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32 LES rnocicDÉs d'aiii dans lks histoires
avec le mécanisme des forces matérielles en action. Le tableau atteint davantage tout un ordre de causés intérieures, les forces morales ; il permet mieux de descendre au fond des âmes et d\' saisir ces inclinations, ces humeurs, « ces secrètes dispositions » des peuples ou des individus « qui préparent les grands changements »*. Ce n'est plus alors comme peintre de l'extérieur des choses que Tacite aime à recourir aux tableaux ; c'est comme passionné de l'analyse psychologique ou, si l'on veut, comme moraliste, qu'il les préfère aux récits.
Seulement ce tableau du monde romain a-t-il été placé à la date la plus convenable ? Remarquez que le moment choisi n'est pas la proclamation de Galba comme empereur par la 6" légion d'Espagne au début d'avril 68, ni même la mort de Néron qui eut lieu le 9 juin suivant, mais bien l'entrée en charge de Galba comme consul, avec Titus Vinius pour collègue, au i" janvier de l'an 69 : initium mihi operis Servias Galba iterum Titus Vinius consules erunt'. De là quelque embarras pour le lecteur, peut-être quelque obscurité. Rien proprement ne nous est raconté de ce qui s'est passé pendant les sept ou huit mois qui précèdent le consulat de Galba ; mais il y est fait allusion, et ces allusions, toutes seules, ne sont pas assez claires. Par exemple, les prétoriens ont trahi Néron sous une pression étrangère (^arte et impu/su^). Nous devinons que ces machinations sont l'œuvre de Nymphidius Sabinus, préfet du prétoire ; mais en quoi ont-elles consisté? U nous faut aller l'apprendre chez Plutarque. Tacite parle également d'une autre tentative de Nymphidius, dirigée celle-ci contre Galba ; il se contente de la rappeler en termes vagues, la supposant connue. De même encore il dit, sans pré-
I. Bossuct, Disc, sur Vlltst. Univ., III, 2. — 2. Hist,, I, t. 3. Hist., 1, 5.
ciser, que des milliers de soldais de marine furent massacrés par l'empereur à son entrée dans Rome. Celle affaire du pont Milvius, assez grave « pour avoir rempli d'horreur jusqu'aux meurtriers * », aurait gagné en netteté, si un récit accompagnant le tableau nous avait renseignés sur les revendications de ces malheureux. Bien plus. Tacite lui-même semble avoir été gêné par la façon donl 11 a [irocédé. 11 ne mentionne qu'au chapitre 20, après radoption de Pison, les mesures que prit Galba, dans la délresse financière du gouvernement, pour ramener un peu d'argent au trésor vidé jiar les prodigalités de Néron. Ces mesures remontaient à une date antérieure. Galba n'avait pas attendu d'avoir adopté Pison, lie 10 janvier 69, pour parer à une nécessité aussi urgente. C'est dès les premiers temps de son arrivée à Rome qu'il avait songé à faire rendre gorge à la bande d'histrions et d'athlètes enrichie par son prédécesseur. L'auteur, qui ne peut se dispenser d'indiquer ce détail, est obligé, n'ayant pas eu l'occasion de le raconter plus tôt, de le raconter maintenant; mais c'est trop tard ; le détail n'est plus à sa place. Il a l'air, de nous donner, comme étant de l'année 69, un événement qui appartient en réalité à Tannée 68, et c'est alors plus qu'un défaut de clarté : la chronologie a reçu une atteinte -.
La méthode de facile a donc des inconvénients. Pourquoi l'a-t-il suivie ? Uniquement par esprit de tradition, afin de faire comme ses devanciers. Il a voulu