lUst., III, 86. — 4. n, 5o
inconnue, que personne n'avait pu faire envoler d'un bois très iVéquenlé où il était venu s'abattre, puis qui subitement avait disparu, à l'instant précis oii Othon s'était suicidé. On avouera que de telles fables n'ont rien à voir avec un portrait.
En réalité, il n'y a pas de portrait d'ensemble de Galba, d'Othon, de Yitellius, pas plus qu'il n'y en a de Tibère, de Claude, d'Agrippine, de Britannicus, de Néron dans les Annales. La peinture est faite un peu partout; elle n'est nulle part ramassée en une page complète et déiinitive. Galba lui-même, dont le résumé biographique se rapprocherait le plus àkin portrait, c'est surtout en le voyant agir que nous apprenons à le connaître.^ Sa conduite avec les prétoriens ou avec son entourage nous en dit plus sur son caractère que toutes les phrases générales dont s'orne le résumé, qui sont des phrases à effet, bien souvent, et des cliquetis d'antithèses : maior privato visiis, diini privatus fuit, et omnium consensu capax imperii nisi imperasset\
Tacite' a été très frappé par le contraste entre l'affaiblissement de corps et d'esprit dont le vieil empereur donnait malheureusement trop de signes, et le réveil de sa volonté dès que la question d'argent était en jeu ou qu'il s'agissait de défendre la discipline militaire. Sur ces deux points l'ancien Galba reparaît, intraitable. Il a beau s'être livré à ses favoris Yinius et Laco, à son affranchi Icélus, qui commettent sous son nom mille abus de pouvoir et, amassant sur lui l'odieux el la haine, contribueront à le perdre"; quand les prétoriens, lors de son avènement, lui réclament les largesses arrachées à la faiblesse des précédents empereurs, il répond fière-
•1. Tous trois le gouvernaient à ce point, habitant avec lui et ne le quittant jamais d'un pas, qu'on les appelait par moquerie ses « pédagogues » (Suét. Galb., i4).
LES PROCÉDÉS d'art DE TACirE. 13
ment « qu'il enrôle ses soldats et ne les achète pas* ». Parole comme on n'avait plus coutume d'en entendre^ les Claude et les Néron tremblaient devant la soldatesque. Pense-t-on qu'elle lui ail été dictée seulement par son amour de Targenl poussé, selon ses adversaires, jusqu'à l'avarice? C'est bientôt dit. Pourquoi ne pas admettre aussi des motifs plus honorabJes : le souci de ménager les finances publiques, et la belle habitude enfin, prise au temps de sa vigueur, de ne pas céder à la menace? Une autre scène, également étonnante, est celle 011 le vieillard impotent, hors d'état de marcher, jeté dans une litière, pauvre chose ruinée, à la merci, semble-t-il, des hommes et des événements, retrouve son énergie pour réprimer un acte de licence militaire, quoique cet acte provînt d'un excès de zèle mis au service de sa cause'. A un soldat de la garde qui se portait au-devant de lui, l'épée ensanglantée, et s'écriait qu'il avait tué Othon, il demanda d'une voix sévère : « Qui te l'a ordonné? », rappelant ainsi ces Romains de la République qui ne souffraient pas qu'on engageât le combat, ni même qu'on fût victorieux, sans un ordre du général. Quelles qu'aient été les fautes commises sous son règne, des circonstances comme celles-là le relèvent à nos yeux, et nous comprenons que Tacite n'ait pas conçu de lui, en définitive, une opinion trop défavorable^ « Singulière vigueur d'âme, dit-il, chez ce chef attentif à réprimer la moindre indiscipline, intrépide devant les menaces, incorruptible à la flatterie ^ » C'est surtout autrefois que Galba méritait un tel éloge. Tacite apporte un peu de complaisance à regarder le présent à travers le passé ;, mais n'a-t-on pas le droit de tenir quelque compte au'vieillard des défaillances de
son âge ?
. 1, 5.-2. I, 35. — 3. IbiJ.
LES PORTRAITS lyij
Le(portrait d'Othon est fait aussi d'un contraste entre l'indignité de ses mœurs, tant qu'il resta simple particulier, et l'estime que lui méritèrent ses qualités d'honmie publicj Alors que, d'ordinaire, le pouvoir tourne les têtes et qu'à Rome la plupart des empereurs subirent ce vertige, Othon donna le rare exemple d'un prince qui fut meilleur sur le trône que dans la vie privée^,. Déjà comme gouverneur de province, cet ancien favori, ce mignon de Néron, confident de tous ses secrets et complice de toutes ses débauches, avait administré la Lusitanie « avec une modération et une intégrité remarquables /«.{Arrivé à l'empire par un crime, il semble" qu'il ait voulu faire oublier ce moyen de parvenir.) Le temps lui manqua, dans un règne de trois mois.l Reconnaissons du moins, sans trop chercher d'arrièrepcnsées', ce que ses intentions eurent de généreux. Il (s'etTorça de rentrer en grâce auprès de ses adversaires, se montra clément envers la famille de Yitellius ; avant de se tuer, il s'assura que ses amis avaient pourvu à leur sûreté. Enfin il sut mourir, et; sa mort simple et sans bruit]racliète bien des choses. De sa jeunesse, antérieure à l'année 69, en dehors par conséquent des limites de l'ouvrage, Tacite ne peut nous parler que par allusions. Mais elle était assez présente au souvenir des citoyens, pour qu'elle revive à nos yeux dans les sentiments publics qui à maintes reprises se font jour. Sentiments de défiance et de peur. Les honnêtes gens redoutaient les pires calamités. Et comme tout d'abord Othon avait remis en place les statues de Poppée, laissé reparaître les images de Néron, accepté même ou craint de refuser le nom de Néron que lui décernaient la foule et
I. De mdme Vespasien; mais Tacite a tort de n'accorder cet éloge qu'à Vespasien seul (I, 5o).
a. Suét., Olh., 3.