Fabia, Sources de Tacite, p
LES PBOCtDtS d'art DE TACITE.
66 LES PROCÉDÉS d'aKT DANS LES HISTOIRES
passés sous silence) ; c'est la scène qui suit, la réconciliation entre vainqueurs et vaincus, avec Télude morale dont elle est roccasion et l'effet pathétique qu'elle amène. Lui si rapide tout à l'heure, si court, disons même si insuffisant, s'arrête maintenant ; et sans doute il ne devient pas prolixe — ce défaut n'est jamais à craindre — , néanmoins il prend son temps pour décrire l'émotion générale. « Othoniens et Yitelliens fondaient en larmes, maudissant, au milieu de leur joie douloureuse, les calamités de la guerre civile. Confondus dans les mêmes tentes, ils pansaient les blessures, celui-ci d'un frère, celui-là d'un parent. Combien incertains pour eux espoirs, récompenses I Combien assurés les funérailles et le deuil ! Personne n'avait assez échappe' au malheur pour n'avoir pas à déplorer quelque mort ' . >; A l'inverse, Plutarque sur ce point a perdu toute son abondance : « Ce furent des embrassements mutuels, de grandes démonstrations d'amitié, se contente-t-il de dire ; après quoi, ils prêtèrent serment aux Vitelliens^ » Le tableau est escamoté. — Je ne connais pas d'autre passage où éclatent mieux la manière de faire de chacun et les préférences de Tacite.
D'où vient donc, je ne dis pas cette répugnance pour le récit, mais tout au moins cette subordination du récit au tableau ?
Pour se plaire au récit, il aurait fallu que Tacite eût davantage le goût de l'exactitude scrupuleuse : il ne Ta pas assez. Je ne veux rien exagérer. Il aime la vérité ; il désire la connaître et prend de la peine pour l'atteindre, plus de peine parfois qu'on ne lui en suppose ; il ne l'aime pas au point de lui tout sacrifier, même l'effet