I. xVppe.ndice. Note G. La propagation du Christianisme
Après avoir supplanté le paganisme, le christianisme est devenu la religion des différents peuples qui constituent le monde civilisé Des schismes nombreux s'y sont produits, et en dernier lieu, le grand schisme qui a séparé du catholicisme romain des sectes protestantes. Mais le libre examen même, respectueux des légendes bibliques, n'a pas entamé d'abord dans les âmes religieuses, les dogmes mystérieux sur lesquels repose la foi chrétienne. La raison a été subordonnée à la foi, au moins jusqu'au jour où les progrès extraordinaires de la science ont rendu les dogmes décidément inacceptables. Alors l'élite intellectuelle s'est peu à peu détachée de la religion, et on#a vu s'ouvrir la période critique d'indifférence ou de négation religieuse dans laquelle nous sommes.
Cependant, si la science peut détruire la foi, elle ne peut pas la remplacer. La religion répond à un besoin de l'àme qu'elle peut seule satisfaire, et remplit un rôle indispensable à la conservation et au progrès des sociétés. Il importe donc de savoir si le concept religieux, après avoir été fondé sur un état des connaissances humaines qui remonte à quelques milliers d'années et qui est devenu suranné, peut s'adapter au concept scientiflque actuel de l'univers, de la nature et de l'homme.
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Voilà le problème religieux que les progrès de la scieuce ont posé.
Pour résoudre ce problème, autant qu il peut être résolu, il est nécessaire d'en analyser les données, savoir les concepts successifs du domaine des Divinités, de la constitution du monde divin et de la puissance créatrice, des mobiles de l'activité divine, des produits de cette activité, etc., etc., et de rechercher comment ces concepts peuvent être adaptés à l'état actuel de nos connaissances.
I. L'ÉTENDUE DU DOMAINE DIVIN. — Parmi Ics progrès en opposition avec les concepts des religions du passé apparaissent, en premier lieu, ceux qui ont fait succéder l'infinie multiplicité des mondes à une terre et à une humanité uniques. Si la terre n'existe plus seule, si elle n'occupe même qu'un rang des plus humbles parmi la multitude des mondes, comment croire encore qu'elle ait pu être l'objet exclusif de l'activité de la puissance divine ? Gomment croire que cette puissance, maîtresse d'un univers sans limites, et, selon toute apparence, d'un nombre illimité de créatures, dont on peut logiquement mesurer l'importance et le degré de perfection à la grandeur et à la beauté de leur habitat, ait concentré toute sa sollicitude sur l'une des plus infimes et des plus imparfaites; qu'elle ait été môme si mortellement offensée par la désobéissance de cette misérable créature qu'il ait fallu qu'un être appartenant à sa propre substance s'offrit en sacrilico
ponr laver cette offense ? La science n'a-t-elle pas ruiné la légende de la création et de la chute que le christianisme avait héritée du judaïsme?
Mais par quelle conception satisfaisante pour la raison aussi bien que pour la foi, peut-elle remplacer celle de la Genèse ? Nous ne pouvons évidemment procéder ici que par voie d hypothèse. Seulement, rhypothèse aura d'autant plus de chances d'approcher de la réalité qu'elle se conformera davantage à la marche que l'intelligence humaine a suivie dans ses conceptions religieuses. Or le monde divin, tel que l'homme Ta conçu à l'origine, se compose exclusivement des Divinités d'une tribu ou d'une nation, ce sont des Divinités locales. Les unes disparaissent ou tombent à un rang inférieur lorsque leur tribu ou leur nation est vaincue, détruite ou asservie. Les autres, celles du vainqueur, prennent leur place. A ces Divinités locales, le christianisme substitue un monde divin qui, à la différence du fétichisme et du paganisme, prétend régir l'univers entier. Seulement, c'est un univers qui ne comprend qu'une terre et une humanité. La science l'a élargi, et, en l'élargissant, elle a, par là même, étendu le domaine et la juridiction du monde divin. Mais jusqu'où? Est-ce dans toute l'immensité d'un univers sans limites ? Sur ce point, le doute est possible. Si l'univers est sans limites, la matière qui s'y trouve contenue est séparée, éparse ou concentrée en quantités limitées. Chaque système stellaire contient une portion de la matière et des forces inhérentes à la
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matière. Ne peut-on pas supposer, sans oftenser la raison, que cette portion de la matière et des forces matérielles répandues dans Tunivers est régie par une portion de la substance spirituelle, motrice et organisatrice, qui y est, de même, contenue, et n"est-il pas rationnel encore de supposer que la force dirigeante est proportionnée aux éléments dirigés? Cette proportionnalité n'apparaît-elle pas mcme comme une condition de l'ordre universel?
D'après cette hypothèse, fondée sur les précédents historiques des concepts religieux, le monde divin que les religions primitives avaient localisé, dont le christianisme avait étendu la domination à la terre, régirait la totalité du système stellaire dont la terre fait partie, mais sans en dépasser les limites. Remarquons, à ce propos, que l'analyse spectrale a découvert, dans les autres systèmes, la plupart des matériaux qui composent le nôtre. Nous sommes donc autorisés à supposer qu'il y a la même unité d'éléments dans la composition des mondes spirituels que dans celle des mondes matériels, en d'autres termes, que la substance divine, aussi bien que la matière, est vme, dans toutes les régions de l'univers.
II. La constitution du monde divin. — Cette constitution, le Christianisme, à l'exemple des religions qu'il remplaçait, l'avait modelée sur la constitution et le gouvernement de la société humaine. Or, à cette époque de la vie de l'humanité, tous les peuples étaient les sujets ou les esclaves d'une
caste, dont les pouvoirs étaient concentrés, le plus souvent, entre les mains d'un chef, roi ou empereur, investi d'un pouvoir absolu. Cette constitution sociale et politique, les sujets et les esclaves euxmêmes ne concevaient pas qu'elle peut être autre et qu'elle pût changer. Ils la considéraient à la fois comme nécessaire et immuable.
En est-il encore ainsi de nos jours? Non seulement cette constitution des sociétés antiques n'est plus la nôtre, mais encore nous savons que l'organisation sociale et les institutions politiques diffèrent selon les temps et les époques et qu'elles sont essentiellement modifiables. Xous commençons, en outre, à concevoir, comme un idéal à atteindre, une société, dont les membres se gouverneraient librement euxmêmes, et se livreraient, librement aussi, soit individuellement soit par association, à tous les travaux nécessaires à la satisfaction de leurs besoins individuels ou collectifs. L'image de cette société idéale serait, de même, celle qui nous apparaîtrait si nous séparions notre être intellectuel et moral de son enveloppe matérielle; si nos sociétés se composaient d'individualités n'ayant que des besoins intellectuels et moraux. Aucun pouvoir ne serait nécessaire pour y faire régner la justice, chacun possédant le sentiment du juste et de l'honnête. Or, dans ses différents attributs, volonté, intelligence, sentiment, notre être spirituel ne diffère pas de la conception religieuse des êtres divins. Ils peuvent avoir des facultés que nous ne possédons point, mais ce sont des