‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 49 sur 177 · I. Fabia, Journal des Savants, igoS, p. /JSS · texte numérisé non relu

I. Fabia, Journal des Savants, igoS, p. /JSS

donner de Tair. Il y a en lui un goùl sincère pour le u, qui n'a pu, par suite des liabiludes contractées, er jusqu'à l'ardente passion, mais dont il est juste de

tenir compte, cl qui demeure assez vif pour avoir mis rfois sa nature aux prises avec son éducation. Il fanait donc mentionner, si c'en était le lieu, les cllorts r lesquels il a essayé de s'approcher de la vérité, ses dierches personnelles dont témoignent les curieuses ^re^sions introduites sur des sujets très divers, son inpendance vis-à-vis de ses sources, la façon dont il les îCute ou les contrôle l'une par l'autre, l'excellente page critique qu'il sait écrire au besoin'... Mais je dépas- Irais les limites du plan que je me suis assigné, et la estion a déjà été traitée. Les pages de Gaston Bois- ;r, malgré certaines réserves que suggèrent les obsertions de M. Fabia-, n'ont rien perdu dans l'ensemble

leur valeur.

i. Tac, Hist., II, o~. Il s'agit des velléilés que les deux armées

3thon et de ^ ilcllius auraient eues de mettre fin à la guerre par

accord et de réserver l'empire au plus digne. Tacite démon-

qn'on ne peut les admettre, pas plus de la part des soldats que

colle des généraux. — Voir encore II, loi, son opinion sur les

îtoriens dos Flavicns, qu'il juge en toute indépendance et avec

and bon sens, ou V, 6, la discussion qu'il institue sur la Mer

orU\ et le biliime qu'on y recueille

2. Fabia, dans \e Journal des Savants, igoS, p. liÔ2 et suiv.. 2 et suiv. Ces deux articles essaient de justifier les idées déjà posées dans les Sources de Tacite. — Gaston Boissier a peut-être 5p abondé dans son sens, en voulant défendre Tacite à tout prix : faut savoir reconnaître les points faibles de l'bistorien. M. Fabia t l'excitateur salutaire qui secoue la tranquillité des opinions iennes, éveille le doute, contraint cbacun de peser à nouveau litres lie ses admirations et de s'assurer qu'ils sont toujours ellement valables. Mais au rebours, il va trop loin de son côté, sa défiance ne s'arrête plus en chemin. Deux exemples : i» Tate dit II, 87, invenio apud rjuosdani auclores, ou III, 29, inter •mes auclores constat. Chacun est tenté de croire qu'il a comparé itrc eux plusieurs de ses devanciers et qu'il s'appuie sur leur itorilé collective. Selon M. Fabia omnes équivaut simplement à ^ux (Sources de Tacite, p. 21g, n. i) et quosdam n'équivaut

94 LES PUOCÉDÉS d'art DANS LES HISTOIRES

Il faudrait aussi tenir compte de ce que les Histoire sont le premier grand ouvrage de Tacite, un ouvrag de transition (j'y insiste) entre les deux formes succès sives de son activité, et qu'elles participent de l'élo quence beaucoup plus que ne feront les Annales, oi l'auteur, s'élant émancipé davantage, marquera un pro grès dans le sens historique. Une preuve intéressant* de cette évolution est fournie par le récit des amours d| Néron et de Poppée. Du rôle qu'y a joué Olhon, le. Histoires et les Annales ont toutes deux l'occasion dii parler, mais elles en donnent des versions très difféf rentes. Dans les Histoires^ Olhon est un simple prête! nom, un épouseur complaisant et fictif. Néron, qui n'os« encore, par un reste d'égard pour sa femme Octavie| installer chez lui au Palatin la belle Poppée dont il esj éperdûment épris, l'a mise en garde chez le « confident de ses débauches ». A ce jeu dangereux, il arrive C( ce qu'on pouvait aisément prévoir. Olhon prend flamme lui aussi, et bientôt abuse de son dépôt. L'empereur qu s'en aperçoit, exile en Lusitanie l'ami déloyal honori specie, avec le titre de gouverneur. — Cela, c'est

qu'à un : ce pluriel serait en réalité un singulier, pluriel empha tique destiné à donner le change (ibid., p. 217, et déjà p. 64 n. i cf. aussi p. 287). M. Fabia a-t-il au moins de ces singulières équivalences quelque preuve décisive? Il parle de «possibilités», d( « vraisemblances ». Cela ne sulTit pas pour rejeter la parole de rhisloricn. — 2" Introduisant une digression sur le culte d( Sérapis(IV, 83-84), Tacilc commence par ces mots: ()rigo,Je nondum nostrls auctoribus celebrala. Aegyplioruin anlistites sic mémo rart<...«Ilne faut pas, dit M. Fabia(Stu(/'ces, p. 2 44), prendre àlalettn son afTirmallun ; elle signifie seulement qu'aucun auteur latin n'; encore raconté la chose en détail, comme il va le faire ». Pourquo cette restriction la chose en détail? Un auteur latin l'a donc déj,racontée en gros ? J'aime mieux, faute de preuves du contraire, er croire Tacite « à la lettre », et admettre que ses renseignements lu viennent, par voieoraleou écrite, des prêtres égyptiens eux-mêmes J M. Fabia l'admet d'ailleurs deux pages plus loin (p. 246 et la note 2) I. IJisl.^i, i3.

LES RECITS 9i>

version romanesque, piquante et invraisemblable. Comment rséron a-t-il pu commettre l'imprudence que lui prête le Tacite des Histoires et, connaissant son ami pour ce qu'il est, lui confier sa maîtresse? Dans les Annales le récit est tout autre. Othon, brillant séducteur, a enlevé Poppée à son mari Grispinus et Ta épousée réellement, pour son compte. Soit indiscrétion d'amoureux, soit manœuvre d'ambitieux afin d'exciter les désirs du prince, il ne cesse de lui vanter les grâces et les charmes de sa femme. Néron par curiosité demande à la voir; il se prend aussitôt pour elle d'une folle passion. Dès lors il n'a plus qu'une pensée, se débarrasser du mari devenu gênant, et il envoie Othon dans une province reculée en le comblant d'honneurs. Voilà, au lieu du roman, la vérité de la vie'.

C'est de ce côté que marchera Tacite, à mesure qu'il secouera davantage le joug des habitudes d'autrefois et les influences du milieu. Ne dira-t-il pas encore dans les Annales'-, au sujet d'une légende aussi absurde que dramatique qui avait couru sur la mort de Drusus (Tibère aurait lui-même empoisonné son fils) : « Je supplie tous ceux qui me liront de ne pas préférer des inventions romanesques, incroyables bien qu'avidement crues, à des faits réels et que n'a point altérés l'amour du merveilleux » P II s'engagera donc à ne se

1. Ann., XIII, l\D-li6. — M. Fabia (Sources, p. 390-892; Rev. de Phil.. i8g(3, p. 17-18 et Journ. des Sav., 1908, p. ^61) explique aiitrcnient celte divergence des Histoires et des Annales. Il n'y aurait eu. de la part de Tacite, aucune intention de se corriger en étant plus vrai, donc aucun progrès dans sa manière. La divergence tiendrait à ce que l'auteur, ayant eu sous les yeux pour les Annales une source nouvelle, aurait copié bonnement celle-ci, avec la version dillérente qu'elle contenait. C'est toujours la même thèse, que Tacite s'est laissé « absorber » par la source principale où il puise, toujours le même principe qu'il n'est guère qu'un simple copiste, qui copie même sans réfléchir ni se rappeler ce qu'il a déjà copié.

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