I. Juvcnal, Sat., X, 56 et suiv
... Sed quid Turba Rémi? Sequitur fortunam, ut semper, et odit Damnatos : idem populus... (v. 7a et suiv.). 3. Aussi le premier acte d'une légion qui se révolte, le signe mémo de la rébellion, est-il d'arraclier ou de briser les images du prince et de les remplacer parcelles du nouvel empereur qu'on crée ou qu'on adopte.
abandonné de ses officiers et de tout le monde'. Cet étrange dévouement avait en partie sa source dans le respect religieux.
Mais c'est aussi par esprit de corps et par esprit provincial que, d'Orient ou d'Occident, chacun soutint son empereur. Ici quelques développements sont nécessaires. — Lorsque, au lieu d'être dissoute après chaque campagne, comme elle l'était sous la République, l'armée prit une existence de plus en plus durable, au point de devenir décidément permanente', lorsque celte existence fut manifestée aux yeux par un numéro d'ordre invariable, qui faisait de la légion un être vivant d'une vie indéfinie et ayant une histoire % l'esprit de corps, qui n'existait pas jusque-là, apparut. On eut la fierté de sa légion. Il en résultait un principe d'émulation qui pouvait être salutaire. Malheureusement, par la façon dont le recrutement s'opérait, l'émulation dégénéra en rivalité, et la rivalité elle-même en jalousie. Campées loin du centre, sur le pourtour de l'empire, à la garde des frontières, les légions finirent de plus en plus par se recruter sur place, dans les contrées où elles séjournaient. La IIP GaUica, longtemps cantonnée en Syrie, était formée, à la bataille de Crémone, de soldats adorateurs du sokll, c'est-à-dire de Syriens ou de Romains ayant adopté les mœurs et les croyances syriennes V Les armées de Germanie, le long du Rhin, en pays demibarbare, se composaient de Gaulois de la rive gauche,
I. Hist., II, /ig ot II, loi {animos obstinatos pro ViielUo), III, 56 (^acerrimuiii ntilitem et iisfjue in exlrema obsUnatum).
•i. Elle le devint peu h peu, h mepurc qu'il était nécessaire de garder un plus grand nombre d'années les liommes sous les drapeaux. Avec César, elle l'est déjà presque en fait. Avec Auguste, elle l'est officiellement.
3. De bonne heure Titc-Livc mentionne des numérosde légions ; mais ils n'étaient donnés alors que pour une année.
A. m, 2^. — Cf. Suét., Galb., 10 : e plcbe provinciae lerjionet...
moins civilisés que ceux de rintérieur, et probablement aussi de Germains de, la rive droite. Des inscriptions montrent qu'en Afrique la III" Angusta, établie à Lanibèse, était composée presque uniquement d'Africains'. Les soldats prenaient donc non seulement un esprit de corps, mais un esprit provincial, plus dangereux. Car le jour où d'Espagne, de Germanie, d'Orient surgirent des compétiteurs à l'empire, les légions qui les avaient proclamés, animées de cet esprit particulariste, défendirent chacun d'eux, parce qu'il était leur chose, le représentant d'une province ou d'un groupe de provinces, Fétiquette sous laquelle elles pouvaient abriter leurs ambitions ou leurs convoitises' et satisfaire les unes contre les autres leur animosité réciproque. On s'en voulait mutuellement de n'avoir pas ratifié le choix du voisin ; et l'on se battait pour le prince qu'on avait élu, mais tout autant contre les soutiens du prince opposé. Aussi les deux grandes rencontres de Bédriac et de Crémone furent-elles des batailles de soldats à soldats plutôt que des batailles entre chefs \ Les empereurs Olhon, Vitellius, Vespasien n'y eurent aucune part. Même la part des généraux y fut relativement faible. Avant tout, c'étaient des troupes dressées contre des troupes, prétoriens contre légions de Germanie, armées du Danube contre armées du Rhin. La seconde fois, l'armée d'Illyrie n'avait qu'un chef d'occasion, Anto-
1. Voir notamment l'inscription de Lambèse trouvée près du temple d'Esculape, « qui rappelle probablement une offrande faite à ce dieu par un certain nombre de sous-oCGciers de la légion ». A l'exception de trois d'entre eux nés en Dacie, en l'annonie et on Cilicie, « tous ceux dont la patrie est indiquée dans cette liste étaient originaires de colonies ou de municipes africains » (Léon Renier, Archives des missions scienlijiques, t. III, p. 026-33 1). — Cf. aussi C. I. L., VIII, 2586.
2. Hist., Il, 6 : (c Le soldat frémit à l'idée de voir en d'autres mains les profits de la domiiialion, intperii praemia. »