L'INFLUENCE POLITICIENNE AU GRAND CONSEIL
Incapable d’alléger le fardeau qui pèse sur les épaules du contribuable, les délégués cherchent plutôt à exercer leur influence sur sa répartition; peut-être faut-il voir dans cette action l’origine de la tournure politique qu'ont prises les dernières sessions du Grand Conseil.
Déjà la séparation des deux sections française et indigè-
ne avait donné lieu à des discussions où les considérations budgétaires n’avaient plus que la valeur d’un alibi, chacune d’entre elle défendant la catégorie de population qu’elle représentait.
Aujourd’hui, et c’est là une première remarque qu'il faut souligner dans la conclusion de ce débat, à l’intérieur même de chaque section et surtout au sein de la section française, des discussions s’élèvent entre les membres, qui donnent au Grand Conseil une allure parlementaire jusqu’alors inconnue. En particulier dans le domaine social, on a vu celle-ci sortir délibérément de l’attitude laborieuse qui sied à une assemblée budgétaire; les controverses politiques les plus vives sont nées; les thèses patronales, syndicales, ouvrières y ont été défendues avec ardeur.
Majorités, minorités ? Conformistes ou saxons ? Tels sont les nouveaux termes que l’on entend prononcer dans les couloirs de l’Assemblée Tunisienne. Il est à craindre que toutes ces manœuvres, toutes ces intrigues, n’aboutissent à des promesses, engagements ou échanges de services qui seront appelés à peser sur les décisions finales du Grand Conseil.
Certes, le statut constitutionnel de celui-ci interdit le mandat impératif mais il est difficile de mettre une assemblée à l’abri de toute pression, de tout marchandage ou de toute manœuvre de couloir.
D’autre part, des considérations de personnes ont été également mises en avant; on a parlé de « soutien » ou « d'opposition » au gouvernement représenté en Tunisie par le Résident général; certains votes n’ont été inspirés que par des motifs politiques; des clans se sont formés, dont l’activité s’est manifestée en dehors même des sessions.
par des démarches à la Résidence et même auprès du gouvernement métropolitain.
Au dessus de la représentation légale que constitue le Grand Conseil, tel qu’il est constitué, agissent certaines
puissances de fait — Destour, Confédération patronale, C. G. T., Syndicats — dont l'influence fait penser à celle
des Comités, Partis et Groupes, auprès du Parlement français.
Les mœurs et coutumes pratiquées au sein de celui-ci tendent, d’ailleurs, à être progressivement adoptées en Tunisie. Tout dernièrement, à l’occasion de la nomination d’un nouveau Résident, un mot a été prononcé, dans les milieux influents, celui de « douzième provisoire », qu’il était plus courant d'entendre lors de la discussion du budget français.
D’autre part, le mode de désignation des membres de la commission des finances a fait, récemment, l’objet d’un Décret qui n’a pas encore paru au Journal Officiel; aux termes de cette réforme, les minorités de chaque section pourraient, ainsi qu'il est pratiqué dans les Assemblées françaises, se faire représenter dans les grandes commissions, selon une règle de proportionalté intégralement appliquée; de plus, chaque région élirait ses représentants personnels et celle de Tunis serait réduite à en désigner deux au même titre que celles de Sousse, Sfax et Bizerte.
Ces dispositions ne seront peut-être pas appliquées mais les circonstances qui ont entouré leur création et l’état d’esprit dont elles s’inspirent ne peuvent qu’encourager la tendance qui s’est fait jour, au Grand Conseil, à faire de la Politique.
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