‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 41 sur 177 · Plut., Galb · texte numérisé non relu

Plut., Galb

7t) LES l>HOCÉDI-S d'art DANS LES HISTOIRES

que Olhon se fut emparé du pouvoir, la ville trembla, selon Tacite', au souvenir de ses anciennes mœurs: on craignait un nouveau Néron, et peut-être quelque chose de pire. Eh bien! Qu'il eût cll'cctivcmcnt tâché, avant son règne, d'être le plus fastueux des jeunes gens à la mode et cherché à rappeler, à égaler, à surpasser même Néron, c'est ce qu'une simple anecdote du biographe suHit à prouver". L'empereur, le recevant à sa table, l'avait un jour parfumé d'une essence rare; mais il s'était borné à l'arroser légèrement, car elle coûtait très cher. Le lendemain Othon donnait à souper: « Dès que Néron fut entré dans la salle, de tous côtés s'ouvrirent des tuyaux d'or et d'argent qui lancèrent à profusion, comme ils eussent fait une eau ordinaire, le précieux parfum de la veille, au point que les convives en furent tout mouillés. » Ce petit fait en dit long sur les folies du prodigue. Il explique les sentiments de la population honnête à son endroit : le passé permettait de tout craindre pour l'avenir. — Quoique Galba ait été renversé en fin de compte par la trahison d'Othon et des prétoriens, c'est de l'armée de Germanie qu'avait d'abord paru venir le danger. Or là-bas, « pendant un spectacle, les tribuns et les centurions offraient, selon la coutume romaine, des vœux pour la prospérité de l'empereur. Les soldats, à ce moment, se mirent à murmurer, et comme les officiers ordonnaient la continualion des prières, tous s'écrièrent : S'il en est digne^ ». Anecdote encore, mais qui, elle aussi, nous instruit. Plutarque a eu raison de la rapporter. Nous sommes fixés dès maintenant sur l'indiscipline des légions et le peu de prestige que Galba avait conservé auprès d'elles.

La théorie du « fait éclatant », seul digne de l'his-

s. Tac, Hist., l, 5o. — 2. Plut., Galb., 19. — 3. Ibid., 18.

LES RECITS qn

loire, empêchait donc le plus souvent Tacite d'accueillir le petit fait, même caractéristique. Pour éliminer celuici, il recourt à trois procédés différents. Ou il supprime le détail qui ne lui paraît pas indispensable ; ou il se contente d'une allusion à l'anecdote récréative, même à l'anecdote utile ; ou il corrige le trait vulgaire et grossier, en le recouvrant d'une phrase vague qui le généralise, le transforme et l'ennoblit.

A deux reprises il nous parle, dans les premiers chapitres des Histoires, de l'avarice de Galba'. Il en parle à cause des conséquences qui en découlèrent et dont Galba lui-même fut victime, puisque c'est en refusant le a don de joyeux avènement » que le nouveau prince s'aliéna les prétoriens et les tourna vers Othon. Quant à raconter de menus incidents, grâce auxquels cependant nous aurions touché du doigt l'habitude invétérée, le vice qui tient l'homme dans les moelles et marque ses moindres actions, c'était descendre trop bas; Tacite s'y est refusé. Il aurait eu honte de rappeler que Galba, à son départ d'Espagne, ayant reçu en présent une couronne d'or de quinze livres, s'empressa de la fondre et réclama les trois onces qui manquaient au poids, ou que, pour récompenser un intendant de son zèle exemplaire, l'empereur ne trouva rien de mieux que de lui offrir un petit plat de légumes. Il laisse à Suétone le soin de cueillir ces traits au passage". — Après la bataille de Bédriac, tandis qu'Othon perdait courage au quartier général de Brixellum, un soldat tirant son épée se tua à ses pieds. Pourquoi cet acte singul^r.^ Et que voulait le soldat;' Témoigner en sa personne le dévouement de l'armée à son chef.-^ Prouver qu'il n'était point un lâche, ayant été soupçonné par ceux auxquels il annonçait le désastre de s'être enfui du combat? Plutarque donne

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