Tacite en cherche, selon son habitude (^Hist., I
l8o LES rUOCKDÉS DAUT DANS LES HISTOIRES
les soldats, on s'attendait à ce qu'il recommençât le règne scandaleux dont il relevait le souvenir. C'était au point que, si l'on jugeait détestables les deux rivaux restés aux prises après la mort de Galba, on trouvait encore moins dangereuse l'énorme gloutonnerie de Vitellius '. Or « contre Taltente générale, Othon ne s'endort ni dans les plaisirs, ni dans la paresse"^ ». On est étonné ; on ne veut pas admettre une transformation ; on soupçonne de l'bypocrisie, des débaucbes différées, de la cruauté renvoyée à plus lard, et l'on continue de trembler. Conséquence de trop de déceptions éprouvées et misère de ce temps : on finissait par ne plus pouvoir croire au bien. Qu'il mît dans sa conduite la dignité du rang suprême, « on n'y voyait qu'un nouveau sujet de crainte, en songeant que ces vertus étaient fausses et que les vices reviendraient. » Vitia reditura^ : Tacite prend-il le mot à son compte? Peut-être, étant donnée sa terrible manie de supposer le mal. Il montre en tout cas quelles étaient les inquiétudes des Romains. Il ne fallut rien de moins (jue la mort d'Othon pour le rébabiliter. Sa renommée fut alors solidement établie dans Testime du public. « Il se frappa d'un coup de poignard, dit Tillemont, finissant une vie honteuse par \me mort qui a paru glorieuse aux païens. »
Tel se dégage des Histoires le portrait de ce prince ; mais, remarquons-le, c'est nous-mêmes qui le dégageons des événements. L'auteur nous met en mains les matériaux et nous indique seulement, quand encore il l'indique, le mode d'emploi : il ne nous dispense pas de construire. On ne saurait vraiment considérer comme suffisante l'appréciation dernière : « Un acte horrible (le meurtre de son prédécesseur), un autre magnifique