‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 166 sur 177 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Concluons brièvement sur l'art des Histoires. 11 y a un côté par où Tacite se rattache à son époque, c'est le ^ moins bon. Il y en a un autre — excellent — , par oii il la dépasse. A ses imitations, à ses emprunts il a ajouté son génie. Par son génie il se débarrasse de plus ( n plus des influences; il quille l'éloquence pour rentrer dans la poésie, et s'élève au-dessus de l'artifice pour atteindre au grand art.

Quintilien déclarait que l'éloquence et l'histoire sont choses distinctes, que la plupart des qualités de l'une deviennent chez l'autre des défauts, que leurs procédés diflèrent et même les principes sur lesquels elles reposent, l'historien écrivant pour raconter et non pour prouver', ce qui revient à dire que, si l'orateur vise à la vraisemblance, l'historien doit poursuivre la seule vérité. Rien de plus juste que ces réflexions. Mais à Rome, il était difficile qu'il n'y eût pas confusion entre l'éloquence et l'histoire. Les historiens, tous partis de l'étude et de la pratique de l'éloquence, ne pouvaient modifier leur manière de la veille et appliquaient nécessairement au nouveau genre leurs habitudes d'orateurs. Comme d'autre part, même à l'époque républicaine, éloquence et rhétorique avaient toujours tendu à se confondre, et que sous TEmpire l'éloquence avait bel et bien fini par n'être plus que la rhétorique, on voit le résultat : c'était la rhétorique introduite ou même versée dans l'histoire.

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