‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 75 sur 177 · I. Brunetière, Les Epoques du théâtre Jrançais, p. i44-i · texte numérisé non relu

I. Brunetière, Les Epoques du théâtre Jrançais, p. i44-i

LES TABLEAUX l35

A ce premier avantage du tableau, qui est de montrer le passé se déroulant, un second s'ajoute, dont Timportance n'est pas moindre aux yeux de Tacite : la possibilité de modifier le passé pour l'adapter à des vues particnlières, c'est-à-dire la possibilité pour l'artiste d'intervenir dans son œuvre. Le récit se prête peu à pareille intervention ; il doit accepter les exigences de la science, impersonnelle et objective, et qui n'admet que la vérité avec toute sa rigueur. Au contraire, dans le tableau l'art s'introduit pour composer, donc pour choisir, pour grouper. De là à permettre d'arranger un peu les faits, de les altérer même au besoin, il n'y a qu'un pas, vite franchi si Ton n'y prend garde. Danger à craindre avec Tacite, qui n'a point la religion de l'exactifuile, et pour qui l'histoire est un genre oîi l'art l'emporte sur la science pure.

Mais avant de constater qu'il trébuche parfois, reconnaissons que certaines libertés dont il use étaient légitimes et découlaient naturellement de l'emploi du tableau. Là où Plutarque rapporte les faits dans leur succession chronologique, séparés, comme ils furent en réalité, par des intervalles de temps qui peuvent être assez considérables, Tacite évite de signaler quelquesuns d'entre eux à leur date, pour les réunir à d'autres de même nature dont il n'aura l'occasion de parler que plus tard. A l'ordre successif et dispersé il préfère le groupement d'une composition plus savante ; au récit il substitue le tableau.

Ainsi, Plutarque raconte en deux fois' les manœuvres auxquelles Othon se livra pour arriver à l'empire : d'abord ses intrigues auprès des soldats et du favori Vinius, lesquelles remontent à l'année 68, au temps oii

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