‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 72 sur 177 · II, 70. —3. II · texte numérisé non relu

II, 70. —3. II

!i. La date peut être approximativement déterminée ainsi : II, 87, il est question de maturis' iain frugihus et II, gi, Vitellius publie lin édit, à Rome, le 18 juillet (XV kcdendas Awjuslas).

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le tableau : a Qualtuor legionum aquilae per frontem toti demque circa e Icgionibiis aliis vexilla... ; mililum phalerae tovqucsque splendebant ». L'aoriste termine: « Sic Capitolium ingressus alque ibi matrem coinplexus Augustae nomine honoravit ». Telle est la structure de maints cbapilres '. Un fait énoncé crée une situation ; la situation est aussitôt matière à peinture, et la description se substitue au récit. Dans la progression des événements, ces pauses sont comme des paliers où visiblement Tacite s'arrête avec plaisir.

Enfm, procédé plus détourne et subtil, le tableau ne se contente pas de venir couper la narration de dislance en distance par des phrases ou des paragraphes descriptifs; c'est jusque dans une phrase dont le verbe est au présent ou à Taorisle, par conséquent dans une phrase même de récit, qu'il trouve encore moyen de se glisser : il s'y glisse à l'aide des participes. Qu'on examine de près le texte suivant" : « Opposait sinum Antonius stricto ferro, aut militum se manibus aut suis moriturum obteslans, ut quemque notum et aliquo militari décore insignem aspexerat, ad ferendam opem nomine ciens ». Si les circonstances indiquées par obtcstans et ciens, au lieu d'être ramassées dans une même'

I. Cf. présentant même slructure I, 36 : « i" Tyntusque ardor (s. e. fuiC)... ; 2° Nec tribunis aut centurionibus adoundi lociis (s. e. eraC)...; Z^ Postquam universa classicorum legio sacramenlum cius accepit..., ita coepit ». — I, 54 : « 1° Miserai (le p. q. parfait a ici, comme il arrive, la valeur d'un aoriste transporte dans le passé) civitas Lingonum... ; 2° Lcgati... accendebant animos ; 3° Ilordeonius... iubetQc présent liistorique à la place de l'aoriste». — I, 55 : « 1" Inferioris Gcrmaniae legiones... adacLae(s. csunt); 2" Sed ipsis legionihus incrat diversilas animorum...; 3" At in superiore cxercitu quarta ac duoetvicesima legiones... dirurnpunt imagines Galbae ». — I, 57-58: « 1° Is die proximo... Vitellium consalutavit ; 2° Ardorem exercituum... Lingoncs aequabant...; 3" Igitur Yitcllius... disponit. » Etc.

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phrase et groupées autour d'un seul verbe principal, étaient exprimées dans des propositions distinctes et chacune par un verbe à un mode personnel, les participes ne seraient-ils pas remplacés par des imparfaits? Et n'aurait-on pas quelcpje chose comme ceci (j'abrège) : a Opposuit sinum Antonius stricto ferro, ac se moriturum obtestabatur et unumquemque ad ferendam opem nomine ciebat » ? Obtestans et ciens, participes présents, sont en réalité des participes imparfaits ' ; ils jouent le rôle d'imparfaits ; ils peignent donc, ils font tableau. Et c'est bien tout un tableau, en effet, qui est annexé, sous forme participiale, aux trois mots de récit : opposuit sinum Anlonius. — D'ailleurs il peut arriver qu'à la place des participes on rencontre des adjectifs ou des ablatifs descriptifs : « Longus deditorum ordo saeptus armatis per urbem incessit, nenio supplici cuUu, sed tristes et truces et adversum plausus ac lasciviam insultantls vulgi immobiles'- ». Que l'ablatif descriptif et les adjectifs soient accompagnés d'un verbe, le verbe, ici .core, sera mis à l'imparfait : « nemo erat supplici vultu, tristes eran^ ». Gomme dans le premier exemple, la phrase commencée en récit s'achève en tableau.

