I. HisL. III, 2-'). — 2.1, liO
142 l-i;S PROCEDES D AUT UANS LES HISTOIRES
sion de la tragédie prochaine, — Vitellius quitte le champ de bataille de Bédriac, champ d'horreur qu'il a parcouru sans frémir, sans détourner les regards, joyeux même de tant de cadavres étendus sur le sol, et tranquille, ne soupçonnant pas le destin qui le guette, il s'en va offrir un sacrifice aux divinités du lieu^ Le contraste est saisissant, quand on songe que dans ces mêmes plaines de Crémone, à peine six mois plus tard, sa fortune pareillement viendra se briser. Sur cette ivresse de fête, sur ce sacrifice d'actions de grâces que les dieux n'acceptent pas, plane l'ombre sanglante d'Othon, dont les soldats de Vespasien se feront bientôt les vengeurs. — Les temps maintenant sont révolus; le châtiment approche. Vitellius connaît à son tour l'amertume des vicissitudes humaines; il veut abdiquer. C'est le tableau dont je parlais tout à Theure. Tâchons de fixer un ou deux de ces traits qui reculent l'horizon. Lorsque l'empereur paraît sur les degrés du Palais, vêtu de deuil, ses serviteurs en larmes à ses côtés, suivi de son fils au berceau qu'on porte comme à une pompe funèbre, les acclamations du peuple retentissent, flatteuses mais déplacées. Le soldat, lui, demeure impénétrable, enfermé dans un farouche silence : miles minaci silentio-. Ainsi s'exprime le texte. Mais le français est impuissant à rendre l'énergique raccourci du latin. Il manque de ce cas absolu qui, surtout placé comme il est, à la fin du paragraphe, détache l'expression et l'emplit de profondeur. Et pour peindre la déchéance de Vitellius, triste spectacle malgré tout, quelle que soit l'indignité de celui qui tombe, une autre image nous est offerte par Tacite, image également intraduisible, car elle aussi contient trop de choses; la signification morale s'y mêle à la signification matérielle pour agrandir son objet et donner l'essor