Hist., II
3. De là un signe extérieur, et comme un moyen mécanique, pour distinguer ce qui est récit de ce qui est tableau. Il suffit de faire attention à la diCTérence des temps.
12'i LES PROCEDES D ART D \>S LES HISTOIRES
l'un ou l'autre, nous serons éclairés sur le tour particulier de son esprit, Usc-t-il à l'ordinaire de Taoristc, il est un narrateur. Se sert-il plus volontiers de l'imparfail, il est un « descripteur » ou un peintre. Tacite, qui recourt sans cesse à l'imparfait (on s'en convaincra par la lecture d'une page à peu près quelconque des Histoires)^ est un « descripteur' ». Miclielet chez nous appartient à cette lignée d'écrivains.
Continuons notre enquête grammaticale. Deux autres formes verbales sont encore fréquemment employées par Tacite : l'infinitif historique et le présent historique.
L'emploi de la première» s'explique sans difficulté. Comme l'infinitif historique est très souvent un équivalent de l'indicatif imparfait-, il est bien clair qu'on pourra le rencontrer, soit seul, au lieu de l'imparfait lui-même, soit uni à l'imparfait. — Quant au présent historique, c'est, il est vrai, un équivalent de l'aoriste, et par conséquent un temps du récit. Toutefois Tacite lui-même, malgré la préférence qu'il accorde au tableau, ne saurait se passer du récit ; le récit s'impose à lui, comme étant le fond continu sur lequel les tableaux se détachent, plus ou moins rapprochés. Dès lors, il n'est pas sans importance qu'un historien se serve pour les parties narratives du présent ou de l'aoriste ; car si, pas plus que l'aoriste, le présent historique ne décrit l'action et ne l'accompagne dans sa durée, il a sur lui cet avantage qu'il la transporte au moment où nous
1. Je demanile la permission do me servir de ce terme qui n'est pas autorisé par l'Académie, mais que Litlré accueille dans son fiictionnairo.
2. M. Ramain, dans un article inléressant de la Rev. de Philol. (igi4, p- 5 clsuiv., Observations sur l'emploi de V infinitif Idslorique), a montré que les grammairiens avaient tort d'y voir toujours un équivalent de l'imparfait, ^[ais il me paraît avoir par trop restreint les cas d'équivalence, et certains des exemples qu'il cite comportent plus qu'il ne le dit la nuance « durative ».