I. Plutarque, Galb., ch. 20, 28 et suiv
l86 LES PROCÉDÉS d'aRT DANS LES UISTOIRES
il escortait Galba d'Espagne en Italie ; puis, après l'adop tion de Pison qui ruine ses espérances, le complot ourdi avec les prétoriens du lo au i5 janvier 6cj. Tacite ramasse toutes ces intrigues et les présente d'ensemble au même endroit de son liistoire '. Nous avons de la sorte un seul tableau à deux faces, d'une part Olhon se poussant par les voies régulières de l'adoption, de l'autre Othon, candidat évincé, n'hésitant plus à recourir à la force ; et cette lumière concentrée accroît l'effet général. — Pendant que Galba songeait, en raison de son grand âge, à se donner un successeur, les légions de Germanie s'étaient révoltées et avaient proclamé Vilellius. Plutarque, conformément à l'ordre des temps, raconte | cette révolte avant l'adoption de Pison*. Tacite l'a renvoyée après l'avènement d'Othon, pour n'avoir à morceler ni le tableau de la révolution qui à Rome renversa Galba, ni celui des événements de Germanie qui portèrent Vitellius à l'empire^. Il a craint, comme il le dit dans une autre occasion, que, divisés, ces événements ne perdissent de leur valeur*. Ajoutons qu'en retardant la nouvelle du soulèvement de Vitellius, qui n'est plus révélée aux Romains que le jour même du meurtre de Galba, il a ménagé un de ces coups de surprise qu'il affectionne et sur lesquels j'aurai à revenir. — Deux émeutes, dont le camp de Valens fut le théâtre, sont décrites à la suite l'une de l'autre, au moment où les armées de Vitellius s'apprêtaient à faire leur jonction près de Crémone ^ jMais rapprochées dans l'ouvrage, elles n'ont pas été rapprochées dans le temps. La première éclata bien avant la seconde, avant même que Valens eût franchi les Alpes, en Narbonaise. Tacite les a juxta-
I. Malgré la rôglc annalistiqne (voir ce que j'en ai dit p. 34, n. 2), a. Plut., Galb. 18 et 2a. — 3. Tac. Hist., I, 5i et suiv. 4. Ne divisa haiicl perinde ad memoriam siii valercnl Çinn., XII, l^o. — 5. Hist., II, 27-30.
LES TAHLE.VUX iBy
posées pour la même raison (jiic tout à l'heure ; il a pensé frapper plus fortement l'espril du lecteur, en groupant ces diverses manifestations d'indisci[)linc qui trahissaient chez le soldat im état moral des plus graves.
Dans les exemples qui précèdent, le groupement des faits n'est encore qu'un déplacement des faits. Tout n'est pas inscrit à son jour sur le registre que tient l'historien ; mais au total rien ne manque. H y a d'autres cas oîi l'arrangement aboutit à une simplification, et plusieurs scènes sont fondues en une seule. Considérons le tableau de la tentative d'abdication de Vitellius'. C'est une page de grand effet, une des plus belles de Tacite. Grâce au passage correspondant de Suétone-, nous avons la chance de pouvoir démêler comment l'eflet a été obtenu : nous saisissons sur le vif la méthode de travail de Tacite. Chez Suétone, qui serre évidemment la réalité de plus près, ce n'est pas une, c'est trois tentatives différentes qtie fit, vaincu et découragé, Vitellius pour abandonner un pouvoir devenu trop dangereux. Une première fois, sur les degrés du Palatium, en présence de ses soldats, il vint déclarer qu'il s'était chargé de l'empire malgré lui et qu'il renonçait à ce fardeau. Mais comme l'assistance se récriait, ébranlé, ne sachant bientôt plus quelle conduite tenir, il ajourna sa décision et finalement rentra au palais sans rien conclure. Le lendemain, dès la pointe du jour, il descendit au Forum en habits de deuil et, du haut des Rostres, devant les soldats et le peuple réunis, recommença en pleurant ses déclarations de la veille, qu'il avait mises cette fois par écrit, pour être plus sûr de lui. Nouvelles protestations du public, qui l'exhorte à ne pas se laisser abattre et l'assure de son appui fidèle. Alors il reprend courage et, malgré un récent traité de paix signé avec