Tac, I]ist
LES PIIOCÈDÉS d'art DK TAICITK. , r.
2'i6 LES PROCÉDÉS d'aRT DV>S LES HISTOIRES
lui, OU mourir. Celle altitude là n'est pas naturelle et elle est contredite par celle que Tacite lui-mùme a dépeinte dans le clia[)ilre antérieur.)Peut-il donc le prendre maintenant de si haut, ce candidat à l'empire que nous venons de voir « tendant les mains vers la foule, prodiguant les marques de respect, envoyant des baisers et faisant, pour devenir le maître, toutes les bassesses d'un esclave, om- - nia servilité} pro dominatione » ' ?îTacite a oublié son personnage, oublié la situation, et n'importe qui, voulant ameuter les prétoriens contre Galba, aurait pu parler comme Othonj Mais le morceau en lui-même, détaché des circonstances particulières, a de l'éclat. Il fait admirer le talent de celui qui la composé. Cela suffit.
Lafseconde fois, à la suite d'une sédition où Rome faillit être mise au pillage et une partie des sénateurs massacrée, Othon s'est de nouveau rendu au camp de la porte Viminale^ Après avoir loué les prétoriens de leur attachement à l'empereur (c'était par excès de zèle, et croyant à un complot des nobles contre Othon, qu'ils avaient voulu exterminer les ennemis de César),(il leur vante la nécessité de la discipline, sans laquelle il n'y a plus ni chefs ni soldats ni succès à la guerre, et le respect dû au sénat, « tète de l'empire, élite et honneur de toutes les provinces?)'. Ici Tacite est porté par la situation. Il n'a point d'éflbrt à faire pour trouver un thème à beaux développements ; les événements eux-mêmes le lui fournissent. Il se peut que, dans la réalité, Othon ait moins songé que l'écrivain aux idées générales et, se tenant plus près de terre pour marcher plus droit à son but, se soit borné à traiter les quelques idées fort simples que Plutarque mentionne : « je remercie la majorité de son dévouement; il y en a parmi vous dont les intentions ne sont pas aussi pures; aidez-moi à punir les cou-
|i ibles'. «iTacitc aura voulu encore embellir sa matière; mais ces hautes considérations qu'il aime ne sont pas, après tout, inadmissibles en la circonstance : et nous " savons qu'jl n'en faut pas demander davantage aux historiens de Tantiquité.
La ^troisième fois Othon, sur le point de se suicider, expose à ses soldats pourquoi, malgré leurs prières, il demeure ferme dans son dessein' : « sa mort mettra fin à la guerre civile; il se sacrifie pour la patrie; en particucûlier, il se tue pour que vivent les généreux citoyens qui soutenaient sa cause. » La vraie raison du suicide fut, nous le savons, d'un autre ordre, et de Tordre physique plus que de l'ordre moral : comme les choses dès l'abord n'allèrent pas à son gré, ce nerveux, incapable de réagir contre le découragement, résolut d'en finir plutôt que de rester dans l'attente. Accessoireme;it, il est vrai, la pensée d'arrêter une effusion de sang qu'il jugeait inutile, dut se présenter cà son esprit; car Suétone, qui connaît ces événements de bonne source par son père, tribun de légion et témoin oculaire, rapporte que lempereur, voyant un obscur soldat se percer de son glaive pour lui prouver sa fidélité, s'écria : « Non, je ne veux plus rejeter dans les périls de tels défenseurs, si braves et si dévoués^ » De cette idée accessoire Tacite s'est emparé, parce qu'elle prêtait à l'éloquence. Elle devient le canevas sur lequel il brode son discours ; mais parce qu'il y concentre tout son effort, il l'amplifie, l'exagère. Ce thème, traité comme un thème d'école, subit le grossissement habituel dans l'école. Othon apparaît comme un homme au grand cœur qui s'est mesuré avec la fortune et, vaincu par elle, noble victime, tombe et meurt sans se plaindre. C'est un stoïcien, c'est f|uel-