‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 13 sur 177 · Annales, IV · texte numérisé non relu

Annales, IV

2. Suétone, Domil. aS : cradendos ubique titulos abolendamque omnem meinoriam (decrevii).

LK l'ROLOGUE I7

lion d'une longue contrainte ! Et ne croyons pas que le prince au pouvoir prît ombrage de cette hostilité marquée au règne précédent. Depuis Auguste qui, une fois devenu maître, n'avait plus défendu la mémoire de César, chaque empereur acceptait, et sans doute secrètement n'était pas fiiché, qu'on déchirât celui dont il était le successeur. Tuer le mort une seconde fois, dans l'opinion, semblait la meilleure manière de le remplacer tout à lait. Ainsi les flatteries ne duraient qu'un temps; elles disparaissaient avec le prince qui en avait été l'objet. Les accusations au contraire avaient chance de subsister; cela même les rendait plus dangereuses. Sans compter que la malignité humaine accueille plus volontiers le mal que le bien et que, selon le mot de Tacite, le public se méiîc aisément de l'écrivain qui fait sa cour, mais le dénigrement plaît par un faux air de liberté'.

Donc, nécessité pour l'historien de se garder de l'esprit de malveillance. Tacite s'en gardera ; il parlera sans haine (sine odio). La déclaration est piquante, car c'est justement ce penchant à la malveillance que, d'ordinaire, on lui reproclie; on a été jusqu'à l'accuser d'avoir noirci les Césars et, pour Voltaire, il n'était qu' « un fanatique » ^ Il ne paraît pas cependant, lorsqu'il se mettait à l'œuvre, avoir redouté principalement une accusation de ce genre. Ce qu'il craint bien davantage, c'est, tout au contraire, qu'on ne l'accuse d'avoir été trop favorable aux empereurs. Et cette crainte se comprend; les apparences étaient contre lui. Il avait connu personnellement trois des princes dont il entreprenait de raconter l'histoire; il avait reçu d'eux des bienfaits; il leur devait toute sa carrière politique. Questeur sous Vespasien, édile ou tribun du peuple sous Titus ', pré-

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