III
iiG LES pnocÉDÉs d'art dans les histoires
vicissitudes de l'action. Tacite signale successivement la défaillance de la 7* légion, l'entrée en ligne des réserves, l'allaque des prétoriens, puis les exhortations fougueused'Antonius, enfin le coup de théâtre qui détermina 1* suprême élan des Flaviens : la rumeur partout répandue de l'arrivée des renforts d'Orient. Mais cet effort d'exactitude est lui-même subordonné à Teflort artistique. Les renseignements précis veulent être des renseignements curieux et frappants. Ainsi, dans cette obscurité oiil'on se bat en aveugle sans essayer de parer les coups, à la confusion habituelle en pareil cas s'ajoutent des causes spéciales d'erreur et de danger : les armes sont les mêmes chez les Flaviens elles \ilelliens; le mol d'ordre dans les deux camps, demandé et redemandé sans cesse, est connu de chacun des adversaires ; les étendards passent de main en main, d'un parti à l'autre, et risquent de tromper ceux qui s'y rallient. Voilà évidemment des circonstances rares, singulières ; Tacite les met soigneusement en relief.
Et d'autre part, des épisodes viennent interrompre la succession des faits. Comme chacun d'eux n'est pas tellement lié au combat qu'il ne puisse se détacher de l'ensemble, ce qu'on revoit, quand on a fermé le livre, c'est le centurion primipilaire Atilius Yerus, mourant dans un carnage d'ennemis pour sauver l'aigle de sa légion ; ce sont les deux soldats chargés d'aller couper les cordes d'une balliste dont les énormes pierres écrasaient leurs camarades, et sachant qu'ils y vont au prix de leur vie ; par-dessus tout, c'est la lune qui se lève dans la seconde moitié de la nuit et qui, favorisant les Flaviens qu'elle éclaire de dos et rend presque invisibles, perdant les Vitclliensqui s'offrent en pleine lumière et prennent pour des corps les ombres allongées en face d'eux sur le sol, assurant les coups des premiers, égarant les traits des seconds, joue un rôle essentiel et