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LE STÏLi; •2(')-j
pis, une honteuse perversion morale. Beaucoup, dont le crédit est ruiné, que la paix angoisse, se réjouissent du désordre entrevit, trouvant leur sûreté parmi les hasards : turbatis rebas alacres et per incerta tiitissinn\ V(jilà le coup de pinceau qui achève. Et telle est la fa(;on générale de peindre : une série de touches rapides, alignées sur un même plan; puis soudain, une touche plus frappante, la dernière.
Pour être sûr de frapper davantage, Tacite fait coïncider d'ordinaire la phrase à effet avec la fin d'un paragraphe ou d'un chapitre. Très exceptionnellement la senlentia o\\\ve.\Q tahlcau". Sa vérilahle fonction est de le clore et sa place normale en réserve. Elle ne doit apparaître qu'à l'instant favorahle, quand on passe d'an développement à un autre, lorsqu'une pause intervient et que la suite des événements, suspendue, permet à l'esprit de se reprendre, de rélléchir, d'admirer. C'est alors qu'il convient d'apporter au lecteur une pensée de choix exprimée dans une forme -rare. Si l'ouvrage est produit en séance publique, c'est le moment de fixer l'attention de l'auditoire ; on l'arrête sur la chose ingénieusement et curieusement dite, et par la secousse inattendue on soulève ses applaudissements. N'oublions pas Tinlluence des recUationes sur notre auteur. Tacite n'a peut-être mis autant de sententiae au bas de ses chapitres que [pour mieux remporter le succès auprès de son public mondain.
Non moins fréquentes que les sententiae sont les vé- •ités générales, qui cherchent souvent, elles aussi, à être les traits brillants'. On les rencontre à la fin des cha-
2. \'oici une de ces eiceplions : I, ^7 Exacto per scelera die novisumuin malorum fuit laelilia, début du dévpioppement et du chapitre.
3. « Il est si plein de sentences, dit Monlaignc (Essais. III, 8), ju'il V en a à tort et à droit; c'est une pépinière de discours élliiques
268 LES PROCÉDÉS d'aKT DANS LES HISTOIRES
pitres. De grande? pens^'es sous forme de pclites phra-i -, le contraste plaît évidemment à Tacite; il en fait uic manière. On les rencontre plus encore dans les discoms les orateurs des Histoires parlent tous à grand rcnlort de maximes, Galba à Pison, Mucien à Vespasien, Tiiu^ à son père'. Le cas de Titus est particulièrement instructif. « iS'on, disait-il à Vespasien en faveur de Dmiiitien son frère, ni légions ni flottes ne sont d'aussi l'en us soutiens du pouvoir que le nombre des enfants; car le temps, la fortune, la passion, l'erreur refroidissent, diplacent, éteignent les amitiés. Le sang forme des lit us indissolubles, surtout entre les princes, dont la pro-[' rite profite aussi à d'autres, dont les disgrâces relumbent sur ceux qui les touchent de près. » Quel étraii:L> langage d'un fils à son père! Est-ce là de rinlimilc? Il est vrai qu'Auguste n'en avait guère, lui qui écrivait [«ar avance ce qu'il voulait dire à sa femme. Mais dan- le discours en question, on sent que Tacite le moralisle se tient derrière son personnage, et Titus parle peut-i'iie en Romain ami des sentences, mais surtout en bon él> ve qui répète une leçon.
Il n'est pas rare non plus qu'un fait particulier soit iénéralisé par les incises ut fit, utevenit, utsolet, utsunt miniim ingénia, more vulgi, ou quelque autre du nu ne genre. Exemples : En Germanie des soldats se sont iVvoltés contre l'empereur. Bientôt pas un n'ose demeurer fidèle à Galba; sed qiiod in seditionibiis accidit, un 'h pliires erant, omnes fuere'. — Les assiégés du Gapil 'ie, au lieu de se rallier à un chef, s'agitent en désordre; tous commandent, personne n'exécute. Est-ce le résultat du hasard? Non; c'est la conséquence habituelle d'une situation désespérée : « qiiod in perditis rébus acci'hi,
et politiques, pour la provision et ornement de ceux qui ticni il quelque rang au maniement du monde. »