LES TABLEAUX
sommes et la met sous nos yeux. Tacite, pour avoir étendu Temploi de ce présent et limité celui de l'aoriste, obtient jusque dans le récit un résultat qui a sa valeur : ce qu'il raconte, est montré au lecteur avec la brièveté de réclair, comme un point sans durée dans le temps, mais du moins est montré. Son récit fait voir, lu même, pour exprimer la vivacité d'une action, il se trouve avoir la qualité exactement requise.
Par ce moyen, sans doute, le récit est rendu moins inégal au tableau. Mais ne vaut-il pas mieux encore, au lieu de laisser le récit à lui-même, introduire le tableau dans le récit et mélanger Tun à l'autre ? Tacite l'a pensé. Considérant surtout le récit comme un moyen de produire un elTet de rapidité, il sait bien que par définition cette sorte d'effet se détruit elle-même, si elle se prolonge. D'où la nécessité qu'il éprouve d'abandonner son récit sans tarder, puis, toutes les fois qu'il y est revenu, de l'abandonner encore, et dès qu'il le peut. Dans un même chapitre récit et tableaux se succèdent, ou mieux s'entrelacent et s'opposent, l'un toujours courant, les autres moins pressés, plus étalés, plus amples, comme il convient, puisqu'ils peignent un état de choses ou une action qui dure ; et de ce contraste l'auteur tire le plus heureux parti, mais (notons-le) la prépondérance y est acquise au tableau. Entre le récit pur, assez rare, tout à l'aoriste ou au présent, et le tableau pur, largement développé, tout à l'imparfait, se placera donc le procédé intermédiaire du récit coupé de tableaux plus ou moins longs. Selon la règle déjà donnée, nous serons avertis du passage de celui-là à ceux-ci, ou inversement de ceux-ci à celui-là, par la différence des formes verbales.
11 serait aisé d'apporter de nombreux exemples : (juelques-uns sufliront. Avant la bataille de Crémone '