‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 36 sur 177 · I. Hlst , r · texte numérisé non relu

I. Hlst , r

0'» LES PROCEDES D VIVT DANS LES IIISTOmr.S

les portraits d'Olhon et de Pison qui s'y inlercalont sont mis là, non point pour eux-mêmes, mais afin de justifier la décision de (jalba. C'est la peinture d'une situation; c'est un tout compose, un tableau. — L'adoption a lieu. De nouveau grande scène'. Il est à prévoir,, si notre remarque aniérieure est exacte, que Tacite se sera attaché à la décrire avec beaucoup plus de soin que n'aura fait l'auteur grec. Est-ce bien ce que nous constatons ? Chez Tacite la scène, comme en un triptyque, se déroule sur trois panneaux : à gauche la cérémonie du Palatium, au centre la j)résentation de Pison aux cohortes préto riennes, à droite la présentation au sénat. Ajoutez dos harangues, intercalées ici comme tout à l'heure l'étaient les portraits, tantôt développées et tantôt seulement résumées, mais dans le même dessein: elles ont pour objet de compléter l'étude de la situation ou l'analyse des âmes. Et Plularque ? Il réduit cette vaste Iresque aux dimensions d'une toile d'alelier ; plus rien ni de la scène du Palatium, ni de la scène du sénat. Il n'a gardé que la présentation au camp, l'acte essentiel, il est vrai, puisque à cette heure tout dépend des soldats ; mais là même, au lieu d'insister comme Tacite sur la déplorable impression causée par le discours de l'empereur, il retombe dans ses détails habituels de chroniqueur et d'anecdotier ; il note surtout les éclairs accompagnés de tonnerre qui interrompent le discours, et la grosse pluie qui vient subitement envelopper la ville de ténèbres'. Je laisse à poursuivre l'expérience, qui presque toujours sera concluante. Mais je veux retenir un dernier exemple, particulièrement instructif; car ce n'est plus dans des chapitres distincts, c'est dans un même passage à présent, qu'apparaissent réunies les dillerences de procédés des deux auteurs, et c'est d'un seul coup

t. Hist., I, li-ig. — 2. Plut., Galb., aS.

que vont sauter aux yeux le fort et le faible de Tacite '. — Les soldats d'Othon ont été vaincus à Bédriac par Tarmée de Vitellius. Marins Celsus, un de leurs généraux, rentré au camp pendant la nuit, assemble le lendemain les princi{)aux olliciers et leur expose son opinion : « la partie est perdue ; tenter de nouveau la chance ne servirait qu'à faire inutilement un plus grand nombre de victimes ; demandons la paix. » Le conseil parait sage ; on envoie une ambassade auprès de Gécina et de Valens, les deux vainqueurs, pour traiter de la reddition. Sur ces entrefaites, le frère d'Othon, Titianus, se ravise. Regrettant d'avoir consenti à négocier, il installe des soldats sur les remparts et organise la résistance. Mais Gécina, qui a bien accueilli les parlementaires et revient avec eux, ne s'est pas plus tôt avancé près du camp, à cheval, la main tendue en signe de réconciliation, que tous déposent les armes, le saluent du haut des murailles, ouvrent les portes et se rangent à son parti. Auprès de ce récit plein de choses, « celui de Tacite, dit M. Fabia -, est bien sec ; cette arrivée de Gécina et ce geste de clémence sont autrement expressifs » que la pauvre phrase correspondante de l'auteur latin : mox remissa legatione patait valluni. Pourquoi Tacite a-t-il abrégé la narration, au point de la vider de toute substance ? Je ne crois pas, comme M. Fabia, « qu'il ait hâte d'en venir à un événement plus considérable, le suicide d'Othon ». Il n'est pas nécessaire de chercher si loin. Il a hàle en effet de quitter le récit, mais simplement parce que c'est un récit, et qu'un tableau, immédiatement après, l'attend et l'appelle. Ge qui l'intéresse, ce ne sont pas les incidents de l'ambassade ou les détails de la capitulation (aussi les a-t-il

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