‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 7 sur 177 · I. Quintil., Inst. Oral., I, 13, 16 et · texte numérisé non relu

I. Quintil., Inst. Oral., I, 13, 16 et

LE PROLOGUE b

|iliilosopliie. On sait qu'il en avait de luuL prcparôs à 1 avance', qui n'attendaient dans ses cartons que l'occasion d'en sortir, — et en sortaient même jilutùt doux fois qu'une, comme le montre la plaisante histoire qui lui arriva, le jour où il employa pour son traité de la Gloire un prologue qui avait déjà servi pour ses Académiques-. Varron de son côté, lorsqu'il compose le de Re rustica, entend bien, fidèle aux enseignements de l'école, donner de l'agrément à une matière qui en a trop peu. Le vieux Caton, qui n'avait pas été chez le rhéteur, quand il avait à écrire sur l'agriculture, ne faisait point tant de façons ; il se contentait d'être utile. Mais Varron veut plaire; et il met sa littérature dans des prologues, ne pouvant guère la mettre ailleurs. 11 encadre ses préceptes sur la construction d'une ferme, le choix d'un bon fumier, l'élevage des oiseaux de basse-cour dans de petites scènes curieuses et vivantes, une réunion d'amis chez le gardien d'un temple ou un tableau de lutte électorale. De l'exemple de Varron, et déjà de la mésaventure de Cicéron, nous conclurons que les préambules n'avaient souvent aucun rapport avec le sujet ; ils pouvaient n'être que des ornements littéraires, destinés à piquer et à retenir l'attention.

C'est en effet comme beaux ornements que les poètes, de leur côté, les emploient. Tels sont, chez Lucrèce, l'invocation à Vénus, cette merveille de grâce et d'éclat qui ouvre le Poème de la Nature, ou, en tête des autres chants, les divers éloges de la philosophie et du philosophe Epicure, hymnes débordants d'enthousiasme. Il

I. Cic, ad AUic, XVI, 6 : Habeo volumen prooemionun ; ex eo eli(jere soleo, ciiin aliquod a'JYvpauaa inslitui.

3. /6i(/. C'est on relisant sur mer ses Académiques qu'il s'aperçut de son erreur. Sans se troubler, il envoya à sou éditeur, Atticus, un nouveau préambule, qui devait être colle à la place du précédent.

0 I.i:? lUOCLUES l) AKT DANS LES IIISTOIIVKS

ne faut pas y voir seiilemcnl un hommage à la déesse iecondanlc de Tunivers ou rcxprcssion d'une pieuse reconnaissance pour le génie sauveur de rhumanité. Ces prologues jouent aussi le rôle qui est d'ordinaire réservé dans la poésie didactique aux « épisodes » ; Lucrèce s'en sert afin d'embellir son ouvrage, dont il craint que l'austérité scientifique ne paraisse trop rebutante au lecteur. — Et de même le préambule du 3* chant des Géorgirjnes. Morceau ajouté après coup, à l'occasion d'une lecture que Virgile devait faire de son poème à Auguste malade en Campanie, c'est un morceau d'apparat, une pièce décorative, comme une somptueuse tapisserie, oii se déroule par avance, sous forme allégorique, l'œuvre à venir, l'épopée promise à César, enveloppant de ses plis magnifiques l'œuvre présente, dont elle relève ainsi la noblesse.

Le succès du prologue est donc attesté par l'accueil qu'il reçoit des poètes, des philosophes, des savants. 11 est à la mode. On veut en mettre partout; on en mettra dans l'histoire. Comment l'histoire se serait-elle tenue à l'écart? IN 'avait-elle pas, dès l'origine, marqué ses préférences pour ce procédé.^ Sans doute le préambule d'autrefois, avec son habitude de remonter toujours aux origines, était d'un art encore rudimentaire. Plus même qu'un préambule, c'était en réalité comme un autre ouvrage jeté devant l'ouvrage principal, grell'e maladroitement entée sur le tronc. Il y avait là cependant l'indication d^une tendance, et l'histoire ne pouvait manquer d'adopter le nouveau prologue, tel qu'il venait d'être transformé par la rhétorique. Elle le pouvait d'autant moins, qu'elle avait de tout temps, à Rome, voisiné avec l'éloquence.

l'resque au début Calon y insérait déjà ses propres discours, et l'on sait combien l'innovation fit fortune. En outre, il fut admis désorniais que Thistorien ne pouvait être qu'un homme d'Etal, c'est-à-dire un orateur (tout homme d'Etat devant savoir parler, puisque la parole seule conférait les magistratures), ou, sinon im orateur, au moins, comme Tite-Live, un professeur d'éloquence. Cicéron, avec son autorité, donnait la formule qui s'im[iosa : « L'histoire est avant tout une .ceuvre d'orateur, est opus unain hoc oraloriam maxime^. » Entendez : il faut exiger d'elle ce qu'on exige d'un discours, qu'elle soit une œuvre composée, habilement présentée, rehaussée par le style; et ^«'il est une division du discours qui convienne à l'histoire, c'est Texorde, conçu comme une introduction littéraire au sujet et l'occasion de développer certaines idées générales.

Ainsi l'ont compris Salluste" etTilc-Live: laissons de té César, dont les Commentaires semblèrent aux anciens, malgré les protestations de Cicéron', des notes recueillies en vue d'une histoire ultérieure plutôt qu'un ouvrage définitif. Tite-Live, avant d'entrer en matière, a soin de nous apprendre pourquoi il s'est appliqué au genre historique et à l'histoire de l\ome en particulier : rien, selon lui, n'est plus profitable que les leçons du passé, et, d'autre part, les Romains ont été la meilleure et la plus vertueuse des nations. Morale et patriotisme, il mêle en lui ces deux sentiments, qu'il accroît l'un par l'autre. Son pays, il l'aime et il l'admire, et son admiration redouble son amour. La préface qu'il écrit dans

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