Ainsi le tableau semble bien être la forme naturelle, le cadre ordinaire oi!i se présentent à l'esprit de Tacite les événements de l'histoire. Il faut, évidemment, que la . chose soit possible, et elle ne l'est pas toujours. Mais, dès que le récit le permet, c'est-à-dire dès que, dans la série des faits qui s'emboîtent, une jointure laisse quelque jour entre deux (voilà l'occasion guettée), aussitôt le tableau surgit, s'insère entre les faits, se pousse, réclame une place, l'acceptant modeste au besoin, faute de mieux, mais décidé à l'élargir, pour peu que les cir-

1. Celle valeur du participe présent est d'ailleurs frétjuente.

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constances le favorisent. A force de se développer, de s'étendre, il finit par devenir une grande scène qui met le récit à l'écart et envahit toute la place.

Pourquoi Tacite répond-il avec un si vif empressement à l'appel de son imagination ? C'est que le tableau lui donne tout ce qu'il cherche.

Et d'abord le tableau montre : c'est même sa première raison d'être. 11 ne se borne pas à nous apprendre l'existence d'événements antérieurs ; il les étale à nos regards. Le récit, ai-jc dit, peut également faire voir. Grâce au présent historique, il possède la ressource de rendre présent le passé. Mais, outre que son rôle est surtout de faire connaître et de faire comprendre, d'exposer la suite de l'histoire dans sa vérité et de l'expHqiier dans sa liaison logique, la manière dont il lait voir, tout intéressante qu'elle est, demeure encore inférieure à celle du tableau. De même que la peinture sur la toile ou le bas-relief sur le marbre ont la faculté de se déployer dans l'espace, le tableau de l'historien doit à l'imparfait de pouvoir se dérouler dans le temps. Inestimable privilège. Ce n'est plus l'image du récit qui passe, rapide, sur l'écran, remplacée instantanément par d'autres ; c'est une image qu'on voit naître, grandir et durer, et qui donne en conséquence l'impression de la vie.

Puisque le tableau montre, qu'est-ce que Tacite croit devoir nous montrer? En d'autres termes, et puisque l'œil d'un artiste n'est pas également sensible à la couleur et à la forme, dans ce qui l'entoure qu'est-ce qui le frappe de préférence? Il est certain que d'un spectacle Tacite relient plutôt les formes que les couleurs, et plutôt encore les formes en action que les formes au repos. L'attitude, le geste, le mouvement, voilà ce qui se réflé-

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chit surtout dans son œil ; mais cela, il le volt avec une acuité extraordinaire. Non point, tout de même, que la couleur soit absente ; et il ne faut rien exagérer. Une scène, comme celle de l'entrée de Vitellius à Rome, est extrêmement pittoresque '. L'empereur en manteau rouge de général, puis avec la toge bordée de pourpre du magistrat, s'avançant au milieu des aigles, des étendards et des bannières parmi la variété des armures ; devant les drapeaux, les officiers vêtus de blanc, marchant dans tout l'éclat de leurs décorations, tandis qu'au cou des soldats, sur les poitrines, brillent les plaques de métal, les chaînes d'or et d'argent, insignes de la vaillance : cet ensemble forme un tableau vraiment chaud de ton, enveloppé sous le soleil de juillet d'une étincelantc lumière, d'une couleur même chatoyante".

Néanmoins il est plus habituel à l'historien de s'en tenir aux attitudes et aux gestes des personnages ; et si l'on voulait serrer de près la comparaison avec les beauxarts, c'est à l'art du bas relief plutôt qu'à la peinture proprement dite qu'il faudrait en somme assimiler sa manière '. Nous pouvons continuer à nous servir du mot peindre, mais sachons qu'il n'a bien souvent qu'une exactitude toute relative, et qu'il est pris alors dans l'acception très générale et littéraire de décrire. Tacite dessine des lignes ou modèle des formes, presque toujours ; il peint, plus rarement. J'en dirai tout à l'heure la raison.

Si nous remarquons que, dans les tableaux où il introduit des Barbares et notamment les Germains, il aime à faire de la couleur locale, ne soyons pas davantage les dupes de l'expression employée. Rappelons-nous

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