‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 159 sur 177 · Exiijiliir... poclictis décor (Tac, Dinfoij · texte numérisé non relu

Exiijiliir... poclictis décor (Tac, Dinfoij

Tout n'était pas mauvais dans ce désir d'innover. D'abord, il y avait clTectivement du nouveau à dire. 11 y a toujours à dire du nouveau. L'esprit humain ne peut rester slationnaire. S'arrêter, pour lui ce serait mourir-. Chaque âge apj)orte de nouvelles nuances d'idées ou de sentiments ; il faut exprimer ces nuances. La pensée marche, la sensibilité se modifie; le style doit suivre. Tous les écrivains de l'Empire s'essayent dans cette voie. Seulement Tacite, plus. nerveux, vibro davantage; il sent d'une manière plus dramatique. La langue ordinaire est trop pauvre ou trop faible pour rendre le frémissement qu'il éprouve. Il la violente pour lui faire traduire sa passion. De là ses emprunts répétés aux poètes, à Virgile notamment, ses créations de mots généralement pleins, sonores, expressifs, ses emplois de termes anciens dans des acceptions nouvelles, ses alliances de mots, ses brusqueries de syntaxe.

Le désir du nouveau dans le style, c'est encore l'horreur du banal; et cette aversion est une des qualités essentielles de l'artiste. Certes le premier rang appartiendra toujours à l'invention de l'idée; mais après celle-ci ^ l'invention de la forme a, elle aussi, son mérite; et s'appliquer à trouver pour chaque idée, même ancienne, l'expression la plus neuve, énergique ou fine, saisissante ou ingénieuse, est une tâche digne de tenter bien des efforts. L'écueil est ici, quand la chose a déjà été dite en perfection, de vouloir la redire tout de même à sa façon et, quand il est impossible de faire mieux, de chercher à faire autrement. ÎNécessairement alors on rafline, on exagère ; on sort du naturel et du simple pour tomber dans le rare ou l'extraordinaire. Ne pouvant atteindre la nouveauté qui dure, on sarrète à la nouveauté qui surprend et, à défaut de l'invention vraie, on se contente de l'imprévu.

Cette préoccupation de la surprise, que nous avons iS

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constatée dans d'autres parties de son art, Tacite la porte l'i^^alement dans le style. Je ne dirai donc pas, connme on le dit volontiers, qu'il prend les substantil's abstraits au sens concret; car d'autres fois il prend les mots concrets dans un sens abstrait'. Je ne dirai pas non plus (|u'il prend .le verbe simple pour le composé; car d'aulies fois il prend le composé pour le simple". Sa règle semble être de n'en point avoir; ou, si l'on veut, ce qu'il aime, c'est de substituer à l'expression courante, attendue, celle qui « ne s'allend point du tout ».

De même pour l'arrangement des mots dans la proposition. On est frappé à quel point Tordre classique est bousculé, rompu. Assez souvent l'on s'explique que le verbe, au lieu d'(Mre réservé pour la fin, ait été jeté en tête : il y avait un eflct à rendre et il fallait concentrer la lumière sur le mot essentiel. Dans l'une de ces deux phrases : agebalur hue illac Galba, vario turbae flactiiantis impalsii... ou torpebal V itellius . . .'^ , déplacez le verbe, l'elfet disparaît. ' Mais parfois aussi le verbe reste à la première place dans le récit, et l'on n'aperçoit à cela d'autre raison que le désir, le seul désir, de briser l'ancien moule. Quand d'autre part le verbe est à la fin, il semble y avoir été mis avec une intention spéciale. Exemple: Occulta fatiet osleniis ac responsis destinatuin Vespasiano Uberisque eius imperium... post fortunain credidimus'* . Si les points de suspension ne sont pas dans le texte, la pause qu'ils indiquent est conforme à la pensée du passage. Je traduis : « Qu'un destin secret, révélé par des prodiges, eût destiné l'empire ù

1. Servitia pour servi \, 82 et III, 81; exsilia pour exsuies I, 2 etc.. ; mais aussi gaudcntium pour gaudii I, li ; exsuie pour exsilio I, 10, etc.

2. Propinquare pour appropinquare II, 18; mais aussi approbare pour probare I, 3, etc.

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