‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 3 sur 177 · Pline, Ep., I, i · texte numérisé non relu

Pline, Ep., I, i

INTRODUCTION XIII

de ses ouvrages ; sur-le-champ il pénètre clans l'awditorinm pour venir écouter, lui aussi, et applaudir le lecteur. De tout ce que nous savons, il n'est pas exagéré de conclure que la lilléiature de l'Empire presque entière a été une littérature de lectures publiques.

Facite aurait-il donc, un des rares, échappé à la mode? Sa \ie cVAgricola est une preuve que la mode l'a saisi, comme les autres'. L'on peut déjà présumer qu'il ne s'en est pas tenu à cette seule expérience et qu'il l'a renouvelée pour les Histoires. Mais la présomption, grùce aux lettres de Pline, approche de la certitude» D'abord ces lettres confirment que l'habitude était générale, au début du second siècle, de produire dans les lectures les ouvrages d histoire". Puis, si elles ne disent pas formellement que les Histoires de Tacite furent soumises au jugement de ce tribunal mondain, elles le donnent à entendre, et voici de quelle façon :

D'après les calculs de Mommsen^ la correspondance s'étend de l'an 97 aux années 108 ou 109. Or, jusqu'en 106, elle ig^nore les Histoires; le silence sur elles est complet*. Ou bien Tacite ne

I . Cet opuscule de genre acafdémique était tout indiqué pour figurer au programme des séances de lectures. Nous savons en eflet par Pline {Ep., \1II, 12, 5), qu'on y lisait l'éloge des victimes do Domilien. Ur, Agricoln n'était peut-être pas mort empoisonné par le tyran (Tacite rapporte le jDriiit au ch. ^3 de sa biographie, sans le prendre à son compte); mais il était mort pour le moins suspect et en disgrâce.

a. Pline, Ep.. VII, i-, 4 : horuin recilalio usn inin recepla est.

3. Etude sur Pline le Jeune (trad. Morel, lO"^ fascicule de la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Éludes), p. 7-2^.

li. Ibid., p. 81 82.

INTUODUCTION

s'était pas mis à l'œuvre tout de suite après la publiculion de ÏAfjricoh en 98, ou si (ce qui est plus vraisemblable) il s'y était mis, il n'avait encore rien publié, memhranis intus positis. Il est difTicile de croire que, le travail une fois entrepris, Pline n'^en ait pas eu connaissance, cet ami très cber, doublé d'un littérateur toujours aux aguets ; mais, évidemment, Tacite ne lui avait montré aucun de ses essais. Telle était la situation, lorsque brusquement, dans une lettre de 106, il est question des Histoires, et Pline aussitôt prend le ton de l'enthousiasme ; du premier coup il célèbre en elles un ouvrage « assuré dé l'éternité »*. Comment expliquer cette chaleur soudaine d'admiration, sinon par le succès extraordinaire qu'elles venaient d'obtenir? Dirons-nous que l'admiration est de complaisance et que Pline grossit les éloges par Teffel de l'amitié? Non; car peu après il demande instamment à Tacite de ne pas oublier, dans le récit de l'année gS, le procès deBaebius Massa, uniquement parce qu'ayant joué à cette occasion un rôle <( digne, selon lui, des anciens^ », il tient à ce que son nom ligure dans des histoires « qui seront immortelles » '. Comme le remarque M. Fabia', sa vanité nous est le meilleui- garant de sa parfaite sincérité. Seulement M. Fabia ne veut voir dans ce témoignage que « l'expression dune opinion personnelle » . La vanité même de Pline me prouve

I. Pline, Ep., VI, 16, 2 scriptorum luorun aeternilas. — 2. El'., VII, 33, 9. — 3. Ep., VII, 33, i et suiv.

4. Fabia, Les ouvrages de Tacile réussirenl-ils auprès îles contemporains?, dans la Revue de Philologie, 1895, p. 2-3.

INTRODUCTION

le contraire; pour se risquer avec autant d'assurance, il fallait qu'elle fût appuyée par l'admiration générale. La vanité dépend tout entière de l'opinion d'autrui. Etre seul de son sentiment peut convenir àlorgueilleux, qui se suffit à lui-même, non point au vaniteux, qui a besoin de l'approbation du public. La conduite de Pline, les termes dont il se sert à l'adresse de Tacite, tout me paraît signifier le succès, un grand succès.

Mais pourquoi n'aurait-ce pas été un succès de librairie.^ En loC, date de la première lettre qui nous parle des Histoires, l'ouvrage était loin d'être acbevé : Pline est sollicité alors de fournir des renseignements sur l'éruption du Vésuve de l'an 79 et la mort de son oncle Pline l'Ancien qui périt dans la catastrophe'. Tacite, dont l'intention est de conduire son récit jusqu'à l'avènement de Nerva (19 septembre 96),. n'est donc pas encore arrivé à la moitié de son entreprise. Assurément, sans attendre d'avoir fini, ii aurait pu livrer par fragments son travail au libraire et, sinon par livres détachés (ce qu'il n'a certainement pas fait, puisqu'on 106 rien n'avait encore paru), au moins par groupes de Uvres (le règne de Vespasien, qui était peut-être terminé à ce moment ^ se prêtait fort bien à une publication séparée). Ce qui s'oppose à cette hypothèse, c'est que la diffusion d'un ouvrage par la copie manus-

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