Hisi., I, II
54 LES l'UOCÉDÉS d'aIIT PANS LES IIISTOJUES
On dit communément que les provinces ne furent jamais plus heureuses qu'aux deux premiers siècles de TEmpire, et dans l'ensemble on n"a pas tort de le dire. Sauf exceptions, elles jouirent alors d'une paix et d'une prospérité qu'elles n'avaient guère connues sous la République, Un méchant prince comme Tibère était un excellent administrateur. Les folies mêmes d'un Caligula ne pesaient que sur son entourage : saevi proximis infjrmint^. L'empire n'étant pas encore centralisé, chaque partie vivait un peu de sa vie propre. Rome soulVrait; le reste du monde n'avait pas trop à se plaindre.
D'oiJ vient donc qu'on ne put supporter le pouvoir de Néron? Néron avait-il été plus criminel que ses prédécesseurs? Il avait été surtout plus maladroit. Remarquez que c'est de l'Occident que partit la révolte et, en Occident, de la Gaule. Les peuples d'Occident étaient moralement très supérieurs à ces flatteurs obséquieux et bas qu'étaient les Orientaux. Ils aimaient la tenue, le respect de soi-même et de son rang. Or, Néron, artiste d'une vanité énorme, très fier de ses talents de chanteur, n'avait pas craint de monter sur un théâtre et de prostituer sa personne en la donnant en spectacle. Bien plus, peu satisfait des succès recueillis dans sa capitale auprès d'un public qu'il méprisait comme lourd et grossier, avide d'être apprécié par de plus fins connaisseurs, il avait entrepris des voyages dans l'Italie du Sud et en Achaïe, véritables « tournées » de comédien. Dans les pays grecs il fut acclamé. En Gaule, où beaucoup d'habitants, devenus citoyens romains, avaient l'orgueil de leur nouveau titre, on jugea qu'il se déshonorait, et l'on rougit d'avoir pour empereur un histrion.
Au scandale de ces exhibitions scéniques s'ajouta dans