I. III, 67-68. — 3. Stu-tonr., 1,7,.//., i
l38 LES PIIOCKUÉS DAUT PANS LKS HISIOIUES
Flavius Sabinus, le préfet de Rome, il donne soudain l'ordre d'attaquer ce frère de Vespasien, qui croyait n'avoir plus rien à craindre. Sabinus et ses partisans surpris se réfugient au Capitole, où ils périssent dans les flammes. Peu après, inquiet des conséquences de sa perfidie, ému de l'incendie du temple, l'empereur revient à son intention d'abdiquer. Il convoque le peuple et, détachant solennellement le poignard suspendu à son côté, il l'offre au consul comme pour se dessaisir, de son droit de vie et de mort sur les citoyens ; leconsul refuse. Il l'offre aux magistrats, aux sénateurs ; tous refusent également. Il veut aller le déposer dans le temple de la Concorde ; on lui crie « qu'il est la Concorde ». Il finit par annoncer qu'il accepte le surnom et garde le poignard.
Ce récit très circonstancié, parfois d'une précision minutieuse, donne bien l'impression d'être le vrai. La conduite bizarre et incohérente qu'il révèle est conforme à tout ce que nous savons du caractère de Vitellius*. Mais c'est un récit, c'est-à-dire quelque chose de successif, d'égrené en quelque sorte, et dont l'effet s'amoindrit pour être dispersé, s'émousse pour être répété. Il y a mieux à faire aux yeux de Tacite : rassembler en un jour ce qui se répartit sur plusieurs, grouper les circonstances, laisser tomber le petit détail qui éparpille l'attention ; en revanche, et quoique le moment ne soit pas aux longs discours, insister sur la harangue attendrissante du prince, ajouter même un ou deux traits pathétiques, montrer par exemple les femmes à quelque dislance, derrière les soldats, contemplant cette lamentable scène, ou Vitellius élevant dans ses bras son fds tout jeune encore et le confiant à la foulo pour achever d'exciter la pitié. Du coup, la narration se compose autour de la figure impériale,
I. Même indécision dans sa conduite le jour de sa mort; il ne
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trouve un centre, devient tableau, et le tableau lui-même prend une vigueur et un relief extraordinaires, — aux dépens toutefois de la scrupuleuse vérité. Selon M. Fabia', Tacite, ayant rencontré dans l'auteur qui lui servait de source ces trois tentatives d'abdication, aurait purement et simplement supprimé les deux premières pour se borner à reproduire la troisième. C'est lui attribuer un procédé trop sommaire et ne pas saisir, à mon avis, tout l'art de l'écrivain. Il y a, de sa part, fusion plutôt que suppression. Chez Suétone, il ne semble pas que dans la troisième assemblée, à l'inverse de ce qui s'était passé dans la première et la seconde, des soldats aient figuré parmi les assistants ; or Tacite fait parler Vitellius intersaos mililes. En outre Tempereur n'avait pasatlendu cette troisième réunion pour essayer d'apitoyer le public ; c'est dans les premières déjà que des propos un peu développés avaient leur place naturelle. Et Suétone dit, en clVet, que lors de sa deuxième tentative Vitellius mit ses déclarations par écrit (ce qui prouve qu'elles étaient d'une certaine étendue) et les lut en pleurant. Or que disent de leur côté les Histoires") Que, tout en gardant une brièveté conforme à la tristesse de la situation, Vitellius expliqua au peuple les motifs de sa retraite, lui recommandant 5on frère, sa femme, ses enfants « encore à l'âge de l'innocence », et que les larmes finirent par étoulTer sa voix. Ce sont là, comme aussi le fait de s'être montré en vêtements de deuil, d'évidents emprunts à la première et surtout à la seconde réunion. La troisième fut, pour ramener les choses au vrai, une cérémonie en deux actes plutôt qu'une occasion de discours ; elle consista dans la prestation du serment- et la présentation
sait que résoudre mobilUale ingenii : ce sont les termes de Tacite lui-même (III, 8A).