‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 137 sur 177 · I. Tac, Hist., I, 82. — 2. Hist., II, 69 et 90; II · texte numérisé non relu

I. Tac, Hist., I, 82. — 2. Hist., II, 69 et 90; II

à lâcher la bride à son éloquence que ces morceaux, tenant plus mal au corps de l'ouvrage, donnaient moins le change sur ce qu'ils avaient de fictif ; du moment que l'on ne risquait plus de tromper le lecteur, il devenait sans danger de se permettre quelques brillants exercices d'école. Ainsi aurait pensé Tacite. Il serait donc intervenu un curieux compromis entre l'orateur et rhistorien, tous deux s'entendant pour avoir chacun son domaine. A l'historien les discours vrais et qui font partie intégrante du récit, mais dont il ne sera plus rapporté qu'un sommaire. A l'orateur les discours fictifs, qui seront traités avec grand appareil, mais qui n'ont plus aucune utilité dans l'ensemble.

Encore une fois, la thèse est ingénieuse. Pour qu'elle fût sûrement exacte, il faudrait être en mesure de prouver la contre-partie, à savoir que tous les discours dont il n'est rapporté qu'un sommaire ont été réellement prononcés et font partie intégrante du récit. Or, quand on envisage soit un groupe soit un autre, on ne s'aperçoit pas qu'il y ait entre eux si grande différence. Les monologues d'Othon et de Vespasien sont en style indirect ' ; en sont-ils moins tous deux des fictions évidentes ? et le premier en est-il moins théâtral ? Le discours d'Antonius au conseil de guerre de Poetovio se termine en style direct^; cesse-t-il d'être utile à l'intelligence de ce qui va suivre? Le discours d'Eprius Marcellus, présenté en style indirect et sous forme certainement abrégée, expose les idées personnelles de Tacite, tout comme le grand discours de Galba tenu directement à Pison ^ Pourquoi, dans les deux cas poursuivant le même J)ut et faisant de son personnage un simple porte-parole, l'auteur a-t-il employé tour à tour deux procédés différents ? Pourquoi encore, de deux discours prononcés au

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