I. Tac, Hist., III
lO/j LES l'UOCEDES D AHT DANS LES HISTOIRES
nies, Tacite a travaillé; il a développé, poussé au théâtral et au pathétique.
D'autres scènes dans les Histoires sont douloureusecomme celle-ci. Il y en a de terribles et elTrayanles. comme le sac de Crémone'. Il y en a de brutales et cyniques, comme celle de ce soldat qui, après avoir tué son frère en une sorte de duel, va demander à ses chefs le prix du sang*. Toutes pourtant ne sont point haussées à ce ton. Il fallait que les événements le permissent et, Teussent-ils permis, il fallait que Thistorien évitât d'ctre monotone. Mais je n'en connais qu'une seule où Tacite se détende vraiment et consente à sourire. Quand les troupes flaviennes, victorieuses, approchèrent de Rome, une députation fut envoyée vers elles, pour tacher d'obtenir qu'elles ne se montrassent point intraitables : « Aux députés s'était joint Musonius Rufus, de l'ordre équestre, qui avait embrassé avec ardeur les maximes des Stoïciens. Il allait de groupe en groupe parmi les soldats, discourant sur les biens de la paix et les dangers de la guerre, prêcheur au milieu d'hommes armés. Il fut la risée des uns, il fatigua les autres. On s'apprêtait même à lui courir sus et à le fouler aux pieds, quand, devant les menaces des furieux et sur le conseil des plus modérés, il accepta de renoncer à sa morale intempestive^. » Le tableau est charmant, avec une pointe d'ironie. Cet homme d'Etat-philosophe, qui croit en l'elTicacilé de ses sermons pour ramener au calme une soldatesque excitée, fait preuve d'une naïveté quelque peu ridicule. Et le ridicule tombe du même coup sur les philoso[)hes en général. Tacite n'en est pas fâché : il n'aimait guère ces rêveurs, trop enfoncés dans leurs chimères, ces vaniteux trop portés, même les meilleurs d'entre eux*, à étaler