I.ES TAni.EALX l
théâtre. De sorte que les scènes que nous lisons chez Tacite, toutes surprenantes qu'elles soient, ne dépassent sans doute pas beaucoup, si elles le dépassent, le niveau exact de la réalité. On a le droit de penser que souvent cette rhétorique en action des Histoires a été de la rhétorique véritablement vécue.
^ Quelquefois, malgré tout, Tacile a dû ajouter : on le "ï)i,rend comme en flagrant délit d'arrangement. N'ou- — Mions pas qu'il est Komain lui-même, élève des rhéteurs, et que son goût personnel de l'eflet l'incline au mélodrame. Une preuve entre autres. Le carnage qui accompagna la victoire de Crémone fut signalé par * une aventure tragique : on vit un fils tuer son père. Le hasard les avait placés l'un en face de l'autre. Pendant que le vainqueur dépouille son adversaire demi- mort, « il le reconnaît, en est reconnu. Alors il l'embrasse expirant, et d'une voix lamentable il supplie les mânes paternels de lui pardonner, de ne pas le traiter en parricide : Tous étaient responsables, gémissait-il, du crime d'un particulier; et qu'est-ce que la part d'un soldat, d'un seul, dans l'œuvre générale de mort? Puis il emporte le cadavre et, creusant une fosse, il lui rend les derniers devoirs' ». Le fait est intéressant, parce que nous sommes sûrs qu'il est vrai. Tacite le mentionne sur la foi d'un témoin oculaire, Vipstanus Messala. Lui qui ne cite guère ses sources, a justement pris soin en la circonstance de désigner l'auteur sur lequel il s'appuie. Mais les choses se sont-elles passées, comme il les décrit? Le fils a-t-il enterré son père séance tenante? L'a-t il pu, au milieu de la bataille? Ses plaintes ne sont-elles pas bien maniérées et ses réflexions bien philosophiques pour un simple soldat? On saisit donc le procédé. Sur les données certaines qui lui étaient four-