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2. Le caractère de proposition additionnelle donné aux ablatifs absolus ressort parfois du texte mcmo de Tacite, qui emploie à côté du participe l'adverbe super (= insnper) ou etiain. Ex. : II, 34 iaclis super ancoris (sans compter qu'on avait jeté des ancres) ; I, 22 urgenlibus eliam malhcinalicis (sans compter que les astrologues le poussaient). On peut sous-entendre insuper avec toutes les propositions participiales du môme genre : aucun autre mot n'en précise plus exactement la valeur. Nous lirons donc, dans les deux passages I, 46 et III. 4, comme s'il y avait : plerisque {insuper) respicientibus ; suaclente (^insuper) Cornelio Fusco,
par là certaines phrases, pour lesquelles on serait tenté de songer à une explication difTérente. Ainsi, quand devant les progrès de l'émeute soulevée par Otlion, les partisans de Galba, affolés, sont incapables de s'entendre sur aucun projet, Tacite écrit : Tiirbavere consilium Irepidi nuntu ac proximoriun di(Jïigia, \ lamjiientibus omnium stiidiis qui primo alacres fidem atque animum oslentaverant\ Trois motifs viennent rompre le dessein ; deux d'entre eux, l'alarme jetée par les porteurs de nouvelles et la dispersion de l'entourage du prince, servent de sujets au verbe principal. Le troisième est donné sous la forme participiale absolue. Est-ce pour fuir la symétrie? pour éviter la tournure languor studiorum omnium, avec deux génitifs dépendant l'un de l'autre ? Disons plutôt que Tacite croyait sa phrase fmie et que nous avons là une réflexion ajoutée, complémentaire. La traduction fera ressortir l'addition : « sans compter que les dispositions se refroidissaient chez tous ceux qui avaient commencé par étaler avec transport leur zèle et leur courage ». — Sur le champ de bataille de Bédriac on se livre à des manifestations d'allégresse, plus blessantes pour la nature humaine que les horreurs mêmes de la guerre : Aec minus inhumana pars viae, quam Cremonenses lauru rosaque constraverant, | exstructis altaribus caesisque victimis regium in morem. Ne rattachons pas exstructis altaribus à inhumana ; du moins, ne l'y rattachons qu'indirectement, et par l'intermédiaire de lauru constraverant. L'explication de la pensée est successive encore ; la proposition participiale apporte un complément à l'explication qu'a fournie la proposition relative : « Non moins révoltant était le spectacle d'une partie de la route ; les habitants de Crémone l'avaient jonchée
200 LES PROCÉDÉS d'aRT DANS LES HISTOIRES
de lauriers et de roses, sans compter les autels dressés, les victimes égorgées sur ces autels, comme on eût fait pour un despote'. »
Les conséquences du principe de succession vont désormais se dérouler pour la proposition participiale absolue, comme elles se sont déroulées déjà pour la proposition participiale se rapportant au sujet. Au substantif de la proposition absolue est assez souvent rattachée une proposition relative. Qu'après celle-ci se présente une nouvelle proposition participiale absolue, pour exprimer une nouvelle idée complémentaire qui a surgi en cours de route, que ce deuxième ablatif absolu lui-même entraîne à sa suite une deuxième proposition relative, et voilà la phrase qui, deux fois sur le point de tomber, se relève, repart, s'allonge toujours, sans qu'à vrai dire* on puisse en prévoir la fin. Elle pourrait continuer à s'accroître ainsi par adjonctions successives, de même qu'elle aurait pu cesser plus tôt. Elle n'a pas en ellemême son terme nécessaire, — à la différence de la période qui s'arrête quand on a fait le tour de l'idée, parce que le cercle est fermé. L'exemple suivant éclairera bien ce que j'avance : Quia naves saevitia hîemis prohibebantiir, viilfjus alimenta in dies mercari solitum, cui iina ex re publica annonae cura, clausum iittus, retineri commeatus dum timet, credebat, — | augentibus famam Vitellianis, qui studium partium nondum posuerant, — | ne victoribus quidem ingrato rumore, quorum cupiditates externis quoque bellis inexplebiles nuUa unquam civilis Victoria satiavit^. A deux reprises la phrase est finie: après credebat, après posuerant. Elle recommence pourtant, ou se prolonge, un peu essoufflée comme une personne qui, croyant toucher au but, est obligée plu-
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sieurs fois à un nouvel eOûrt, parce que le but recule sans cesse. La répétition de la conjonction et, en français, ne rendra pas mal cette idée d'un arrêt suivi dune nouvelle mise en marche : « ...e/les Vitelliens donnaient cours à ce bruit..., et ce bruit lui-même n'était pas désagréable aux vainqueurs... » Il y a dans une pareille structure quelque chose d'inorganique et comme d'invertébré, puisque l'on couperait à volonté un ou plusieurs tronçons sans atteindre la phrase dans ses parties vitales. Si le propre de la période, au contraire, est d'être un organisme, dont aucune partie ne peut être retranchée que tout l'ensemble n'en soulîre ou n'en périsse, on achèvera de saisir, par cette comparaison avec le monde animal, l'opposition foncière entre la méthode classique et celle de Tauleur des Histoires.
