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2o8 LES PnOCÉDÉS d'aRT DANS LES HISTOIRES
lumière sa physionomie et la générosité de ses sentiments, et qui nous donne de lui une opinion aussi favorable. "^
Mais ce genre de discours n'est pas le plus fréquent dans les Histoires. Malgré l'exemple de Salluste, si habile à éclairer râmo de ses personnages par lés harangues qu'il leur prête (au point que les représentants d'un même parti, que des tribuns par exemple, au lieu de se répéter, comme souvent chez Tile-Live, et de reproduire des exemplaires à peine difTérenciés d'un même type, parlent chacun avec leur tempérament et, tous démagogues, restent des individus distincts), Tacite ) se sépare de son modèle pour demander aux discours dont il orne son ouvrage des services d'autre sorte. fil leur demande d'être un moyen de faire briller son talent oratoire.\ Et il leur demande aussi de pouvoir à l'occasion exposer, sous un nom d'emprunt, ^ses propres idées sur diverses questions politiques.) Ainsi reparaissent chez le Tacite de cette époque les deux hommes que nous ont déjà révélés les tableaux et les portraits : celui qui cède à la mode et cherche à plaire, celui qui s'élève au-dessus de son temps. Il s'élève parfois assez haut pour faire figure d'homme d'Etat dans ses harangues.
Deux d'entre elles attirent tout particulièrement l'attention par l'ampleur du développement et l'importance des sujets abordés. Ce qu'elles discutent, ce n'est rien de moins que la question même du gouvernement de Rome et du gouvernement des provinces, la valeur de l'administration impériale pour l'Italie et les peuples frontières, les plus graves problèmes, on le voit, de politique intérieure et, l'on peut dire, de politique étrangère, puisqu'il s'agit d'amener d'autres nations à reconnaître loyalement la puissance romaine. Cérialis, vainqueur des Gaulois alliés aux Bataves, est
entré dans Trêves révoltée. Au lieu de punir les habitants, comme les lois de la guerre Vy autoriseraient, il leur tient un discours admirable de maîtrise de soi, de raison, de clairvoyance'. Il leur montre tout ce qu'ils doivent de reconnaissance à l'Empire qui les protège, tout ce que sans lui ils auraient encore de dangers à craindre, et justifie les conquêtes de Rome et sa domination par les bienfaits qu'elle a répandus sur l'univers. Mais croit-on que ces larges vues politiques, c'est à Cérialis seul' qu'il en faille attribuer le mérite, que Tacite ne s'y associe pas pour son compte, bien plus, que ce ne soit pas lui-même qui les ait inspirées au général-orateur ? Rapportera-t-on à l'homme de guerre ou à l'historien cpii depuis longtemps a étudié la Germanie, ce jugement extraordinaire de vérité prophétique : « Les mêmes causes ont toujours existé pour les Germains de se jeter sur la Gaule : leur fureur capricieuse, leur soif de s'enrichir, leur désir de changer de séjour, de quitter leurs marais et leurs déserts pour envahir les fertiles campagnes voisines et s'emparer avec le sol du peuple qui l'habite. Ils parlent de liberté (naguère ils nous parlaient de « culture ») : beaux noms qu'ils mettent en avant ; mais jamais ambitieux n'a voulu Tesclavage pour autrui et la tyrannie pour soi-même, sans qu'il ait pris également ces mots-là pour devise » ? Croit-on encore que ce soit l'homme de guerre, ou Ihomme d'Etat, qui a prévu la ruine de l'Empire sous les coups des Barbares, les longues luttes, les déchirements, le chaos, et après l'écroulement de la civihsation romaine, la nuit qui descendra sur le monde ? Par la bouche de Cérialis, n'en doutons pas, c'est Tacite en personne qui parle - ; c'est lui qui, au lieu d'exposer
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