Agric, 3 : incori'lila ac rudi voce
2. Voir comment G. Boissier inlorprètc le passage (^Tacite, p. G3-0A).
LE PnOLOGUE IJ
et leur indépendance, autant ceux qui suivirent ont été médiocres et faux. Et faux pour deux raisons: d'abord ils ne mettaient plus la main aux alVaires, comme à répoque républicaine, où Ton était homme d'Etat avant de prendre la plume; ils les ont donc mal connues. Puis, chose plus grave, ils n'ont pas dit la vérité; ils l'ont altérée, soit par flatterie, soit par dénigrement. Tantôt courtisans et tantôt détracteurs, ils ont toujours témoigné d'un détestable esprit de parti pour ou contre. Et c'est, avec leur ignorance dts intérêts politiques, le second vice de leurs histoires.
Tacite promet, en ce qui le concerne, d'éviter ces deux défauts. Il est vrai qu'il ne dit pas de quelle façon il évitera le premier; et il eût été bien embarrassé de le dire. Car s'il dépend de lui d'être impartial, on ne voit pas comment il serait plus à même que les historiens ses prédécesseurs de bien connaître les afTaires de l'État. Pline l'Ancien, Cluvius Rufus, n'avaient-ils pas rempli sous TEmpire des fonctions importantes',^ On objectera que c'était l'Empire, et que les magistrats d'alors étaient plus éloignés qu'autrefois de la réalité du pouvoir. Mais quand donc a vécu Tacite, et en quels temps, je le demande, a-t-il exercé ses magistratures? Il a subi, comme les autres, les conséquences d'un régime, où tout l'essentiel se décidait dans le cabinet du prince, et n'a connu, lui aussi, du pouvoir que ce que l'empereur lui permettait d'en connaître. Veut-il dire que sous Trajan, avec la renaissance des libertés, le sénat est davantage associé au gouvernement? Cette renaissance, à la supposer plus complète qu'elle ne fut peutêtre, était trop récente encore pour avoir porté beau-
I. Surtout Cluvius Riifus, consul sotis Caligula, gouverneur de l'Espagne citérieure au début de 69 {Hisl., I, 8 et IV, 89). Voir sur lui Fabia (^Sources, p. 37tj et note i, oii sont données les indications nécessaires).
l6 LES PROCÉDÉS d' ART DANS LES HISTOIRES
coup de IViiils. Quanti, traulre part, nous nous tournons vers les historiens de la République, parmi ces écrivains qu'admire Tacite nous rencontrons Tite-Live. Or Tite- Live, que je sache, n'a jamais été qu'un scltolasticiis, un homme d'école, non un homme d'Etat. Tacite ne l'en a pas moins loué magnifiquement : cloqiientiae ac fidci praeclarus in primis, dira-t-il de lui '. Ainsi, de quelque côté qu'on envisage la première raison qu'il donne pour expliquer l'infériorité des écrivains de l'Empire, Vinscitia rei piibllcae, cette raison ne résiste pas à la critique. Ou il s'est trompé, ou ce n'est, comme l'on dit, qu'un argument d'avocat.
Le reproche de partialité adressé aux historiens de l'Empire est plus juste, et l'engagement que prend Tacite de s'y soustraire, offre plus de garanties; car il n'en va pas de cette promesse comme de la précédente, dont l'exécution était subordonnée à des conditions extérieures indépendantes de sa volonté; il n'a plus à répondre que de lui.
D'abord, ai-je dit, le reproche est mieux fondé. Il est certain qu'il y a eu, sous l'Empire, deux courants qui alternaient avec une force, sinon une persistance égale. Les mêmes empereurs étaient successivement adulés pendant leur vie et attaqués après leur mort. La réaction contre eux n'était pas toujours aussi violente qu'elle le fut au lendemain du meurtre de Domitien, quand le sénat réuni en corps décréta des mesures ofBcielles, afm d'anéantir à jamais le souvenir de l'odieux tyran ^ Mais, quoique laissées d'ordinaire à l'initiative privée, les attaques ne manquaient pas de se produire. Combien avaient à venger des parents, des amis ou à se venger pour leur compte, ne fût-ce que de Thumilia-