Il est évident que la persistance du type général n'exclut pas les variétés individuelles et que, la phrase une fois relancée par l'ablatif absolu, d'autres formes que , celle-là, et toutes sortes de conjonctions, pourront servir ensuite à exprimer et à joindre les idées ou circonstances complémentaires'. Tacite nous montre Othon poussé à s'emparer du pouvoir par les gens de son entourage immédiat, alTranchis et esclaves, auxquels il a donné sa confiance et qui réveillent en son âme de voluptueux le souvenir des jouissances néroniennes^. Les devins ayant joué un rôle également dans l'alfaire, les Vdici rattachés au groupe principal par le procédé habituel de la proposition absolue : urycntibas etiam mathe-
1 . Même chose pour la proposition participiale (ou adjective) se rapportant au sujet. Cf^JI, 92 Mania iinpcrii Caecina ac Valens obihanl,oUm anxii odiis, quac... prauilas amicoriim... aiixcrat, dum ainbilu... conlendunt comparanturquc, yarih in } tune au t illum ViteUii in-Unationibus.
LES PDOCtDliS D AHT DE TACITE.
'2ÔS Li;s l'uocÉDÉs d'aut dans les histoiues
inriticis, « sans compter que les astrologues exerçaient de leur côté une pression ». Mais les explications et réflexions qui suivent sont elles-mêmes rattachées à cet ablatif de uianières très variées : proposition avec dum au sens causal (dum. novos motas et clarum Otiioni annum nhservatione siderum affirmant), apposition {genus hoininum potentibus injidum, sperantibas fallax), proposition relative {(jiiod in civitate nostra et vetabitur semper et rettncbitur). D'autres foiâ' les propositions ajoutées seront concessives ou temporelles. Donec, en particulier, est une conjonction qui revient fréquemment ; comme elle marque un changement de situation, elle oflVe toute facilité pour introduire le fait ou le sentiment nouveau'. Mais, quelle que soit la diversité des attaches, ce qu'il faut bien voir, j'y insiste, c'est le mode de structure de ces phrases, partout semblable, toujours successif. Qu'on me permette d'analyser à ce point de vue un dernier exemj)le-. Quand Olhon partit pour la Haute Italie à la rencontre des troupes de Vilellius, pourquoi le peuple commença-t-ildès lors à ressentir les maux de la guerrcP C'est que les besoins de l'armée absorbaient tout l'argent, conversa in militnm iisum omni peciinia. Conséquence : le prix des vivres avait augmenté, inlentis alimentorum preliis. Cette augmentation était telle que le peuple soullrait plus qu'au temps de la révolte de Vindcx : fjaae'mota Vindicis haad perinde plebeni attriverant. El pourquoi le peuple avait-il alors moins souflert,*^ Parce que Rome était tranquille, la guerre se déroulant en dehors de l'Italie : secura tum iirbe et provinciali
i. 1, 35; ï, 82; II, 8; II, 8/1; III, 10; III, 78; III, Si elc.
3. Il n'y a aucune raison pour rapporter qiiae à bclli mala placé clans la proposition priiicipale cl beaucoup trop loin. L'anlécédeiit est aliincnluruin preliis qui précède immédiatement. Explication plus naturelle, et conforme à l'usage de Tacite, chez qui les idées se suivent, et non seulement se suivent, mais s'engendrent.