées de l'empire. A l'avantage qu'elle possédait d'être à la portée des petites gens, elle joignait d'autres mérites d'une nature plus relevée, qui devaient la faire préférer au culte de la classe dominante : elle proclamait l'égalité des hommes devant la Divinité, honorait la pauvreté et promettait aux pauvres la meilleure part dans la distribution des récompenses éternelles. Elle n'apportait point, d'ailleurs, une conception du monde divin qui s'éloignât trop de celle que la pratique séculaire du fétichisme et du paganisme avait implantée dans l'esprit de la multitude. Le monde divin du christianisme était organisé comme celui des cultes qui l'avaient précédé. Les personnalités qui le composaient constituaient une hiérarchie gouvernante qui ne différait pas sen-
siblement de celle du paganisme, et elles 'avaient des attributions analogues à celles de leurs devancières. Au sommet du Ciel, qui remplaçait TOlympe des païens, siégeait la Trinité souveraine dont les membres étaient représentés sous des formes appropriées à leur caractère et à leurs fonctions : le père, le créateur, sous la forme d'un vieillard robuste et majestueux; le iils, le sauveur, avec une physionomie exprimant la bonté miséricordieuse ; l'esprit saint, tel qu'il s'était manifesté à la Vierge mère, peut-être par une réminiscence de la colombe de l'arche; au-dessous de cette Trinité divine, investie cependant d'un pouvoir unique, comme il arrivait dans le gouvernement terrestre quand lempereUr, le César, partageait son autorité avec un héritier de son sang, consubstantiel, au-dessous, disons-nous, se déployaient les légions des archanges, des anges, des sérapliins, des chérubins, des saints, qui remplaçaient, ceux-là, les demi-Dieux, ceux-ci, les héros et les autres personnages que le paganisme avait déifiés. Aux Champs-Elysées et au Tartare du paganisme, le christiaaisme substituait son paradis et son enfer. Entre ces deux gouvernements célestes, modelés l'un et l'autre sur les gouvernements terrestres, il n'y avait point de diftérence organique. 11 n'y avait pas, non plus, de dilïérence fonctionnelle, car les membres de la nouvelle hiérarchie gouvernante remplissaient les mêmes tâches et jouaient le même rôle que ceux dont ils avaient pris la place. La Trinité souveraine, comme auparavant les grands
Dieux de TOlympe, régissait tous les phénomènes de la nature : elle lançait la foudre comme Jupiter, soulevait ou apaisait les flots de la mer comme Neptune, faisait tomber la pluie ou envoyait la sécheresse et les autres fléaux; elle intervenait dans tous les événements de la vie des peuples ; distribuait à son gré la victoire ou la défaite. On continuait à invoquer le secours de la Divinité à la veille d'une bataille et à la remercier de la victoire. Tantôt, on s'adressait directement au souverain maître du ciel et de la terre, tantôt, et même plus souvent, à ses intermédiaires, la Vierge mère et les saints, à ces derniers particulièrement dans les maladies, y compris celles du bétail; on réclamait leur assistance dans des entreprises et des industries parfois les moins recommandables, comme on l'avait réclamée aux Dieux, aux demi-Dieux et aux fétiches. La forme da culte avait changé, le fond était demeuré le même. Tout en réagissant contre la dissolution des mœurs, le christianisme n'apportait aucune modification aux parties essentielles de la morale ; il recommandait le respect de la propriété, saas excepter celle des esclaves , l'obéissance au souverain et le paiement exact de l'impôt; enfin, les rites, et jusqu'aux ornements du nouveau culte étaient pour la plupart empruntés à l'ancien, de même que les églises reproduisaient l'architecture et l'aménage" ment des temples, quand les temples n'étaient pas transformés en églises.
Le christianisme put se propager ainsi dans les
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classes inférieures, négligées par le culte aristocratique du paganisme, sans opérer un changement radical, qu'elles auraient diflicileinent accepté, dans leurs croyances séculaires. Il eut plus de peine à gagner les classes supérieures de la société romaine tant à cause de son caractère populaire sinon démocratique, que de Fanatlième qu'il jetait sur le déborde" ment des appétits matériels dans ces classes enrichies des dépouilles du monde. Peut-être même aurait-il eu le dessous dans sa lutte avec elle, si les invasions des barbares ne lui avaient amené des renforts * . Tandis que les prêtres du paganisme, en possession d'un monopole qu'on ne leur avait point disputé jusqu'alors, se contentaient de jouir paisiblement des immenses domaines aiTectés àTentretien des temples et ne faisaient aucun effort pour augmenter leur clientèle, les apôtres du christianisme travaillaient avec ardeur à s'en créer une. Ils ne se bornaient pas à propager leur foi dans toute l'étendue de l'empire; leurs missionnaires pénétraient dans les régions occupées par les barbares et y faisaient des prosélytes. Quand les Barbares envahirent et se partagèrent l'Empire, ils trouvèrent dans le clergé chrétien les auxiliaires dont ils avaient besoin pour gouverner les pays conquis. En possession de connaissances qui faisaient défaut aux conquérants, les clercs leur devinrent indispensables, et ils acquirent ainsi dans les Etats nouveaux une influence qui est demeurée longtemps prépondérante.