I. Ilisi. Jl,'jo
d'Isis'. Ces détails pittoresques, et d'autres qu'on pourrait citer, Tacite nous les donne. Je sais bien que chacun d'eux a une portée qui le dépasse. Les paroles de Galba témoignent une sévérité de discipline qui ne s'accordait plus avec l'esprit du temps. Le meurtre de Dolabella permettait déjuger à ses coups d'essai le nouveau règne de Vitellius. Et combien peu s'en fallut que Taflaire du Capitole ne préservât Rome d'un monstre à venir! Que l'adresse d'un ailianchi eût manqué à Domitien, toute la face de l'Italie était changée pour quinze ans. Mais c'est là justement la valeur du petit l'ait choisi avec art. Il ne s'agit pas de le prodiguer ni de l'employer comme un moyen d'amuser la frivolité du lecteur. Il doit être le trait expressif, qui contient beaucoup de sens, qui « dit plus de choses qu'il n'est gros ». A ce titre, son utilité est grande; et il est fort heureux que Tacite, au lieu de s'en tenir étroitement à ridée que ses études antérieures l'avaient aidé à se former de la dignité de l'histoire, ait parfois dérogé à son principe, pour laisser son sens du pittoresque l'emporter sur les théories".
Notons donc avec plaisir ces inconséquences ; et pourtant, même après les corrections nécessaires, l'essentiel de nos critiques subsistera. Nous ne condamnerons pas en bloc les récits de Tacite; mais nous reconnaîtrons que ce n'est pas dans l'art du récit que
2. Nous verrons plus l)as, à propos des récits de batailles, que Tacite, les transformant d'ordinaire en une série d'épisodes, est amené à y introduire le fait pittoresque, c'est-à-dire le détail particulier et l'anecdote saisissante. Cf. dès maintenant: III, :iô, le fils qui tue son père, trait caractéristique du degré d'horreur o\!i aboutissent les guerres civiles ; — III, 5 i , le soldat qui lue son frère ; — IV, 3A, le prisonnier que les Barbares promènent sous les yeux des Romains assiégés, pour leur faire croire que l'armée de secours a été vaincue, et qui crie à ses camarades la vérité, sachant, comme plus tard d'Assas, que son héroïsme lui coiltera la vie.
LES PRCCÉDtS d'a»T DE TACITE. 7
g8 LES PROCÉDÉS d'aRT DANS LES HISTOIRES
Tacite est un maître. Il ne suffit point, pour être dit narrateur, de l'avoir été par occasion, et de cette lutle engagée avec l'esprit oratoire il eût fallu qu'il sortît, sinon toujours, au moins plus souvent, victorieux.
Les récits de guerre.
Ce qui précède sur le récit en général doit s'entendre particulièrement du récit militaire. Tacite n'est pas un homme de guerre, et l'on peut lui appliquer It jugement qu'il porte lui-même de l'historien Cluvius Rufus, un de ses prédécesseurs: vir facundus et pacis arlibus, hellis inexpertus^. Son manque de compétence spéciale fait qu'il s'intéresse à ce genre de récits moins encore qu'à un autre, et que les défauts ordinaires de sa narration s'y rencontrent, accrus peut-être : erreurs et ohscurités, obscurités surtout, provenant ou de lacunes ou d'indications trop flottantes. Il n'est pas clair, parce qu'il n'est ni assez complet, ni assez précis. C'est chez lui le même besoin d'abréger, de condenser, que j'ai déjà signalé, et c'est la même insuffisance d'exactitude.
Deux points, le plus souvent, restent vagues, le temps et le lieu. On ne sait jamais très bien où se passe l'action, ni à quel moment. Le récit exige sans cesse un effort du lecteur, et un effort qui n'a pas toujours sa récompense. Tantôt l'on a beau chercher, et l'on ne trouve aucune indication de temps; tantôt l'indication donnée est singulièrement approximative (ce sont des expressions comme les suivantes : ctesianim flatu, Jiihcnnim mare afjcjressi, saevo adhuc mari,