Ann., IV, II
g6 LES PROCÉDÉS d'aUT DANS LES HISTOIRES
préoccuper que du vrai, à ne pas rechercher de préférence les récits tragiques et palpitants, surtout à ne pa^^ rendre les siens palpitants et tragiques aux dépens de la vérité et uniquement afin de plaire au public. Tiendra-t-il' bien sa parole? C'est une question. Déjà au temps drs Histoires*, il s'était défendu de vouloir (latter le goût du public, et nous savons pourtant que ce goût a eu prise sur lui. On se fait ainsi illusion à soi-même. 11 n'en est pas moins intéressant de constater qu'en de certains jours, dût-il même retomber ensuite sous l'empire d'influences plus fortes que sa volonté, il a vu où était le devoir de l'historien.
Et de même Tacite a un goût naturel du pittoresque qui combat sa tendance au général et au noble. Car d'une part le pittoresque est nécessairement particulier, si le particulier n'est pas toujours pittoresque. On peint par un trait, par un détail. Une peinture d'ensemble elle-même n'est que le groupement de traits particuliers, qu'on a seuls retenus comme étant seuls essentiels et profonds; c'est une simplification de la réalité, laquelle est toujours particulière. — ■ Et d'autre part le pittoresque est souvent une anecdote familière, un mot prononcé dans une circonstance donnée, un petit fait curieux; c'est Galba disant, quand on lui parle du donativum, qu'il « enrôle ses soldats et ne les achète pas^ », ou demandant au prétorien qui l'aborde avec son épée sanglante et lui annonce qu'il a tué Othon : « Camarade, en avais-tu reçu l'ordre^? » ; c'est Dolabella soupçonné de prétendre à l'empire et qu'on égorge dans un cabaret de la route pour en délivrer Vitellius*, Domitien caché, pendant l'attaque du Capitole, chez le gardien d'un temple et réussissant à s'échapper, grâce à un affranchi qui le déguise en sacrificateur