‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 63 sur 177 · I.KS HÉCITS · texte numérisé non relu

I.KS HÉCITS

devient comme un personnage de la luUe. C'est elle qui fait pour Tacite le véritable intérêt du combat, parce qu'elle en fait la nonveauté pittoresque. Elle est ce qni ne se retrouvera plus. Grâce à elle le combat ne ressemble à aucun autre des Histoires. Il serait exagéré de dire qu'il n'est (ju'un « sani;lant clair de lune' » ; mais, certainement, il est surtout cela. La blanche et froide lumière enveloppe la scène, jusqu'au moment où le soleil, venant à poindre sur riiorizon dans la rougeur matinale, soulève les acclamations des soldats Syriens, adorateurs de Tastrc. Cette prière au soleil est elle-même quelque chose d'inattendu ; c'est encore du pittoresque, et du meilleur. Le détail a déjà le mérite d'être historiquement vrai : la 3* légion, venue de Syrie, recrutée en Syrie ou composée de soldats qui avaient pris aisé- . ment les croyances du pays, a du saluer ainsi l'apparition de son dieu. Mais il a surtout pour lui d'être merveilleusement poétique : il termine l'effet de lune antérieur par un contraste des plus saisissants^

Si l'on juge mieux, par comparaison, de la valeur d'un morceau et de la manière d'un auteur, il sera bon, à propos de ce passage de Tacite, de se remettre un instant en mémoire Thucydide et l'expédition de Sicile, Tite-Live et la bataille de Cannes. Il se peut que Tacite, en peignant son combat devant Crémone, ait songé au siège de Syracuse'. Mais chez l'historien grec la nuit n'était qu'un incident, parmi d'autres, au cours de cette terrible attaque de l'Epipole; elle empêchait les Athéniens de concerter leurs mouvements sur vin terrain dangereux et qu'ils connaissaient mal ; elle était seulement un obstacle de plus, apporté à une entreprise

1. Dubois-Giichan, Tacite el son sz'èc/e (18G1), t. II, p. 517.

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