I. Hist., I
3. La preuve que l'ordre de remboursement signifié aux anciens favoris de Néron est antérieur au 10 janvier Gg, c'est que, Galba ayant été tué le i5 du même mois, il est matériellement impossible de faire tenir en l'espace do quatre jours, entre l'adoption de Pison et la mort du prince, toutes les circonstances qui accompagnèrent la restitution et dont Tacite lui-même énumcre la plupart {^Hist., 1, 20).
04 LES rilOCEDES D A HT DA^iS I.F.S IIISTOIUES
commencer son ouvrage au i" janvier 69, et non à telle autre date, parce que la coutume s'était imposée aux hisloricns, dès l'origine, de raconter les événements aimée par année'. Quelle étrange chose que ce soient ces rudes écrivains du temps des luttes contre Ilannibal, auxquels Cicéron reprochait justement leur manque d'éloquence, c'est-à-dire leur peu de mérite littéraire, qui aient fait accepter à des artistes, comme Tile-Live et Tacite, une imperfection littéraire dont le point de départ se trouvait dans les grossières annales des Pontifes ! Telle était cependant sur l'esprit romain la puissance de la tradition. Quand le chef de la religion eut suspendu, le premier jour de Tannée, à la porte de sa demeure, une table blanche pour y inscrire ce qui se passerait dans les douze mois suivants, la règle annalislique fut fixée ; elle devait durer jusqu'au moment où Suétone remplaça la grande histoire par le genre biographique. En particulier Tacite, esprit conservateur, respectueux du mos maiorum, a refusé de s'en afl'ranchir ; malgré la différence des temps, malgré les j)ro- ^grès de l'art, malgré les vices de celle ordonnance, annaliste il reste dans les Histoires par la distribution du récit', annaliste il restera jusqu'à la fin de sa
1. Cf. Fabia, La règle (innalisllfjue, clans le Journal cIps Savants (juillet 1900, p. li'6S et siiiv.j. M. Fabia ne croit pas que la n'gle exigeât « nécessairement que le point initial fiU un début d année » (Reo. des Et. Ane, igor, t. 3, p. 5o, en note). Mais l'exemple des Annales qui s'ouvrent « à la mort d'Auguste, au milieu d'iuio année » (aoiU 1/4 ap. J. ('.), n'est pas un exemple probant On n'aurait guère compris qu'une histoire des successeurs dWuguste ne commonràt point avec le début môme de cette succession, c'est-à-dire au moment où disparaissaii le fondateur de l'Kmpire.
2. lacile n'a pu s'cmpéclicr cependant de violer la règle annalistique par endroits. La plus gro-se infraction se trouve aux chapitres la et suiv. du livre IV. Car c'est alors seulement, quand il est arrivé au début de l'aimée 70, qu'il raconte la révolte des Balav(!s. Or celle révolte avait éclaté auparavant. Il est donc obligé de reprendre les choses de plus haut (/</ bclUim... vllius cxpediam), et
(arrière'. Mais l'iiuonvénicnt une fois noté, il faut reoniiaîlre qu'il a su ralténuer dans la mesure du possible. Les allusions aux faits écoulés depuis le 9 juin 68 ?ont insuffisantes ; elles valent toujours mieux que l'ignorance totale de ces faits, où nous aurait laissés le récit commençant au i*"" janvier G9, sans avoir été précédé d'une vue d'ensemble-. Tacite, en nous donnant ce tableau, a été bien inspiré.
\e doit-il Finspiration qu'à lui-même, ou la doit-il à autrui.'^ 11 semble que l'on saisisse assez bien d'où elle lui est venue. Salluste y a sans doute contribué pour une part. C'était alors le plus grand nom de l'époque en histoire, un plus grand nom queTite-Live. Primas roinana Crispas in hisloria, proclamait Martial dans une épigramme \ et Quintilien dans son InstitaLion oratoire :
de remonter dans l'année 6g jusqu'aux événements qui se sont passés avant la bataille de Crémone Sans doute il n'aura pas ^oulu morcrlcr son récit, et nous ne saurions l'en blâmer. Mais on voit comljien la régie était fâcheuse et gênante.
1. Dans les An/ia/fs, tout en gémissant d'avoir à observer la règle, il n'ose pas la rejeter une bonne fois : « jVj mihi dcstinalnin forel suum r/iweqiic in annuiii referre, avebat animas anleire sta Unique meniorare... » (.inn., l\, ■^i). 11 l'observe pourtant avec plus de liberté et de souplesse.
2. Pour Mommsen {Hermès. IV, p. 3oi), les Histoires sont simplement la continuation du récit d'un autre auteur allant jusqu'à la fin de l'année (J8. Tacil(" devait donc supposer coimus du lecteur les faits antérieurs au i"""" jan\ier 6g et pouvait se contenter de les rappeler par allusions. Mais s'il a manqué à ce point de composition et d'art, qu'il n'ait voulu écrire qu une suite, on ne s'explique pas pourquoi il n'a pas commencé tout bonnement son ouvrage au cliapitre 12; il n'avait aucun besoin de rappeler, même par allusions, les événements de 68. Son tableau des chapitres 4-'i devient parfaitement inutile. Au contraire, il l'estime nécessaire {repelcndum videtur^; il l'ouvre avec une certaine solennité (antequam deslinata componam). 11 a évidemment la prétention que son histoire se suffise à elle-même.