‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 58 sur 177 · HisL, III · texte numérisé non relu

HisL, III

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portés de leurs forêts au théâtre ou au cirque, ces rudes Germains ont dévoré des plaisirs qui les ont à leur tour consumés. Les légions du Danube au contraire apportent à la lutte leur santé intacte et leur vigueur entière. De plus, elles ont à se relever de FafTront de Bédriac, oii la fortune injustement a trahi leur courage. Animées par la colère, la honte, la vengeance, elles se jetteront sur leurs adversaires d'un élan irrésistible ». Qu'est-ce que tout cela .'^ Des raisons de sentiment, c'est-à-dire des rai sons oratoires, non point des arguments militaires. Antonius fait appel aux passions; il veut toucher, émouvoir. On aurait attendu quelque chose d'autre, ou de plus, d'unoilicier parlant à des officiers.

Ce quelque chose de plus existe cependant. Au milieu du discours est abordée un moment la situation stratégique. Antonius envisage l'état des forces vitelliertnes et, si on leur en laisse le temps, les secours qu'elles tireront des provinces, de la Germanie voisine, de la Bretagne séparée par un simple bras de mer, des Gaules et de l'Espagne qui sont à portée de leur main. Voilà qui est bien. Mais je me rappelle qu'avant la première bataille de Bédriac Suetonius Paulinus, examinant lui aussi la situation dans le conseil de guerre tenu en présence d'Othon', déclarait que ces mêmes Yitelliens n'avaient rien à espérer, ni de la Germanie exposée aux incursions des Barbares, ni de la Bretagne séparée par un dangereux bras de mer, ni de l'Espagne peu puissante. Ainsi dans les deux discours, c'est sur des raisons identiques que les orateurs s'appuient ; mais les interprétant chacun dans le sens qui lui plaît, ils aboutissent à une conclusion diamétralement inverse, qui est pour l'un de se hâter, pour l'autre de traîner la guerre en longueur. Des arguments qu'il est si facile de retourner, s'efforcent

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